‹ DupleixChapitre 125 sur 189 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

d'après ces mots, qu'il s'agisse d'une retraite définitive et cela n'a rien qui puisse étonner si l'on se souvient que Dupleix pensait à quitter l'Inde dès 1741. Cela prouve certainement qu'il n'attachait pas grande importance à ce qu'il allait entreprendre et que l'afïaire à ses yeux ne comportait pas de suites. A plus forte raison peut-on en conclure qu'il n'avait pas même l'idée du vaste développement que l'entrée en scène de Mousafer-Sing devait lui donner. Un homme qui demande à se retirer n'a pas de plan à longue échéance. Après toutes les preuves que nous a déjà données la vie de Dupleix exposée jour par jour, nous trouvons ici la certitude indubitable qu'il n'eut pas de politique préconçue.

La Compagnie lui accordait ce congé sur la demande de Bacquencourt, le jour même où il écrivait à Machault ('). Elle le laissait maître d'organiser à sa guise la régie des affaires de l'Inde. Ses amis de France se préparaient à le recevoir. Godeheu lui offrait sa maison de Lorient pour s'y reposer à son débarquement et se promettait « de bonnes causeries en bonnet de nuit et en robe de « chambre (2). » Duvelaër lui disait qu'on envoyait exprès pour le ramener V Achille, le plus grand des vaisseaux de la Compagnie (3). Le bruit courait même à Paris qu'il était parti de l'Inde en mars 1749 W ; aucun de ses parents ni de ses amis ne soupçonna qu'un dessein quelconque pût l'y retenir.

Mais, mieux que tous ces témoignages, la correspondance de Dupleix avec son beau-frère d'Auteuil, commandant les forces auxiliaires mises à la disposition de Chanda-Sahib, nous prouve qu'il s'agit alors d'une expédition sans lendemain et non de la première démarche d'un plan longuement préparé. Elle nous montre que les préoccupations de Dupleix après la victoire d'Ambour n'ont pas pour objet la grande politique, mais qu'elles affectent en général un caractère personnel et témoignent d'un certain esprit de lucre qui inspira en partie, il faut le dire, l'œuvre entière qui nous occupe.

Le 5 août le gouverneur mandait à d'Auteuil (â) :

(1) Fr., n. acq., 9144,218. La Compagnie à Dupleix, le 28 février 1749.

(2) Fr., n. acq., 9148, 237. Godeheu à Dupleix, 17 mars et 14 avril 1749.

(3) Ibid., 63. Duvelaër à Dupleix, 25 octobre 1749.

(4) Fr., n. acq., 9148, 243. Godeheu à Dupleix, 5 novembre 1749.

(5) Fr., n. acq., 915(5, 12. Dupleix à d'Auteuil. Pondichéry, 5 août 1749.

€ J'écris au fils de Sander-Sahib sur la part de pillage qui est « due à nos braves soldats. Je lui écris aussi qu'il me semble conve- « nable qu'il m'envoie ma part des éléphants, chevaux, etc., de « tout ce qu'il a pris sur l'ennemi. Vous parlerez de tout cela « souvent au fils de Chanda-Sahib et à lui-même aussi. »

Le même jour il écrivait ces lignes, étonnantes s'il avait eu les plans qu'on lui prête: Je m sais rien des desseins de Sander-Sahib ; faites en sorte de les savoir. Je crois qu'il ne se séparera de vous que quand il se sera débarrassé du seigneur qui est avec lui (c'était Mousafer-Sing), et à vous dire vrai, je crois qu'il aura raison W. Ainsi Dupleix estimait qu'il serait bon d'être débarrassé de Mousafer-Sing, tant il était loin de prévoir Tavenir ! Il est vrai qu'il pensait à bien autre chose :

« Au sujet des deux prisonniers que vous avez, il convient de ne les remettre à Chanda-Sahib qu'après être convenu de la part que vous aurez dans leur rançon. Prenez à ce sujet les meilleures précautions pour n'être point la dupe de ces gens-là. (( P.-S. — Chanda-Sahib ferait bien d'envoyer entourer Chettepetton et Chinglepelton. Il y a de grandes richesses dans ces places et la terreur y est. Ce sont encore des occasions de faire de bons coups (2). »

Il revient sur ces sujets qui lui tiennent à cœur évidemment : Je conçois l'obligation que Chanda-Sahib vous doit avoir et à la nation. Je souhaite qu'il vous en donne des preuves indubitables; ne relâchez point vos prisonniers sans être assuré d'une part de leur rançon. L'un d'eux est riche. Chanda-Sahib en tirera un bon lopin (3). Il me semble qu'on ne se presse pas trop d'envoyer entourer Chettepelton et Ghinglepetton. Pressez sur les deux points. »

Il continuait à ne rien savoir des projets du nouveau nabab. Il donnait à d'Auteuil l'ordre de lui obéir. Il lui recommandait de ne pas marquer trop d'empressement à le quitter, car il ne convenait pas de l'abandonner sitôt. Ainsi le 9 août, après trois semaines de campagne, Dupleix admettait comme prochain l'abandon de notre

(1) Fr., n. acq., 9156, 13. Dupleix à d'Auteuil, 5 août 1749.

(2) Fr., n. acq., 9156, 15. Dupleix à d'Auteuil, 6 août 1749.

(3) Fr., n. acq., 9156, 18. Lettre du 9 août 1749.

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