‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 72 sur 128 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

mais vint se briser sous nos feux de mousqueterie. Cruellement éprouvée, elle tourna bride et s'enfuit. Les troupes de Salabetzingue, spectatrices du combat, reprirent confiance en voyant la déroute de ces Mahrattes si redoutés!

Bajirao sollicita la paix ; Bussy refusa, voulant le punir davantage.

Le 9 décembre, à onze heures du soir, le brahme Raç-noldas, devenu ministre de Salabetzingue, réveilla Bussy etKerjean.Une éclipse de lune commençait. Le brahme, au fait des coutumes de l'ennemi, prévint les deux chefs du désordre immanquable qui devait bientôt se produire chez les Mahrattes, occupés à frapper sur leurs cymbales et à pousser de grands cris contre le dragon pour l'empêcher de dévorer l'astre. Il était bien facile de les surprendre. Bussy fit rassembler sans bruit les troupes et les mit en marche. La prédiction du brahme se réalisa en tous points. Bajirao lui-même se sauva sur un cheval abandonné qu'il trouva par hasard. « Si au lieu de canonner le camp on l'eût emporté à la baïonnette, dit Kerjean, rien n'eût échappé. »

Les Français avaient anéanti le prestige des Mahrattes, et

les Hindous, quelques jours après, voulurent attaquer seuls le Peïshwa ; mal leur en prit, ils furent lestement culbutés. Vincent et ses grenadiers intervinrent à temps, reprirent à l'ennemi plusieurs canons, le mitraillèrent et lui firent prendre la fuite.

Devinant la pensée de Dupleix, Bussy ne prit pas Pounah, mais conclut un armistice ; l'une des clauses concédait à perpétuité à la Compagnie la riche province de Condavir, limitrophe de son territoire de Mazulipatam.

Le grand gou't^erneur avait atteint le faîte de la puissance : nabab du Carnate, il régnait sur cette région ; et le Dékan était à son obéissance. Son pouvoir moral s'étendait sur les royaumes de Maïssour, Tanjaour, Maduré, Tinivelly. Il n'était pas souverain titulaire de ces villes, car l'un des principes constants de sa politique consistait à occuper toujours le second plan, afin de mieux faire manœuvrer les princes de ces pays. Les Anglais, surpris par tous ces événements, par ces victoires, ces succès vraiment légendaires, restaient stupéfaits. Mamet-Aly-Khan tenait toujours à Trichinapaly avec quelques soldats.

Dupleix pouvait s'appuyer fièrement sur la hampe du drapeau de son pays qu'il avait planté si avant dans le sol hindou. Il avait souhaité de donner à la France l'empire de l'Inde; ce souhait sublime était exaucé. Son génie avait suppléé à tout, s'était joué de toutes les difficultés. Désormais il avait son nom écrit parmi ceux des héros! Oui! mais aussi devait-il le voir bientôt inscrire près de ceux des martyrs! Les officiers vont lui manquer; seule l'Angleterre en aura de capables. D'accord avec l'Angleterre et notre honteux ministère, la Compagnie obtiendra l'ordre de rappel de Dupleix, signé de Louis XV! Godeheu se chargera du rôle de Judas! Les Anglais profiteront de toutes ses conquêtes, anéantiront notre puissance coloniale, en s'inspirant de la politique de Dupleix incomprise par les incapacités qui présidaient aux destinées de notre patrie! Ses seules récompenses ici-bas seront la

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