CHAPITRE X
évidemment un grand avantage pour la Compagnie si ce prince pouvait obtenir le gouvernement du Carnate ^K
Sans crainte sur le succès de la tentative préparée contre le vieil Anaverdi-Kan, Dupleix, même s'il n'eût pas eu l'approbation presque formelle de la Compagnie, pouvait encore faire valoir de bonnes raisons.
Tous les témoignages contemporains nous prouvent qu'il avait conçu un vif ressentiment de la conduite du nabab en 1747 et 1748. La guerre qu'il nous avait faite en 1746, la diversion tentée lors de la première attaque de Goudelour, mais surtout l'envoi d'un corps de 3,000 chevaux commandé par son gendre pour seconder les Anglais devant Pondichéry, bien qu'il eût fait la paix peu de temps avant, étaient des motifs bien suffisants pour lui être hostile. Par un singulier hasard, avant que les Français eussent pensé détrôner Anaverdi-Kan, un seigneur maure leur avait déjà conseillé de le faire déposer s'il ne voulait pas conclure la paix avec eux, et d'en mettre un autre à sa place ("-). La rancune de Dupleix contre Anaverdi-Kan le décida à seconder Chanda-Sahib au moins autant que le désir d'aider ce prince à s'emparer du pays. Toutes les relations françaises sont d'accord sur ce point : « Dupleix, dit Saintf Georges, son ami, avait intérêt à installer un prince ami de la « nation à la place d'un usurpateur ennemi de la nation (3). » Le gouverneur lui-même écrivit à Machault après la victoire : « Je « fais sentir à toute l'Inde que l'on se repent tôt ou tard d'être « contraire à notre nation et de se lier avec nos ennemis. Cet « exemple retiendra par la suite la mauvaise volonté des nababs et « diminuera un peu de la valeur des promesses des Anglais ;^). »
Ajoutons-y encore l'exemple donné par les Anglais. Ceux-ci, en mars 1749, sollicités par un prétendant au royaume de Tanjaour, avaient fait une expédition qui fut très pénible dans ce pays coupé de rivières et de marais. Le prix stipulé par eux était la cession de
(1) Ibid., 208. La compagnie au conseil supérieur, 20 novembre 1747.
(2) Lettre de Divan-Sahib à Pregachen Modeliar de Karikal), 10 décembre 1746. Fr-, n. acq., 8931. 153.
(3) Fr., n. acq., 9169. 142. Mémoire fait pour M. de Silhouette, l^"" octobre
(4) Col. C*, 82, 200. Dupleix à Machault, Pondichéry. 28 juillet 1749.
Divicollé. Ils ne purent installer leur protégé, mais ils s'emparèrent
de Divicotté; cela les occupa jusqu'en juin et leur coûta cher.
Dupleix dut connaître cette entreprise dès ses débuts et y trouver
un motif nouveau de tenter une entreprise exactement pareille.
L'exemple de Dumas, traitant pour Karikalavec le même prince, ne
doit pas non plus être négligé (*).
La négociation menée par le vakil de Chanda-Sahib et par son
fils aboutit donc facilement : « M. le gouverneur ayant voulu C^), le l^"" mars dernier, congédier tous les cipayes entretenus au service de la Compagnie depuis la guerre, le fils de Sander-Sahib qui était toujours ici et attendait journellement le retour de son père, pour pouvoir prendre possession de la nababie ou gouvernement de cette province, le pria, par ordre de son père, de bien vouloir lui céder tout ce qu'il y avait de ces troupes au service de la Compagnie, en continuant cependant jusqu'à son retour de les faire payer et fournir à leurs autres dépenses à l'ordinaire par la caisse de la Compagnie comme s'ils étaient encore à son service, tant parce qu'il n'était pas pour lors en argent comptant que pour en dérober la connaissance aux rivaux et ennemis deson père, mais promettant que sitôt qu'il serait en possession du gouvernement, il rembourserait toutes les dépenses qu'ils auraient ainsi occasionnées, depuis ledit jour du l^"" mars. M. le gouverneur, que la seule vue et considération des grands avantages qui ne pourraient qu'en résulter à la Compagnie si ce seigneur réussissait et parvenait à avoir le gouvernement de la province, a engagé non seulement de continuer à entretenir une exacte et étroite correspondance avec ce seigneur, mais même à employer ses
(1) Fr., n. acq., 9169, 90. Mémoire pour le sieur Dupleix, 11 mars 1758. « De même que Dumas fit un traité avec Savagi qui nous valut Karikal, de « même Dupleix traita avec Chanda-Sahib pour un motif analogue. » — Ibid., 142. Mémoire de Saint-Georges. « 11 a suivi l'eiemple de Dumas en négociant avec le même souverain. «
(2) Fr.. n. acq., 9167, 43. Extrait du registre des délibérations du conseil supérieur de Pondichéry commençant le 25 Janvier 1746, f. 62, du 13 juillet 1749. A la fin est écrit : Pour copie collationnée conforme au registre des délibérations du conseil supérieur. De Brain. — Confirmé par les lettres du conseil supérieur de Pondichéry, analysées ci-après, du 1'-' et du 9 août 1749, et par le mémoire pour Dupleix cité ci-dessus, du 11 mars 1758, dans des termes identiques.