‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 76 sur 128 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

cet article ; nous voyons toute la peine que vous avez eue à terminer les troubles de l'Inde... Nous craignons tout ce qui pourroit aguerrir les naturels du pays. Y a-t-il quelque chose plus capable de les discipliner, que d'avoir toujours sous les yeux un corps de troupes françoises, qui deviendroit lui-même inutile si on ne le maintenoit dans une exacte discipline? Les naturels du pays, une fois aguerris, ne deviendraient-ils pas nos maîtres ? et devons-nous hasarder de nous trouver dans un état aussi dangereux?... Il est tems de borner rétendue de nos concessions de l'Inde. La Compagnie craint toute augmentation de domaine, son objet n'est pas de devenir une puissance de terre... Le parti que nous devons prendre est celui d'une exacte neutralité... Se lier avec Mouzaferzingue et Chanda-Saëb dans des engagemens ultérieurs, ce seroit s'exposer à servir leur ambition et à perpétuer dans l'Inde des troubles qui ne pourroient jamais manquer d'être funestes à notre commerce. Un revers seul peut suffire pour nous faire perdre la supériorité que nous avons acquise : et vous avez pu voir par les dernières lettres, tant du Ministre que de la Compagnie, qu'une paix solide et durable étoit le seul but où vous deviez tendre, en écartant avec soin tout ce qui seroit capable de la troubler. Tout se réunit donc pour refuser à Mouzaferzingue les troupes françoises qu'il demande à sa solde, et vous ne pouvez manquer de raisons pour adoucir et pour lui faire même approuver ce refus. »

Montaran accompagna cette lettre de plusieurs observations personnelles :

« Les avantages que la Compagnie avoit remportés ne fermoient pas les yeux sur les inconvéniens qui étoient résultés des troubles de l'Inde ; on voyoit avec douleur que deux années de paix n'avoient servi en rien à relever notre commerce à la côte de Coromandel et on craignoit que la continuation des troubles ne s'opposât à son rétablissement; une paix solide et le rétablissement de ce commerce étoient cependant le vœu général de toute la France ; les succès mêmes n'étoient véritablement succès qu'autant qu'ils conduisoient àces deux objets désirés»... «Que répondre, ajoutait-il, à ceux qui prétendent que nous préférons la qualité de conquérans à celle de commerçans (')? J'ai beau dire que vous êtes éloigné de cette erreur séduisante, j'ai beau en rapporter le traité que vous avez fait avec les Maures après la prise de Madraz, et les démarches auxquelles vous vous êtes porté dans toutes les occasions pour pacifier les troubles; j'ai beau dire qu'on doit être assuré de la paix quand on n'a plus d'ennemis ; on me répond toujours qu'on n'a point de nou-

I. La maxime favorite de la Compagnie était : « Les hommes d'épée doivent toujours passer après les hommes de plume. »

velles certaines de la paix, que le commerce n'est point rétabli, qu'i\ y a des mécontens dans le pays, que les Marattes peuvent les soutenir... Vous ne devez point être étonné de cette façon de penser de la part d'une Compagnie commerçante, qui souffre nécessairement de tout ce qui trouble son commerce ; et vous ne devez pas croire que le ministère puisse avoir d'autres sentimens. »

Enfin Montaran résumait sèchement ses instructions :

« Les troupes que la Compagnie envoie sont destinées uniquement à la conservation et à la défense des établissemens. Vous ne devez point faire sortir de troupes de l'étendue de nos concessions... L'intention de la Compagnie est d'éviter soigneusement d'entrer dans aucune guerre auxiliaire... Il est tems de borner l'étendue de nos concessions, la Compagnie craint toute augmentation de domaine... Son objet n'est point de devenir une puissance de terre. Notre parti doit être celui d'une neutralité absolue, etc. »

Cependant l'affaire de Trichinapaly ne se terminait pas. Mamet-Aly-Kan, toujours aussi fourbe, essayait encore de tromper Dupleix. Toutes les voies de la conciliation et de la douceur étant devenues impraticables, il fallut recourir à la force. Le gouverneur réunit aux troupes indigènes de Chanda-Saëb 400 Européens, des Cafres,de l'artillerie; et la dépense de ce détachement, commandé par le comte d'Autheuil, incomba au nabab. Ce prince se mit en marche avec son armée et perdit un temps précieux en forçant certains chefs subalternes à lui fournir de l'argent.

Les Anglais s'aperçurent du danger qui menaçait Trichinapaly ; ils s'unirent à un corps d'armée de Mamet-Aly-Kan afin d'arrêter nos troupes. Ils essayèrent, dans ce but, de s'emparer du fort de Valgondabouram. L'officier hindou, chargé de sa défense, montra une rare bravoure et les repoussa avec perte. Notre armée, prévenue à temps, les poursuivit et les contraignit de passer le Colram, alors fortement débordé. Cette opération leur coûta beaucoup de monde, six pièces de canon, grand nombre de fusils, toutes leurs tentes, quantité de munitions. Si nos soldats avaient été mieux dirigés il ne se serait pas échappé un seul ennemi ; mais le comte d'Autheuil souffrait de la goutte et se trouvait hors d'état de voir

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