‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 81 sur 102 · SAINT-LAURENT-DE-LA-MOUGA · texte numérisé non relu

SAINT-LAURENT-DE-LA-MOUGA

Bellegarde à Figuières; à sa droite, la brigade Rougé s'adossait au maraclon de Tlnvincible; à son centre, la brigade Banel défendait deux nouvelles redoutes. Tune tout contre le château de Buscaros, Tautro sur les collines en avant d'Estrada; k sa gauche, la brigade Martin occupait La Jonquère.

La division de gauche ou division Sauret, réduite à 4.000 hommes depuis qu'elle avait renforcé les deux autres divisions, avait abandonné Cantallops pour camper autour de Campcéret et pousser ses avant-postes sur les hauteurs de Recasens jusqu'au château de Sainte-Lucie.

La nouvelle ligne était ainsi plus concentrée, plus ramassée. Tout se touchait et se liait; Sauret n'était séparé de Pérignon que par un ravin, et Pérignon appuyait sa droite à Augereau. Le général en chef avait établi le parc k La Jonquère; mais il avait transporto son quartier k Agullana pour être plus près d'Augereau, son heutenant favori. La ligne, a dit un militaire très compétent, « deux fois brisée en équcrre, à la Montagne Noire, son saillant, et k La Jonquère, son rentrant, avait ses deux ailes en potence sur son centre, c'est-k-dire sur la route, et les deux faces de son angle saillant, ses parties faibles, couvertes par trois redoutes ' ».

La Union avait pareillement changé ses positions. Il ne se décourageait pas, et le cabinet de Madrid ne lui reprocha nullement la reddition de Bellegarde. « Tu as perdu une forteresse, lui écrivait Godoy, mais non Testime publique. »

Il s'était hâté de porter sa gauche sur la haute Mouga abandonnée par Augereau. Mais, lorsqu'il vit ses adversaires s'emparer de la Montagne Noire, il regretta de n'avoir pas

1. Fervel, H, 138-160: — Delbrel, Notes, 58 : — Augereau à Diiffrommier et à Davin, 1, 5, 12 sept. ; — Mémoire de Pontet (A. G.). II est curieux de remarquer que les Français, soldats, officiers, môme le* représentant Soubrany, écrivaient La Guyane pour Aguillane.

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occupi!' CQ Mont-Roig qui, si longtemps, étiiit reste cono neutre et qu'il pouvait prendre après la retraite du Boiilod maître do Mont-Roig, il coupait les romnuiiiirations du f droite des Français avec leur cenlre, il obligeait Atigereattl se replier, il établissait la gauche espagnole à Darniua,

II savait toutefois que la Montagne Noire tétait faibleme) gardée. Il résolut do l'enlever. Le 21 septembre, trois joi après la capitulalion de Belleg.irde, à six heures du inatifl 4.000 Espagnols, coniinandùs par le brigadier Taranco, ^ vissaient la Montagne Noire par les revers du nord et ^ l'est, les seuls qui fussent accessibles.

Augereau, toujours en éveil, prévoyait cette attaqtM Trois jours auparavant, il disait que l'ennemi tournait i attention sur Mont-Itoig et que cettP position iinportanâ exigeait toutes les pn!'cautious. Mais il ne tenait pas ] ligue entière des hauteurs, et il avait eu tort de négliger l'e^ de la crête, le piton culminant qui domine et la montagn» 4 la route de Figuiêres. Ses postes ne s'étaient avancés qJ jusqu'à l'écliancrure que la crête présente à l'ouest, jusquT la vieille tour de Castel-Roig où l'adjudant-général Bon avj^ mis 50 hommes du 5' bataillon do chasseurs, commandt par le sous-lieutenant Massoi.

Selon les instructions qu'il avait reçues de La Union Taranco devait saisir la pointe orientale de la montagne t ne prendre la pointe occidentale que lorsqu'il aurait anien^ du canon. 11 s'acquitta de sa mission avec intelligence. Sai nul obstacle, il occupa les hauteurs de l'est. Mais la crête © étroite, large seulement de quelques pas; quatre compagnie au plus peuvent s'y développer, et la confusion se mit bieiq tût dans sa troupe, qui n'avait plus assez d'espace poi s'étendre et se déployer. Malgré l'ordre positif qui leqj défendait de pousser en avant, des tirailleurs s'npprochèw de la tour de Castel-Koig. Il n'y avait là qu'une sentinelB frani,ai3e. un chasseur de la 1" compagnie, nomni

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Roques. «< Il résista, écrit Augereau, avec une i>inui{iin*U remarquable, et, quoique environné deuneniis, il ne se replia sur son poste qu'après avoir brûlé jusqu'à sa (lernii.Te cuvtouche. » Les chasseurs qui tenaient garnison dans 1<» \ieiix château accoururent, puis ceux qui campaient au pied «Je la montagne, et le bataillon le plus voisin, le bataillon du c/iiimandant Papin, se jetant dans le bois, tomba soudain tan- la droite et les derrières de Tassaillant. Une terreur panique envahit les Espa^nnjls amoncelés sur le plateau. Klfaié», éperdus, ils s'enfuirent au cri do : «Nous sonnnes r^^upéh, Somos coriadosi d et phisieurs d'entre eux, poin* se saiixor plus vite, se délmrrassèrent de leurs armes. Le comba! leur coûta 12 officiers, 20 i- soldats et quatre pièces d»- "J. toutes neuves, (pie Taranco était parvenu, non sans peiu» ,; hisser sur la <-ime. « La Union, disait Dugommiur*. nuu attaqués pour s'emparer (l'une position intennédiair*- qii croyait avantageuse à son armée ; il tn)uva, |)oui*son malii»..! plusieurs bataillons de chasseurs (pii justifièrent leur d*;»i minaticm et qui, après (piehpies heun^s (renga^eiiieiit t:. chaud, mirent en déroute t(>ut ce gibier espagnol, j

Cette affaire lui avait monti'é l'importance de la pui-.^ 11 étaitallé sur-le-chanip conférer avec Augereau et i-.,^.< ordonné de placer désormais sur la Montagne .\ui. bataillon d'infanterie. Un bataillon de chasseur» eL uw.^ compagnie d'artillerie bivouaquèrent dorénavant a- ^^^ 'Mont-Roig dans le vallon de Darnius, non loin de ;. *. Castel-Roig'.

La Union était outré. Il venait dappreudrt j^»-. ^ officiers, traduits devant le conseil de guerre >t:. ^,, d'avoir arraché par une indigne pression au

1. Les Franrnis avaient en 4i blessrs et 4 tuéfe Fervel, II. 1H4 ; — Du^ominier nu (loiiiité et«A Augereau à Dugoiiiinier et à Deibrel, 22 et 83— ijit/^^ ^

la caiùlulali(>n lio Collioiire, n'avaient sufii 'rautre chàtimeq que la destitution. Plus que jamais il rougissait de : compatriotes et les jugeait lU'générés. " lia ne sont plus les mêmes », sï'criait-il, et dans son exaspération il proposai d'employer les moyens dont usaient les Français, de pouiu les Espagnols à la victoire par la torreur, par les condai nations à mort, par lY-chafauJ ; <• Dans un dësarroi com celui de notre armée, il faudrait la justice dos Turcs ou cellj de la guillotine; avec la guillotine, on ferait faire des f diges à ces gens-là; si les Français triomphent, c'est 1 guillotine qui opère ces miracles'! ••

U traita de lâches les vaincus du 21 septembre et il ejHifl joignit aux chefs de corps de dénoncer sur-le-champ \ti plus coupables. Mais la débandade avait été si soudaine, | universelle, que les chefs ne surent qui désigner. La Un{<^ «ordonna que ceux qui avaient jeté leurs armes seraient déciS niés. Ils étaient au nombre de cinquante-trois. Cinq fureÉ condamnés à être fusillés. Au dernier moment, âlaprièred général portugais Forbes, La Union ilécida que deux seiilemeôl seraient exécutés. Tous les antres défilèrent devant le fro des troupes, montés sur des Snos, comme les crîmind d'Espagne qui marchaient au supplice, et tenant en mai une quenouille. Ils devaient passer dans une forterease 1 reste de leur temps de senice; à force de supplications, purent demeurer à l'armée; mais ils ne portaient ni cocai ni insigne militaire et ils campaient h l'écart. Un ordi du 23 septembre punit de mort toutes les défaillance Pendu, le soldat qui se débarrassait de son arme dans ] combat. Pendu, relui qui ne reprendrait pas son rang im médiatemcnt après l'avoir perdu et sur le point mémo où 1

i.P.Oelhtcl, W.cif.. août, 659-060; — cr. le mot de Bmnswick pre*q i la mt^me époque [A. Chuquet. Hic/if et ta Lutte pour t'Altace, 31) : France esl eooduile um jjrondes iiclions par l'enlhousinsnic et In fure lies supplices. »

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