Souvenirs inôilits de Ku^ret
iSt m:couuikr
eiitraio : " JaiHitis. a-t-îl raconté, le patriotisme ne pai av^c plus d'éclat. Les pièces de 36, les mortiers élaiet traDsportés sur les innrnes avec une oêlérilé qui étonni ceux mêmes qui les avaient traînés. Le fameux refraô Ça ira nous valait mille cabestans; la gaieté que ce chai répandait dans les camps et dans la ville semblait annoi cer bien plus une fête qu'un siège, et c'était après sej mois de fatigues et de combats que l'armée de Saint-Pien montrait cette alléfiresse '.»
11 avait le propos franc, jovial, pittoresque : <> Guérii prOrtiplement tes vésic^toires, écrivait-il à Doppet, afl que nous allions en porter sur la nuque des ennemis <>, i encore : i> Aussitôt que nous aurons achevé l'Espagnol dai cette partie, nous nous concerterons pour aller le faire dans* dans ses propres salles. » Quand il niiindail à Augereau qu Castagnier approchait : >■ Je t'apprends, disait-il, dans loul la joie de mon Ame, que j'attends Caslagnier à toute mi nute ; nous pouvons donner de la colophane k nos violons e( quelques joure auparuivant il informait le représentanl Beaucliamp qu'U se préparait ii " donner mio bonne fois l'oreille espagnole •>, Entre amis et dans une intime société, il prodiguait les badïnagea et les traits d'esprit. "C'est un bon enfant, marquait l'adjudant aide-major Amauld à la fin de 1793, et il aime le %in vieux." Le 14 février I7i rendait visite au général Guillot et il lui envoyait le surv lendenjain le billet suivant : » Je songe encore à l'agréable journée que j'ai passée avanl-hier et dont je dois une bonne partie k mon ami Guillot '-. »
Quelquefois il était piquant, mordant. Lorsque PejTon, qui s'était éloigné de l'armée, s'affublait du prénom de Myrte, K un décret de la Convention, lui marquait Diigommier,
1. Notice d'Audriuin et Idémoire de Dugomoiler (Pineau, I9B, 735, 7S0]. S. A Doppet, 6 FéTrier et 3 mai; — k Beauchainp, 11 février Cuillol. i* février 179* (A. G.) ; — Cf. leltre d'AroauU. ïî oct. 1793.
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condamne à six niois de détention celui qui prendra ime autre dénomination que sou nom propre ; tu voudras bien l'j conformer; laisse le myrte pour voier aux lauriers", et lorsque Peyron le dénonça, lorsque la prise de Hellegimle mit à néant toute calomnie, « le myrte vénéneux, disait Dugomniier à Cliarlet, n'est pas une fable; j'anraia pu être victime de son poison, maJK j'ai pris une dose de Bellogarde ; c'a été un excellent antidote. « Sempé se plaignait qu'on eût monté le général contre lui ; « Personne, fui répondit Dugommier, ne m'a monté contre toi, et personne ne saurait mo monter, car on ne monte qu'une machine ; ton expression est donc très déplacée; je veux bien croire que tu n'en connaissais point la portée'. )i
Une de ses plus grandes qualités, c'était la bonté. Le 21 septembre 1794, lorsque la Société populaire de Perpignan célèbre le triomphe dos armées, il écrit aux clubistes qu'il sera de creur et d'esprit avec eux et il leur demande un<f déilominagement " : qu'ils donnent à leur fête nn complément « qui sera bien doux à tous les cœurs sensibles, k tous les vrais républicains »; qu'ils fassent sortir des prisons de la ville les citoyens de Perpignan et de Collioure qui ont déjà subi à Montpellier une longue et dure détention ; que la tin de l'année républicaine soit aussi la lin des maux qui désolent l'humanité innocente ou égarée I N'avait-il pas en 1790 félicité les Martiniquais de rester bons et compatissants " dans ces moments dangereux oîi l'esprit de parti se livre aux impulsions de l'aniraosité », de •• repousser loin d'eux ces scènes d'horreur qui déchirent les cceutb honnêtes et sensibles"? Cette modération, disait^il, est la pierre de touche du vrai patriotisme. Il plaidait courageusement la cause du malheureux chef d'état-major Cbaillet de Verges : il assurait à Paris qu'il avait pris sur Verges
1. A Peyron, 2a sept.; -îi Semp^, ISocl.; — ù Charlet, )9 cet. (A. G.).
les rcnsoignemenls les plus scrupuleux et qu'il no pouvait articuler (rinculpation grave, que cet officier avait des sentiments républicains et des talents peu communs dont la nation devrait tirer avantage : « Tel est le compte que la vérité et la conscience me dictent ^w
Par intervalles, il s'emportait. Mais il revenait facilement, et il ignorait la rancune, la haine. Il était loyal, chevaleresque, <lésintéressé, exempt de faste comme de mesquinelio, modeste. Tout en «léployant une grande dignité dans les circonstances où il devait soutenir Thonneur de son rang et lo renom de la France, il n'avait ni présomption ni arrogance. Ses rapports rendaient justice à chacun; il oubliait ce que lui-même avait fait. Après la prise de Toulon, il mandait au président de la Convention qu'il ne chercherait i)as il (t se donner quelque éclat personnel »; que s'il avait u contribué de toutes ses facultés » à la soumission de la ville, « la gloire était entière à ses frères «rarmes»; qu'il aurait pu, selon l'usage, envoyer à l'assemblée les dra[)eaux qu'il avait trouvés en gran<l nombre dans les postes des allit'»s: mais ses si)ldals, remai-quait-il avec une noble tiert«\ n'estimaient (jue les drapeaux enlevés sur la brèclio cl arrachés aux mains di* l'ennemi. Pareillement, Inrsqii'.iu mois (K^ nnvombn^ ITOk ai>rès le Puulou et lîelleirnrde. Oespinoy apportait à la Convention les éleiidard< esj>airnol<, Puiiommier lui détVntlait «le prniioncer son nom. Un cfniv^-ntionnel l'a c«>mjKin\ non sans raisnn. à Catinat : cnniiin- (\uinat, iHiiTi'nimier i>arlaii de sa sictoire ave«' îanl d«' ^iniplicilé qu'on aurait cru qu'il n*a<sislail menu* j^is à la Ijataill--. N'ev"ri\ ait-il pas ii Pelbrel : - Tu sais «jue Je n'i'C«n|'»' lu-'ii
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emploi que par le désir d'être utile et qu'on ne peut me soupçonner d'ambition, puisque je serais depuis longtemps à la Convention, si j'aimais les premières places. » S'est-il jeté dans la Révolution pour jouer un rôle, pour ravir sa part du pouvoir? Non; il a été entraîné, — et telles sont ses propres expressions, — « par des raisons sentimentales, par la grande cause de l'humanité , par la voix de Téquité naturelle* ».
Dugommier, rapporte Augereau, « était d'un caractère vif, d'un génie actif, et la confiance du soldat l'entourait ». Mais l'homme qui l'a le mieux jugé, très brièvement et en quelques Ugncs frappantes, c'est le maître des maîtres, Napoléon : « Dugommier, a dit Napoléon, avait toutes les qualités d'un vieux militaire ; extrùniement brave de sa personne, il aimait les braves et en était aimé; il était bon, quoique vif, très actif, juste ; il avait le coup d'œil militaire, du sang-froid et de l'opiniàtreto dans le combat. »
1. Notices de Dcsdorides (A. G.), de Delbrel et d'Audouin, Mémoire de Dugommier (Hineau, 727, 732, 752;; — Dugommier au président de la Convention, 28 déc. 1793 ; — discours de Burère, 3 juin 1794 ; — Dugommier à Delbrel, 26 sept. 1794 (A. G.).