‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 36 sur 102 · L'ARMÉE DES PYRÉNÉES-ORIENTALES · texte numérisé non relu

L'ARMÉE DES PYRÉNÉES-ORIENTALES

tonnements, Diigommîer résumait ses impressions. Une grande partie des troupes était déguenillée ou n'avait pas de souliers. Les bataillons d'ancienne formation ne comptaient plus que très peu de vieux soldats. La plupart desnouveaux n'avaient pas d'armes, n'avaient « pourse défendre que les ongles et les dents». Les sept huitièmes des fusils manquaient de baïonnettes; 8.000 étaient avariés, délabrés,, et Dugommier prenait sur lui de nommer un commissaire chargé d'aller partout, jusqu'à Saint-Étienne et à Tulle,, pour acheter les garnitures qui « leur rendraient la vie ». D'autres fusils arrivaient ; mais ils étaient couverts de rouille ou de mousse, et il fallait les envoyer à l'atelier de réparation. Encore n'étaient-ils pas d'un calibre semblable; fusils da chasse et fusils de munition, tout avait été confondu, et le même bataillon offrait une increvable variété d'armes ^

Ainsi que dans toutes les armées de la RépubUque, la cavalerie était et devait rester faible ou, comme on l'avouait,, nulle. Elle ne se composait que de recrues sans aucune instruction. Au commencement d'avril, le 22® régiment de chasseurs comptait cinquante chevaux blessés et ses deux escadrons n'étaient en état de servir qu'au bout d'un mois. Au 19* régiment nombre d'hommes n'avaient même pasd'éperons. « Je suis chagrin, écrivait le général La Barre, d'avoir une cavalerie aussi mauvaise sur tous les points et je ne prévois que du déshonneur pour celui qui la commandera. » Le représentant Gaston et le chef d'état-major Chaillet de Verges ne disaient-ils pas, en décembre 1793, qu'ilsattendaient toujours de la cavalerie et que sitôt qu'elle arrivait, le défaut de subsistances obligeait de la renvoyer sur les derrières? Il fallut diminuer fréquemment la ration de foin, les chevaux n'eurent pas d'avoine dans la dernière semaine de janvier, et vainement des adjudants-généraux^

1. Dugommier à Bouchotte, !•' février; — au Comité, !•' et 27 février; — à Bonaparte, 3 février; — à Doppet, 12 mars (A. G.).

des adjoints coururent île divers côtés et môme fort loisM pour obtenir des fourrages. Que de fois dans le cours dfifl cette campagne Dugoniniier s'écria qu'il ne pouvait bougera i< sans cette partie essentielle » ! I

Aussi la majeure partie des chevaux et des mulets dM l'artillerie, des ambulances et du service des vivres étaid dans un état pitoyable. On dut réformer les uns et envoyeffl les autres loin de l'armée pour les reposer et les refaire,! Cette opération terminée, il resta 800 à 900 chevaux, on l'artillerie seule en exigeait 3.000! i< Il est impossible, dtsaiffl Dugommier, que la chose aille sans un meilleur ordre'. » M

Enfin, les hôpitaux présentaient l'image la plus triste.1 Dugommier s'indignait de leur insalubiité : un désurdrn révoltant; des sallrts toujours ouvertes; la malpropreté lai plus dégof)tanlo dans les draps, dans les chemises, sur len personnes; des cours pleines d'immondices; les cuisiniersl employant des casseroles de cuivre mal étamées et ex{jo-B soes au vert-de-gris ; plus do cinq cents malades enlevés iM la vie, du 21 décembre au 1" février, par cette criminell» négligence. •' La santé la plus robuste, concluait Du|^ommier^ y serait ruinée en peu de Jours, ei quand vous sortez dilf foyer pestilentiel, vous êtes encore poursuivi au dehors para des miasmes infects capables de propager la putridité dantfl les corps les mieux constitués^. •> ■

II n'était Jonc pas en mesure d'attaquer. Barêre, impatient J lui faisait la leçon. Le 12 février, l'orateur du Comité annon-9 çait que les républicains avaient eu l'avantage à Saint-Jeaa-<B do-Luz : « Quelle est cette année qui a fait reculer les hordes de l'Espagne? Est-ce l'armée des Pyrénées-Orientales qui est renforcée par l'armée victorieuse de Toulon et qui est

1. L.a Uurre k Dugummier. Ë avril; — Cbaillet de Verges k Doppet

lU décembre : — tfunouiniier au CumiW, 30 février (A. G.) ; — ilec. Aulu ' IX, »56.

2. Dngominier aux repr6!>«uLanl9, 29 joDvier, au Comité et au m 1" téfrier (A. G.}.

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forte Je 60.000 hommes? Non, c'est l'armée des Pyrénées- Occidentales qui vient de fournir 3.000 hommes il la Vendée et qui a envoyé 7.000 hommes h l'armée qui est devant Perpignan. Espérons que l'armée des PjTénées-Orientales sentira bientôt l'exemple qui lui est donné par celle des Pyrénées-Occidentales; les répiiWicaiiis sont solidaires de gloire, u

Dogonimier laissa dire Barère tout en remarquant au ministre que " son arméeétait bien éloignée des 60.000 hommes qu'on lui avait supposés dans la tribune de la Convention ». Il faisait son plan, calculait ses moyens, assurait tant bien que mal ses subsistances et munitions de toute espèce. Avant de frapper un coup décisif, il voulait refondre, régénérer cette armée oii, disait-il, l'intrigue et l'égoïsme avaient longtemps régné'.

Sur- ses instances, de Toulouse h Pei-pignan, les villes et les bourgs transformèrent leurs édifices publics et leurs places en ateliers de réparation des armes, et les fonderies d'.Aibi, les manufactures de Bergerac, les fabriques de baïonnettes d'Alais et d'Anduze se remplirent d'ouvriers.

Des réquisitions prudemment ordonnées garantirent aux ti-oupea leurs subsistances. Il fut plus difficile d'avoir des fourrages. Dugommier s'était hàlé, avec l'autorisation du Comité, d'envoyer à Lyon deux commissaires, un fournisseur des charrois, Pey, et le lieutenant do hussards Collet. IvCs représentants qui se trouvaient à Lyon rôiiondirent qu'ils ne pouvaient rien livrer qu'à l'armée des Alpes. « Votre mission, dirent-ils à Pey et â Collet, ne signifie rien, et vous venez nous tirer le sang des veines, n Dugommier, indigné, déclara que cet égoïsme était presque aussi funeste que le fédéralisme, et, à force d'arrêtés menaçants, Milhaud et Soubrany arrachèrent lo foin et l'avoine qui manquaient.

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