‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 87 sur 102 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

DUaOMMIEB

te général révolutionnaire. — Ses services. — Sa prudence parfois extrême. — Ses vertus. — Maintien de l'ordre et de la discipline. — Système de justice militaire. — Critique franche et hardie des mesures du gouvernement. — Les clabaudeurs de clubs. — Bartagnac. — Peyron.

— Les clubistes de Montpellier. — Dugommier, père des soldats. — Avancement des officiers. — Buget. — Autres qualités de Dugommier.

— Ses propos plaisants. — Son esprit. — Sa bonté. — Sa modestie. — Jugements d'Augereau et de Napoléon.

Dugommier est un officier de rancien régime : il a pris part à la guerre de Sept Ans ainsi qu'à la guerre de Tlndépendance américaine; il connaît le métier militaire; il a conquis dans les grades inférieurs, sinon la réputation, du moins rexpéricnco. Lorsqu'il commande des armées, il a déjà dépassé la maturité. Toutefois il est encore vert et vi^^oureux, il porte gaillardement ses cinquante-cinq ans, et, de uiôme que deux do ses compagnons d'armes aux IVrénées-Orientalcs, Dagobcrt et La Martiliière, de môme [\\\v Dumouriez, il offre l'exemple d'un général qui, malf-ré son Age, résiste aux fatigues et déploie activité, vivacité, rnorgie.

11 convient à son armée. Ce créole des Antilles a les passions ardentes qui sont nécessaires en ces temps d'orages. Il a Intlé contre les royalistes à la Martinique. L' « ami du peuple )\ Marat, le recommande, et Robespierre loue son ci\isnic. 11 est membre de la Convention et il tient le môme langage (pie ses collègues de l'assemblée. A l'armée des ISrénees-Orientales, il approuve les arrêtés de Milhaud et

ili> Soiibraiiy installant le tribunal militaire révolu tionnairo ei faisant de sanglants exemples sur les états-majors de 17S)3. « Lajustice nationale, tiil-il, démontre publiquementsurréchafiuid qu'elle est terrible aux mauvais citoyens n, et il déplore que plusieurs ofUciers aient été victimes des« intrigues » de Burbaiitaiic et de Bernède. N'est-il pas en relations cordiales avec nombre de représentants, avec Chaudron-Roussau, avec Albitte, avec Jeanbrjn Saint-André? Il nomme Cliaudi-on-Roussau un « cbaud et bon montagnard », et luiménic se pique d"étre ce qu'est Ciiaudron-Roussau. il complimente All)il.te qui sait être aussi redoutable aux ennemis de l'intérieur que l'arniéo des Pvrénées-Orientales aux Espagnols : " Dnive représentant, lui écrit-il, charge au dedans, je chargerai au dehors. •• Il regrette de n'avoir pu embrasser Jeanbon Saint-André à Narbonne et il le félicite d'avoir si efficacement contribué par sa présence aux succès maritimes de la République : » Que ne puls-je me partager ot frapper avec t*ji l'.^nglais sur teiTe et sur mer ! L'Espagnol s'efforce do conserver l'cjupire qu'il usurpa sur la Méditerranée; c'est ii toi, c'est à nos braves marins de le lui faire perdre, et nous terrasserons ainsi son orgueil sur l'un comme sur l'autre élément. » Il est t«ujoiirs, comme on disait, à la hauteur. Lorsqu'il soumet Toulon, il se réjouit d'avoir relové la liberté et l'égalité dans le nûdi de la France, d'avoir .< vengé la volonté générale d'une volonté partielle et gangrenée ». Il est robespierriste avant le 9 thermidor : il (''crit alors au Comité ; « Sauvez-nous des factieux, des intrigants, des athées; fondez sur la vertu le triomphe de la République », et il s'indigne que la Gazelle de Mailrid accuse Robespierre de viser à la dictature, qu'elle relate avec déplaisir que « Danton et les chefs de la dernière conspiration ont été guillotinés ». Après le 9 thermidor, il applaudit au châtiment des « tjrans », qui expient sur l'échafaiid les " vues criminelles de leur extravagante

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anibiLkin ". Il mùiirise les éiiiigri^'s,illes abhorre, il les qualifie volontiers de " scélérats », Lorsqu'il dresse la capitulation >] de (Jolliouro, il somme le général Navarre de liii livrer ces-l II rebelles «, ces <• traîtres », connus sous le noms d'émigrés. 1 Daus la correspondance qu'il échange avec La Union suril l'exécution de la convention, il reproche au goiiveniomenta espagnol de se laisser guider par dos scélérats qui se sontii révollés contre la patrie : " Ils n'ont d'autre tactique quede nous charger îles atrocités qu'ils coniinettenl eux-mêmes,! ils disent que nous sommes inhitniains et cruels; ils nous combattent plutôt par les mauvais couseils qu'ils vousA dounent que par le courage qu'ils devraient montrer à la.'l tôte de vos bataillons », Après la capitulation de Iiellegarde,# il traduit au tribunal de l'arrondissement une famille orl-! ginaire de Ccret, qu'il a trouvée dans la place et qui \aîM parait suspecte. Il enjoint à Charlet de faire fusiller, confor'-fl mément à la loi, un émigré pris les armes à la main. Quaud4 il anuonce au Comité que Laiines a dispersé des émîg capturé le capitaine Caillet, « ce scélérat, dit-il, a été fusilléil aux cris do Vive la République' ».

11 reconquit Toulon et les places des Pyrénées-Orientales J Dans les années 1793 à 1794, nul général ne rendit peut- Hi-e plus de services. Devant Tonlon, il a, du premier coup.1 d'œil.jugé Bonaparte; ila,d(>s son arrivée, compris le planj du jeune chef de bataillon, et ce plan, il l'a fait sien, il Ta." vigoureusement exécuté. Aux Pj'rénées-Orientales, il a 1 réorganisé l'armée, il l'a disciplinée et lui a rendu la confiance, il lui a communiqué sa propre activité, sa propro- J assurance, et après avoir entièrement dissipé la terreur- J qu'inspiraient aux soldats de récents desastres, il 1'a~\

1. Dugommier aux représentanls. i'i ((.vriet 1194; — à la CommissioiL j des armées, 35 mai : — â Albilte, 19 février: — a JcaoboD, 6 ooùt; — & (tomil*. H avril el l« octobre; — a Chwlel, S oct.. etc. (A. G.). — Cf. , Mémoire sur la, prise de Tuulon ; — Mon.. 31 août n'J4 : — el

l'GOMMTER Ut

menée, celle armée, anioiite, valeureuse, pleine du seutiment de sa force, à lit balaUle du Boulon, la plus helle (les batailles qu'elle ail gagnées; il l'a menée à la reprise de Saint-EIme, de Port-Vendres, de Collioure. de Bellegarde et, si la mort ne l'eût frappé, il aurait emporté la ligne des retranchements espagnols et, ccmme Pérignon, son successeur, qui ne fit qu'achever ce qu'il avait commencé, obtenu sur une simple sommation la reddition de Figuières. Mais Bonaparte fut bientôt aux j*eus des contemporains le preneur de Toulon, et la campagne do 1794a été peu connue. Dugonimier luttait obscurément el k l'écart, loin de l'est et du nord, loin de cette frontière du Rhin yers laquelle se tournait l'attention el se fixaient les regards, n Nous payons, disait-il au Comité, le tribut de r«xtrénie distance où nous sommes ' . » Même après sa mort, il a payé ce tribut. Ainsi que son aruiée, son nom est resté dans l'ombre, et la gloire a répandu tous ses rayons sur d'autres armées et d'autres généraux, sur d'autres et plu& grands théâtres, sur d'autres champs d'opérations moins reculés. Dugommier n'a pas fait, à proprement jiarler, la guerre d'invasion, la guerre de conquête, la guerre alerte, confiante, entraiuanto, pleine d'élan et d'enthousiasme, la guerre au pas de charge, 11 a fait la guerre de défense, la guerre de résistance et do reconqu&te, sombre, lente, pleine de défiance et d'inquiétude. EL pourtant n'est-il piis plus honorable de chasser l'étranger et de délivrer le sol national que de franchir la frontière et d'envahir le pays ennemi? Dés le lendemain de la Montagne Noire, l'adjudant^général Boyer n'écrivait-il pas à la Convention que la République devait l'évacuation do sùn territoire aux sages disposition» de Dugommier, et que le vainqueur de Toulon, du Boulou, de Collioure et de Bellegarde méritait justeraeni d'être appelé le Hhératetir du Midi?

1. Dugommier nu Couiilé, 16 octobre ITJi [A. G.)- et PUieau, MU.

DUOOUUIER

On lui reprochera des hésitations, (iesilôfaîlianccs. Devaitta Toulon, à l'heure diicisive, et lorsque ses colonnes att«n*4 daient le signal de l'assaut, il eut un instant d'angoîs! Après le Boulon, il ne profita pas de la victoire. Un de s officiers, dont le jugement a du prix, dit qu'il sut s'arrètei k propos et qu'en lui l'espi^rience tempérait l'ivresse du suo ces'. Non. Il eut tort de s'attarder aux sièges des forte-^ resses lorsqu'il pouvait fondre sur les Espagnols et les disperser de nouveau. Il déclarait au 1" octobre que ses troupeal avaient k combattre des privations de toute espèce et qu'îi leur serait impossible de faire deux lieues eu avant. Efcfl cependant, six semaines ensuite, lorsque leur situation nvaît4 certainement empii-é, elles s'ébranlaient pour vaincre l'Espa-J gnol; elles pouvaient donc remporter cotte victoire plus tât.J

Prudent, circonspect, méthodique, persuadé que la j tience seule, comme il s'exprimait, fait triompher des plusfl graudes difficultés-, Dugonimier redoutait de se compro-J mettre, de s'engager trop loin. 11 calculait avec scrupule et minutie les moyens dont il disposait, et il ne comptait pas assez sur les chances heureuses qui se pré.senlent toujours.

Si vif <|u'il fut et malgré l'ai'deur de son sang guadelou^ péen, il n'était pas, du moins à la tète d'une armée, entreprenant ot avide d'action. Il disait volontiers qu'il suspendait ses coups pour les rendre plus terribles ; mais il laissa parfois échapper l'occasion de frapper. Le sentiment de la re8[>onsabiliti*-, de 1' » efi'rayante responsabilité n, l'accablait, l'écrasait presque. 11 était âgé; il avait connu la misère, subi de crueUes épreuves, et, de son aveu, des contrariétéaj désespérantes, ot lorsqu'il eut en main le commandement^^ sa fougue naturelle s'amortit. Il n'avançait qu'avec précaution et après s'être assuré que rien ne lui faisait défaut: il-

t. l.flcnpUniiiF. plu? turil Rt^nârul. Allicri, •Inns ton di.'cour^ <lii 2.1 iiini t'Hg nu Direcluire, 2.I.eltrPïii(irundvuinet,21iiini,elauclLib.lL>t;alinrs,l"i.i;U.liPcll91(A.G.}'

craignait à tout instant d'être arrêté dans Texécution de ses projets par un obstacle soudain, par la pénurie de poudre, par le manque de munitions ou de fourrages ^

De là cette mesure qu'il porte le plus souvent dans ses actes, et les conseils de modération qu'il donne aux représentants. De là ses recommandations à ses lieutenants : « Point d'excès d'ardeur, écrit-il au général Guillaume, point d'attaque sans fruit», et il marquait au Comité, après la reddition de Bellegarde, qu'il pourrait enlever plusieurs postes, mais qu'il répugnait aux expéditions qui «n'ont aucun but bien saillant et bien prufitable», qu'il «aimait mieux conserver ses moyens pour do jdus grandes aventures». De là le tour sentencieux do ses lettres et de ses rapports; de là, dans ses propos et ses harangues, malgré la chaleur de son âme et sa facilité d'élocution, quelque chose de simple et de court, nulle diffusion, nulle exubérance de mots. Dugommier, raconte un contemporain, « disait bien, assez et jamais trop* ».

Il avait pourtant des parties de l'homme de guerre. Divers témoins nous aj»prennont comment il entendait le métier de général en chef. 11 demandait conseil à ses divisionnaires : « Kais-moi conuaitre, écrit-il à Pérignon pendant l'affaire du Boulon, ce que tu penses de plus convenable pour tirer »parti des troupes qui sont dans l'inaction. » Pareillement il n'hésitait pas à consulter les membres de son état-major : ils avaient tous du talent et des connaissances; il savait ce qu'ils valaient, puisqu'au cours d'une campagne, comme il disait, l'incapacité, Tinsouci^inco, le goût de l'intrigue et les vices qui nuisent au bien j>ublic ont le temps de se montrer à découvert. Il prenait donc leur avis, quel que fût leur

1. Voir plus haut, 271, 298, 311, :n(î. 400, 411, cl se rappeler les reproches que lui fait Arteche, 356 et 370 [apatia, inacdon injustificable).

2. Dugommier h. (Guillaume, 22 septembre, et au Comité, 8 octobre (A. G.) ; — mot de Desdoridcs.

graiio, et il avoiuiit de 1res lionne grûce qu'il faisait ses plans avec eux el qu'ils jM-juvaionl revendiquer leur ]iart daiis le succès. Après le diner, tandis que ses conipayiioiis se mettaient à l'aîse, il s'enfermait dans son cabinet, et au bout de quelques instants il reparaissait pour distribuer I& travail du lendemain. Ses oi-dres devaient 6tre exécutés sur- Ifi-rliamp et sans nul délai : « Tout ce qui se faii dans mon bureau, lUsait-il. n'éprouve aucun retard'. " Il voj'ail les choses do tiaut et en masse; il dictait les mesures d'ensemble et laissait le détail à ses lieutenants. <■ Les détails, assurait-il, ne font pas gagner les batailles'^ », et il mandait à Pérignon : " C'est aux circonstances, c'est aux dangers à régler ta conduite », ou encore : <> Tu jircndras conseil (ie l'événement^ >•.

A vrai dire, il est plus grand par ses vertus que par ses victoires. En ces temps difficiles il sut, sans se faire haïr par trop de sévérité, maintenir l'ordre et la discipline. « Que (l'abus, s'écriait-il, résultent do l'inobservation de la hiérarchie militaire ! » D'un ton forme et digne il invoquait l'attention et la vigilance du Comité. Des officiers arrachaient aux représentants des commissions inutiles qui les éloignaient de l'année, et ils partaient sans même avertir le général en chef de leur desthiatiun nouvelle. « N'est-ce pas â moi, disait Dngommier, à juger des circonstances qui nécessitent l'envoi do ces officiers, et ne suis-je pas le premier qui doive être informé de leur départ* ? »

n apprend un jour que le commissaire des guerres Guérin refuse, malgré ses ordres, de distribuer des souliers. Il s'ir-

I. Dngommier au chef du 6- bataillon de In DrAiiie, 3S dil'U. 1193 (A. G, ; et Pineau, 80!].

S. Notice d'Audouin {Rédacteur du 1 lirumaire an VU ; — el Pineiiu. 136).

3. Dugummier à PËrignon, 13 «oui llUt, e[ inatrurlion â la vi'iile du Boulou (A. G.) : « CnnAolle, «criiait-il K Mnrtm le 3U avril, les éi-èDeiucnU cl les localité* •: cf. au Comil«, lU oH.

t. Dut-ommier au Couiili', 3 cl U ut.ïiuil>ir 179* {A. G.\

rite. Est-ce la peine d'obtenir tout exprès une dérision des représentants? Un général en chef peut-il faire le I)ien puisqu' « il est sans cesse entravé par de petites autorités »? Et il commande d'arrêter Guérin. Un brigadier de gendarmerie est chargé de cette mission. Il ne l'exécute pas; il revient avec une lettre du commissaire-ordonnateur qui justifie Guérin. Et Dugommier fait arrêter le brigadier ^

Il souhaitait à ses troupes « un peu plus de morahté » et il s'efforçait de « donner à la discipline un caractère imposant », parce que les excès « font gémir Thumanilé et révoltent la nature », parce que la licence déshonore les armées et les ruine entièrement, parce que le brigandage, dit-il encore, ternit leur réputation et finit par les dissoudre'.

Le système de justice qu'il désirait établir en 1794 assurait la répression prompte et immédiate des délits. Il remarquait que les prisons regorgeaient de prévenus et que le tribunal, qui ne pouvait suivre Tannée, acquittait, faute de preuves, la plupart des délinquants au préjudice de la discipline. Pourquoi donc chaque bataillon n'avait-il pas sa police particulière, son jury composé de sept membres, un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, un sergent, un caporal et deux fusiliers, qui connaîtrait des délits mihtaires et sans délai appliquerait la loi? « Certains excès, écrivait-il, doivent être punis aussitôt que commis et prouvés, et il n y aura jamais <le moralité chez ceux qui portent les armes tant que les exemples d'une juste sévérité no marcheront pas à côté d'eux •^. »

En plusieurs occasions il n'hésita pas à blAmer les mesures

1. Dugommier à Lamer, 6 nov. 1794 (A. G.) ; — Guérin, mis au Castillct, fut relâché le 13.

2. Dugommier au Comité, 11 mai l"î9i; — aux représentants, 3 juin; — à la Commission des armées, 23 sept. JA. G.) : « Une certaine moralité, dit-il, est nécessaire à la conservation d'une armée. >

3. Dugommier aux représentants, 3 juin; — au Comité, 3 août; — à la Commission des armées, 23 sept, et 25 octobre (A. G.}.

liu gouvornempiit. Il s'êleviiit avec énergie contre cette"! manie qu'avaient le Comîié et le Conseil exér.txlK irenvoyer-j des commissaires qui devaient tout faire en un tour de main J el qui no faisaient rien uu qui n'effectuaient qu'à grandïJ frais ce qui pouvait s'exécuter avec des moyens pris dan»^ l'armée même et sans dépenses cxtraortlin;nrcs. << Unttl chose qu'on ne conçoit pas, écrivait-il au Comité, c'est 1 qu'avec tant de moyeus pour faire aller la machine, elle I reste si souvent en arrière. Il y a partout une nuée d'agents î de toute espèce, de surveillants k l'infini et de commissaires I envoyés à dmite et à gauche aux frais de la République; ils | parlent beaucoup, proposent sans cesse, paraissent tout faire 1 et no font rien. Rien n'avance qu'a la longue ot la Repu- 1 blique se ruine par mille faux frais. » Il avait dans sun armée 1 un commissaire chargé de l'échange des prisonniers. Pour-1 quoi? Cet intermédiaire n'était-il pas inutile? Le général en j chef n'était-il pas le commissaire naturel? « .le vous jure, s'écriait Diigomnner. qu'il me tarde bien de vous dire : ] Ciloyens représenlaJitx, la Hi'puhHgiif a triomphé; ren- 1 voyez tous ces mangeum-là^l »

Il combattit avec la mi-me vigueur les clabaudeurs et 1 aboyeurs de clubs. Un officier avait dénoncé le bravo 1 d'Arancey à la Société populaire de Perpignan. Dugommier 1 pria les représentants de sommer ce "malveillant». « véritable désorgiinisateur » de prouver son dire ou de 1 subir la peine des calomniateiu-s : « En grâce, déUvrez-noas | de ces frelons, qui veulent coûte que coTite se noiu-rir dii j miel des abeilles. Le bon ordre, l'union, la confiance régnent I dans l'armée que vous surveillez; au nom de la patrie, je I vous conjure de les y maintenir'. »

Il y avait alors à l'armée des Pyrénées-Orientales un I

1. Dugommier au Comilé, 17 février elT juillet (k. G.) ; de U roDderie de Saint -Lnu ren t de la Mougn, p. 3tiS. S. Dugommier aux reprdtentsnts, 13 &vril (A. (l.J.

- Cf. l'alhin I

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jeune homme au cerveau fumeux et à la tùte détraquée, Jean-François Maidieu-Bartagnac, fils d'un des plus riches propriétaires du Lot-et-Garonne, un des memhres les plus ardents du club de Villeneuve-sur-Lot, volontaire au 3" bataillon de la Dordogne, puis adjudant de rartillerie dans la légion des PjTénées. Il se disait le second Marat de la République et il envoyait h Paris des plans de campagne et des détails sur TEspagne oîi il prétendait avoir servi. Armer les galériens, exciter les Marocains à la révolte et les jeter sur Madrid, piller les églises d'Espagne et, avec les cent milliards qu'on y trouverait, rétablir les finances françaises, créer une ligne de ralliement général qiii porterait dos forces infinies sur le point attaqué, tels étaient quelques-uns des projets de ce fou, qui se proclamait une « grande âme » et « un génie inventeur ». Il demandait do l'avancement ot il l'obtint : il fut employé k Tétat-major de Marbot et de Dagobert, et il devint adjudant-général (*hef de bataillon et commandant de la place de Leucate. Or Bartagnac, entraîné par son zèle révolutionnaire, écrivait un jour à Paris qu'il fallait expulser de France les ecclésiastiques et les nobles, ot il accusait d'aristocratie des officiers qui s'étaient signalés à l'armée des Pyrénées-Orientales par leurs mérites. Dugommier, informé, s'indigna : « Je connaissais Hartagnac pour Kue pauvre tête, mais je ne lui comiaissais pas un mauvais cœur. Sa lettre est pleine de faussetés et de calomnies. Il dénonce des citoyens dont il n'atteindra jamais le mérite ot qui seraient une vraie porte. C'est un ex-moine et il vous dit tout haut de chasser les prêtres. Il vous dit encore de chasser les ci-devant. Il y a toute apparence que co moine défroqué convoite la place de quelqu'un. Mais si ([uolqu'un mérite d'être destitué, assurément, il doit avoir la préférence, car je suis à mémo de vous envoyer contre lui la dénonciation d'un chef de bataillon qui prouve qu'il est incapable de rien commander. » Plusieurs jours après,

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Bartîignac (.-lait siispeiuhi par le représentant CliauJronJ

Le général Peyi-on, li'ahord gouverneur de Perpiprnani avait accompagné Doppct en Cerdagne. Fatigué "le ce séjoui dans Id» rnontiigncs, il avait sollicité le coin mandement d Montpellier en prétextant qu'il était malade et avait beDoid do se reposer. Dugommier répomlit par nn refus; mais afti de rester snr les derrières et de ne plus servir aux avantpostes, Perron se fil charger par le repr^'sentant Chauiiron* Roussau d'une mission qui était celle d'un gendarme et noid d'un général : il devait poursuivre les déserteurs et lel ramener à leur corps. Durant sa tournée, il vint à MontpelJ lier pour se divertir. Dugommierlui ordonna de regagner li Cerdagne : il réplitiua qu'il parUit pour Paris, qu'il craîgnaifl les neiges de Puycerda et qu'il avait demandé à Soubrai la permission de s'éloigner. Il allait en réalité dénoncer s chef, et déjà le dénonçait partout, rac-cu.^ait de traîner e longueur le siège de Bellegarde. Dngonimier fut irrilén L' l' indigne conduite », le " dessein pervers m, les » o menées ■>, le « délire », l' " atrocité •> de ce Peyron qui voii-

1. Lettre ilc Dugominier, 23 moi [A, G). — Quel singulier persunnag quB i-o llurlu^-nac ! Il bo ïnoloU plus liu-d U'avolr « débluqué l'année Tralb çnjae reméc par In cavalerie espa){i)ole •. d'avoir * paralysé, au moy^n (MJ ses macliiDes d'artillerie >, la Qotte ennemie qui tentait un ilvbarqileiDODM d'avoir ■ sodhi'' à la tPte de l'artillerie volante le toesin de la victoire b. P pntposait & Napoléon un plan de descente en Angleterre. D'Agen, le 3 ju vierlSN, il demandait a Clarke le commandement général de toutes Ii gardes nationales du Midi : a De mon temps, ajoutait-il. point de coi tuucbes ; des baionnetles seules, mais couvertes de lauriers I C'est ave mes principes qtie vous batlrex les Husses et les Espagnols l » Il avait d b Napoléon que « les tons le 11 étions du llrmament seraient Klorleuas de se resserrer pour placer au milieu d'elles son nom immortel ». b âU oftobrc 181-ï, de Villeneuve -sur-Lot, il offre de le rendre A Saint* Ik'lènc ; il lui faut > deux Trëgates accompagnâes de vingt machines in~ nules. bien supérieures K celles que nous limes k Paris au IB nivûi Avec une pareille machine, si Saint e-IIeléne résistait a me donner l'u: patnir, elle cesserait bienlflt d'exister. Que de gloire d'opérer la mor ce bourreau des nations, qui m'a tenu pendant trois mois dans les prV> aons de la Police générale et de Saint-Denis comme couipllce de '" tel Georges et du brave général Mnreau ! »

lait le perdre dans roiûnion et lui ravir la confiance qu'il était alors si nécessaire de conserver, le mirent hors des gonds. Non, il ne resterait pas à Tannée si Ton ne faisait un exemple, si Ton ne punissait cet honmie (Kune immoralité reconnue, ce militaire insubordonné! 11 lança un ordre d'arrestation contre Pevron ; il mit Bover à ses trousses, a Voilà, s'6criait-il, le premier acte de rigueur que j'exerce dei)uis que je commande! Mais ne faut-il pas venger la loi, rétablir dans toute sa vigueur la disci[dine méconnue par celui qui devait le premier Tobserver? » Et dans la douleur qui se niêlait à sa colère, « Pevron, ajoutait Dugomjuier, n'a aucun motif particulier de récriminer contre moi. 11 me faut donc soupçonner des ressorts secrets. Dès lors il est temj)S que je me retire et que je cède une place que l'on convoite avant que l'orage ne me culbute' » Le 10 octobre 17î)i-, le Comité <lestituait Pevron ^

C'est ainsi que Dugommier faisait son devoir, suivant sa propre expression, en déjiit des mal\eillants et des intrigants. Les clubistes de Monti)ellier avaient (M)m[)laisammenl accueilli les dénonciations de Pevron, « Je me f..., écrivit Dugommier au général Massol, de leurs concilialndes, et je leur donnerai sur le nez partout où je les rencontrerai. Tu peux dire à ceux ([ue tu connais à Montpellier, et qui se donnent des airs de surveiller ma conduite à (piarante lieues de moi, qu'ils aient le courage de venir à Tavant-garde de l'armée ou ils me trouveront. C'est bien là oii ils pom'ront faire assaut de patriotisme et non à la Comédie de Montpellier. » Les dénonciateurs redoublèrent d'audace. Dugommier mit le club de Mcmtpellier en garde contre ces « injustes meneurs » et ces « bas intrigants »> qui « dénigrent et persécutent les bons, les vrais patriotes», contre ces « acca[>a-

1. Voir sur l'alïîiiru Pevron los li^lres de I)u«:i)inmier h Delbrel, 2.'; cl 26 sept, et au Comilc, 3U sept. vA 7 oct. (A. «i.;.

+S0 I)rOOMMIER

reurs lie trilmncs «, contre ces gens ([iii veulent h paaserl pour des patriotes privilégiés'. »

C^généial, qui savait se faii-e obéir et respecter.avaîtcon-^ quis l'affection de son armée. Mais, lui aussi, il aimait l soldats. Il les maniait avec douceur, les mt^nageait, et lo>i représentant Dolbrel assm-e qu'il était leur père. Nul ne t si avare du sang de ses troupes ; il no les exposait qu'à bi escient et le moins possible ; mieux valait, à son avis, obi nir les mfimes résultats pur l'hubilcté des niaoreuvres que^ par le sacrifice d'un grand nombre d'hommes. U disait qu'Uli ferait constamment tout ce qu'il pourrait pour « satis£air&4 au bien aise de ses camarades », qu'il ne roulait livrer ( des batailles décisives et qu'il « répugnait- à pei-dre des frèresJ pour d'autres succès », qu'il n'assaillirait que les point»'! essentiels et pour les gai-der lonj^tcmps, non pour les lâcher^ aussitôt. I' Nous n'aurons pas lu douleur, s'écriait-il, d'al itonner des positions qui nous auront coûté sans aucun f de braves républicains ! .>

C'est pourquoi il recommandait les attaques de nuit ; celles- 1 lie jouj' revenaient trop cher, A l'affaire du Ikutlou, il con-, seille à Périguou et à Martin de " se cacher dans la jour-. née pour opérer dans la nuit prochaine^».

Il visitait volontiers les hfipitaux pour a satisfaire : cœur », et il consolait les blessés, les félicitait de leurs plaies honorables, les assurait de la reconnaissance que 1 République " conscrveniit do leurs services et de leur»| belles actions^ ".

Il s'intéressait aux petits et aux humbles do l'armée, h.M ceux qui n'avaient pas de grades et qui se signalaient pari

1, Dugomoii» à Massut. 2S sept, et au club de Montpellier, IS ocL.| (A, G.).

2, Nolice de Delbrel (A. G-, et Pineau, lil): —mot de Destlorides : - Dufi»ramier su Cbioité, !3 déc, 33 janv., 16 oct. ; i Pérignou et à Marlin^fl 30 avril (A, G.) ; — Cf. plus haut, p. 47. le mol d'AuguslÎD Hohespien "

3, Uugommier au Couiitë, 3nov. HSi (A. G.j.

DUGOMMISR iSI

leur vaillauco; il les cliereliait, comme il s'exprime, lians robsc'unlc, ot 101*8(1116 Toulon fut pris, il ne publia les noms (les offïcieri; qu'après avoir fait connaiti'e les saMals qui les avaieal secondés'.

It applaudit à la générositë des quatre combattants du 30 novembre ITUS qui sauveront ta vie à O'Hara et refusèrent l'or du gc!'néral anglais; mais il obligea ces braves gens à recevoir la même somme ou assignats : ■• Accepter, leur dit-il en lueltaut la main sur son cœur, acceptez, la source en est pnro-. o

Quant aux officiers qui s'étaieût dislinj^rnés. il no cessait de solliriter leur avancement. Avec quelles instances il réclame an ministre les breveta qu'il a demandés ! N'est-ce pas ■' alimenter la confiance des officiers, qui verront que leur général a soin de faire valoir les circonstances oii iU se distin^ërent? » Avec quelle joie il apprend it ses lieutenants qu'ils ont obtenu le prix de leur bravoarel « Reçois, mon cher camarade, disait-il à l'adjudant-gé lierai Despinoy, nommé général de brigade, reçois le tribut de la reconnaissance nationale ; j'aurais bien voulu t'cmbrasser en te le remettant; je désire ce moment qui me mettra , à môme de te renouveler l'assurance des sentiments que je t'ai voués pour la vie. " Bécompenser est un de ses mots de prédilection : ■■ il faut récompenser, ce sera toujours la grand ressort du cœur humain », et il ajoutait qu'on ne devait récompenser que le talent ot non l'ancienneté, dispenser les grades avec la plus scrupuleuse impartialité, exciter ainsi l'émulation. A plusieurs reprises il priait le Comité de « bannir rigoureusement la faveur i^, de ne faire dans l'armée des Pyrénées-Orientales aucune nomination avant d'avoir reçu ses noies, qui " se concilieraient avec

rintérf-t (le lii Ki'jmhlifiup et le inérilo do cliainie individu >» et lorsqu'il envoyait à Paris les dossiers des officiera raiix, " les états oii vous ne trouverez aucune note de raotfl remarqiiait-il. expriment un silence (jui ne rloil pas étr« favorable àceux que regardent les renseignements ». QuaniïJ le représentant du peuple Hoisset nommait général brigade un commandant Legrand, il écrivait h la CommissionJ des armées qu'il no fallait employer que des citoyens con-! nus par de belles actions ou par de vieux et utiles services,] des officiers dont les aptitudes fussent notoires et appuyé«s4 par un vrai civisme, que c'était le seul moyen d'éloigner ls« foule des adjudants-yénéraus créés par la proloction par d'indignes motifs, que ce Legrand avait obtenu fioft, avancement sur les derrières de l'armée ; i' do vaint rôles ne peuvent tenir lieu d'actions, lorsqu'il est question^ du service de la République ' . »

Nombre d'officiers qui servirent sous les ordres dvS Dugommier, non seulement Napoléon, mais Guillot, Victor, j Despinoy, lui gardèrent un souvenir reconnaissant et don-l nérent aide à sa famille. Guillol, commandante Delle-Isle- I en-Mcr. prenait Dangemont, un dos fils de Dugnmnder, pourl adjudant-général. Victor, commandant en chef de l'armés 1 de Batavie, emmenait avec lui comme adj iidant-comnian- 1 âant nn autre fils du général, Chevrigny. Despinoy, qui sfrl vantait au premier Consul d'être l'ami le plus intime (16 1 l'illustre Dugommier et d'avoir partagé tous ses travaux, J appuyait chaudement sous la Kestauration les suppliques del Désiré, le dernier fils du général.

Un de ceux qui vouèrent un culte h Dugommier fut! Claude-Joseph Buget. A l'assaut de la redoute anglaise, il 1 avait vil son aîné, François, tomber blessé à ses côtés. Trana-? T

(. Dugomoiipr K Boucliotte, 30 nov., 13 el 19 déc; — h Deigiinoy, 1 U liée, mz ; — au ComilË. 3 août, 9 et 16 oct.. 1 nov. ; — ft la Goiu< | mission des arme», S sept, et S oct. (7^* {A. G.).

IX'GOMMIKK 453

féré à l'hôj'iial d'011ioiilê>, Frano'iis Kiigei nioiiriii le lendemain. Dugommier vint à riiôpiial: il enlraiiia dans le jardin le cadet des Buget. qui ne pouvait s'arracher du lit où expirait son frère: il l'embrassa : -«Je n'oulilierai jamais, lui dit-il, comment ton frère et loi vous vwus êtes battus jK>ur la République; tu perds un frère, mais tu trouves un père; je t'adopte pour mon fils: dès auj^juririiui tu es m^n aide de camp et demain tu seras adjudant-gènéral: nous ne noua quitterons plus qu'à la m«»ri. " Dugommier tint parole. Il emmena Buget aux PyrcMices-Orientales, et, sur la route, dans la voiiiire. après les fêles qu'i»n lui donnait, « tu vois, disait-il au jeune officier, les honneurs qu'on me rend ; tu ne te repentiras pas de l'être attaché à moi, tu auras toujours ta part •;. Désormais Buget no quitta plus le général : il l'accompagna constamment, au Boulon, à Saint-Elme, à Collioure, à lUdleganh', el dans la matinée oii Dugommier périt, il avait promis à Buget le grade de général de brigade * .

On comprend dès Inrs qu'aux Antilles, en Prov(»nc*e, aux Pyrénées, l)ugonimi«M' ail vu sur si\< in)upi's un m(»rveill(Mix ascendant. 11 ne sr ï'onlcnlait pas de leur donner lexi^mple de rintréi)idi<é, de snpi»oriiM- les menues fatigues, li»s mêmes privations. Il les iMicoui-agrail par dt^s saillies, par des mots |)laisanls. 11 a\ait crWo gairtè, rrjti» lionhomi*; qui agréent au soldat. Il appelait h's ol'lirirrs ses caniara'les, ses compagnons et st^s iVèr<\s iTarMirs; il l<>s traitait à sa table connue s'ils él aient dt» sa raniilh» t»t les enlrel<*Mait sur le ton le |»lus coi-dial. u Courage», disait-il dans mi <liner il un capitaine ([ui lui i)araissait l'aligui», hier, vou< n'^'-iiez pas si bien, n'est-ce pas? et di^nain vous serez pins m-jl; il faut savoir jouir du jn'ésent. » .Vu blocus de Saini-Pi<*n<;de-la-Martinique, iJ animait, excitait tout le niontl».- par sojj

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