‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 85 sur 128 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

modifié ses plans de campagne. D'abord il avait dû refaire ses troupes et les aguerrir. Les dernières recrues envoyées de France avaient été ramassées, par l'agent de la Compagnie, au milieu de bandits ou de galériens évadés du bagne !

Le 25 novembre 1752, Clive avec ses Anglais, ayant attaqué Arcate sans succès, se vengea en taillant en pièces l'armée de Rajah-Saëb, fils de Chanda-Saëb. Il avait habilement profité du moment oi:i les troupes de ce prince célébraient l'anniversaire de la mort d'Hassan !

Le 14 janvier 1753, Maissin et Morarao quittèrent Valdaour avec une petite colonne composée de cent soixante Français, deux mille Cipayes,quatre mille cavaliers mahrattes. Ils avaient pour mission de harceler les Anglais et leurs alliés, d'attaquer tous les convois et d'affamer ainsi Tiravady. Cette tactique due au génie de Dupleix, réussit à merveille ; peu à peu les soldats s'enhardirent et Mamet-Aly. ne se sentant plus en sûreté, se disposa à fuir. Les Anglais ne pouvaient croire à ces événements surprenants.

Lawrence vint offrir le combat à nos troupes et se briser contre nos ouvrages de campagne. Il amena du canon, ses boulets s'enfoncèrent dans nos fortifications passagères et sa poudre fut brûlée en pure perte ! A tout prix il fallait secourir Trichinapaly. Lawrence espéra tromper le capitaine de Maissin, en dissimulant son départ, et en formant un convoi pour ravitailler la place en détresse.

Maissin s'empara de Tiravady, de Chelambram et de Valgondabouram. La fortune nous redevenait favorable. Mamet- Aly se réfugia à Trichinapaly augmentant ainsi le nombre des personnes à nourrir. Son armée le suivit dans un désordre indescriptible.

Un autre corps français, commandé par d'Astruc, arriva à Sheringham, un jour avant Lawrence, se réunit aux troupes de Naud-Rajah et manœuvra contre Lawrence. Il fut bientôt rejoint par Maissin. Notre effectif, supérieur à celui des Anglais, s'éleva à quatre cent cinquante Européens, quinze

cents Cipayes, huit mille cavaliers Mayssouriens et quatre mille fantassins irréguliers.

D'Astruc et Lawrence étaient dignes l'un de l'autre au point de vue militaire.

Toujours docile aux instructions de Dupleix, d'Astruc se mit aussitôt à élever, malgré Lawrence, des travaux d'art en serrant étroitement la place; il prit les cinq rocs (anciennes positions de Law) et le Rocher d'Or que Lawrence lui reprit à l'aide d'un mouvement tournant.

D'Astruc, obligé de partir pour Pondichéry, laissa le commandement à Brenier; Lawrence le sut, sortit de la place, fit semblant de prendre la direction de Tanjaour, et, combinant ses manœuvres avec celles de la garnison, attaqua nos lignes dont le développement était trop considérable. Brenier essuya un échec. D'Astruc revint à temps de Pondichéry avec quatre cents Européens, deux mille Cipayes, six canons et trois mille Mahrattes.

Le 27 septembre, Lawrence, nous tournant encore, s'empara de onze canons et fit cent onze prisonniers.

Il fallut encore une fois réorganiser l'armée! Dupleix choisit pour commandant Mainville, et l'escalade de Trichinapaly fut décidée. La tentative eut lieu dans la nuit du 27 au 28 novembre et ne nous fut pas favorable. Huit de nos officiers y trouvèrent une mort glorieuse ; nous eûmes quatre cent vingt soldats tués ou faits prisonniers.

Fidèle à son habitude, Dupleix abandonna le sort des armes pour revenir sur le terrain diplomatique et reprit activement ses négociations avec Saunders. La lettre suivante de Mamet-Aly-Kan l'y engagea encore plus fortement; elle avail été provoquée par les succès de Kerjean, à Gingy :

« J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait la grâce de m'écrire, par laquelle vous me marquez que vous êtes bien mortifié d'avoir pris inutilement la peine de demander au nabab Salabetzingue Bahadour, le kaoul (pardon) que j'avois demandé, et d'avoir daigné m'honorer de vos sages conseils

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