‹ DupleixChapitre 121 sur 189 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« eût commandé dans cette province, les Maures ne nous auraient « pas attaqués et harcelés comme ils l'ont fait depuis le mois d'oc- « tobre dernier.... S'il ne tenait qu'à ce prêt pour procurer à « Sander-Sahib les moyens de rentrer dans ses droits, nous le « ferions de bon cœur, heureux pour la Compagnie et pour nous « de nous trouver dans ce cas ; nous regarderions cet argent « comme fort bien employé et le remboursement indubitable, et « nous nous attacherions un seigneur généreux sous le gouverne- « ment duquel nous aurions tous les avantages que nous pourrions « désirer (1). »

Le conseil et Dupleix paraissent avoir toujours été dans les dispositions généralement défavorables à Anaverdi-Kan qui l'empêchèrent d'être reconnu dans toute la province. La présence à Pondichéry de la famille du prince prisonnier, le souvenir des services rendus à la nation, les expliquent assez. Et comme on croyait qu'Anaverdi-Kan ne resterait pas nabab, on ne lui avait pas fait, à son avènement, le présent d'usage. Mais comme il se rendit à San- Thomé en 1745, on se décida à le lui envoyer; c'est à la suite de cette démarche qu'il vint lui-même à Pondichéry en septembre de la même année (■^).

On comprend qu'après la prise de Madras et la guerre qui suivit avec les Hindous, les Français aient regretté de n'avoir pas à Arcate un nabab dont l'amitié leur fût assurée. Cependant il paraît qu'on n'était pas bien informé à Pondichéry de ce que faisait Chanda- Sahib. En 1747, le conseil le croyait encore prisonnier. Les relations anglaises contemporaines supposent qu'il devint libre seulement en 1748, à l'époque du siège de Pondichéry (3).

En réalité, plus de trois ans se passèrent entre la mise en liberté de Chanda-Sahib par les Marattes et son arrivée en Carnate. Dupleix annonce formellement sa délivrance dès octobre 1745; mais resté sans ressources puisqu'il n'avait plus de domaines, le

(1) Fr., n. acq., 8931, 208. Lettre du conseil supérieur à la Compagnie, 31 janvier 1747.

(2) Fr., n. acq., 8931, 142. Le conseil supérieui' à la Compagnie, 11 janvier

(3) Mémoires du col. Lawrence, publiés par R. Owen Cambridge. Lawrence dit qu'il fut libéré en 1748 par l'intermédiaire de Mousafer-Sing. Orme le croit en liberté à la même époque et sait qu'il eut à guerroyer avec quelques rajahs,

prince maure se rendit chez le rajah de Chiterdongue dans le Malabar; c'est de là qu'il écrivit à Pondichéry pour demander des secours. On s'attendait à le voir bientôt en Carnate, mais il prit part aux guerres de ce rajah contre ses voisins. Le rajah fut vaincu et tué; lui-même fut pris: l'intervention du chef maratte Ragogy- Bouzoula le lit enfin relâcher ('!. C'est alors qu'il entra en rapport avec Mousafer-Sing, nommé autrement Idayet-Modin-Kan, nabab d'Adony et petit-fils de Nizam, dont il revendiquait la succession. Celui-ci venait de mourir, au commencement de 1748, et cela nous donne une date précise pour ces pourparlers. Chanda-Sahib ne pouvait compter sur Naser-Sing, fils de Nizam, pour obtenir le Carnate, parce qu'Anaverdi-Kan ayant été gouverneur de Naser-Sing, il était raisonnable de penser que le nouveau soubah ne le disgracierait pas. L'intérêt de Chanda-Sahib était donc de se rapprocher du prétendant iMousafer-Sing, auquel il persuada de commencer par lui assurer le Carnate avant d'entamer la conquête du Dekhan. 11 lui promit les secours des Français et envoya un vakil (ambassadeur) à Pondichéry pour les réclamer. C'était peu de temps après la levée du siège. Les négociations paraissent avoir été menées par son fils Reza-Sahib (autrement Raja-Sahib ou Ali-Reza-Kan), qui y résidait avec sa mère. Aux demandes du jeune homme, le conseil avait peu d'objections à faire; on avait des ressources militaires considérables et la bataille deSan-Thomé nous avait appris à mépriser les armées maures (2). La Compagnie, prévenue de l'intention où l'on était de prêter 100,000 roupies à Chanda-Sahib, avait répondu qu'elle s'en rapportait à la sagesse du conseil (3) et que ce serait

(1) De là sans doute la croyance qu'il n'était pas libre encore et l'erreur du conseil de Pondichéry. — Fr., 12087, f. 70-122. Relation de la guerre des Français dans l'Inde contre les Moyols, de 1746 ;ï octobre 1751. Cette relation très

précise, faite sur les pièces de la correspondance de Dupleix et des officiers, et même sur des pièces en persan, doit être celle à laquelle Dupleix faisait travailler le sieur Marion du Mersan et pour laquelle Kerjean lui envoyait des cahiers de relations '^Dupleix à Kerjean, 11 septembre 1751. Arch de Versailles, E. 3748, f. 90).

(2) Fr., 12087, 65. Relation de M. Brignon subrécargue employé par Dupleix), contenant le récit des faits de 1749-1750. — Ibid., 109. Relation de la guerre des Mores, 1746-1751.

(3) Fr., n. acq,, 8931, 143. La compagnie au conseil supérieur, Paris, 17 février 1747.

Page 1