CHAPITRE HUITIEME
misère, les chagrins les plus cruels et une mort prématurée !
La conduite de Dupleix vis-à-vis de Mouzaferzingue ne fut point approuvée par les aveugles actionnaires de la Compagnie des Indes, incapables de comprendre l'entreprise vraiment française du Commandant-général ; et l'inepte ministère de Louis XV se mit à la remorque des directeurs et des commissaires du roi.
Montaran, l'un de ces derniers, écrivait à Dupleix, le 20 janvier 1752 :
« Vous avez été grand pendant la guerre, les ressources que vous avez fournies pour la conquête de Madraz, celles qui vous ont mis en état de défendre si glorieusement Pondichéry, enfin la manière dont vous avez terminé les troubles de l'intérieur de l'Inde, en assurant la supériorité aux amis de notre nation et de notre commerce, sont des traits qui dénotent toute l'étendue et toutes les ressources de votre génie ; continuez à être grand pendant la paix en la cimentant d'une façon indissoluble et en poussant notre commerce ('). »
Et il ajoutait : « Il est impossible que la Compagnie approuve le détachement que vous avez donné à Mouzaferzingue (2). »
Mieux éclairée ensuite sur ses véritables intérêts, la Compagnie sut bon gré à Dupleix d'avoir différé l'exécution de ses ordres ; elle approuva les faits accomplis et le Ministre pensa de même. Par sa lettre du 29 janvier 1752, la Compagnie annonçait l'envoi de fort beaux présents destinés à Mouzaferzingue et à Chanda-Saëb. Le vaisseau chargé de les porter aux Indes Orientales fit naufrage pendant la traversée.
Cependant, le i^r février 1752, la Compagnie écrivait encore à Dupleix:
« Quant à l'escorte que vous avez donnée à Mouzaferzingue, nous ne pouvons approuver le détachement que vous avez fait de vos Cipayes, et principalement de 300 François qui doivent conduire Mouzaferzingue, et rester à sa solde jusqu'à ce qu'ils soient remis dans un de nos comptoirs. Ce détachement paroit inutile, si tout ce pays est tranquille et soumis, et il ne paroit pas suffisant s'il y avoit