CHAPITRE X
protégé et le retour des troupes françaises (0. C'était la présence d'Idayel-Modin-Kan(premiernomdeMousafer-Sing) qui l'inquiétait; il considérait que les troupes françaises ne devaient pas abandonner Chanda-Sahib tant que cet hôte douteux serait dans la province.
« C'était, disait-il, une sangsue que le nabab aurait bien de la « peine à contenter (2). »
S'il se défiait de Mousafer-Sing, de son côté, d'Auteuil se fatiguait de tenir la campagne. Cet officier, entré comme enseigne au service de la Compagnie en 1739 (3) et simple lieutenant en 1749, n'était pas, comme on l'a dit, un vieil officier, très résolu, très brave, très lucide au feu W. Venu dans l'Inde à la suite de quelques folies, il avait, en 1749, trente-cinq ans; il était brouillé avec son père, avec sa sœur et avec son beau-frère La Bourdonnais; il avait épousé une sœur de M"'' Dupleix, Marie Albert, veuve du sieur Aumont; il faisait, quoique militaire, le commerce de l'Inde. Or, en août 1749, il désirait revenir à Pondichéry parce que sa femme l'y rappelait, et Dupleix l'en dissuadait en lui disant qu'il n'aurait jamais une si belle occasion de faire ses affaires (s), qu'il avait une famille à laquelle il devait penser. D'Auteuil ayant projeté d'aller à Moka en janvier 1730, Dupleix lui répétait que rien ne pressait et qu'il souhaitait que le voyage d'Arcate le dispensât de l'autre. Il lui recommandait surtout d'aider Chanda-Sahib à tirer de l'argent de côté et d'autre, si lui-même voulait en avoir, et lui conseillait de demander des espèces sonnantes plutôt que des terres.
Mais d'Auteuil était mécontent parce qu'il était pressé de toucher sa récompense. Il se plaignait du nabab, il se plaignait de la goutte, il se plaignait des capitaines de cipayes qui ne prenaient plus ses ordres : Dupleix, infatigable, répondait que Chanda-Sahib passait pour fort généreux, qu'il paierait certainement, que peut-être un
(1) Ibid.
(2) Fr., n. acq., 9156, 21, 26. Lettre du 12 août 1749.
(3) La Bourdonnais dit dans ses mémoires qu'il était capitaine réformé ; or, il n'a pas quitté Tlnde depuis 1737, et, s'il Lavait été avant, il Teùt été bien jeune, étant né en 1714. Dupleix, en 1739, rend témoignage à son père, le comte Combault d'Auteuil, de sa bonne conduite. 11 est enseigne au service de la Compagnie en 1739.
(4) T. Hamont, DupleLv.
(5) Fr., n. acq., 915<5, 23. Dupleix à d'Auteuil, 15 août 1749.
peu plus (l'attention sur le manger et le boire éloignerait les attaques de goutte, que les cipayes étant au service du nabab et non plus au nôtre^ n'étaient pas tenus de dire où ils allaient, qu'au surplus lui-même était bien aise d'être débarrassé de cette race qui ne valait rien (').
Il n'est question, d'ailleurs, dans cette correspondance qui va jusqu'au 13 septembre 1749, date du retour d'Auteuil à Pondichéry, que des avantages particuliers à concéder à tel ou tel.
« Si Chanda-Sahib, écrivait Dupleix, veut que les Français le « servent avec affection contre Naser-Sing (dont on annonçait alors 9 l'approche), il faut qu'il fasse son possible pour se les bien alta- « cher, en récompensant ceux à qui il doit la place qu'il oc- « cupe (2). »
Le nabab fut généreux et tout le monde paraît avoir eu sa part. Nous connaissons déjà les avantages stipulés pour la Compagnie; mais le gouverneur avait aussi stipulé pour lui, sa famille, ses amis. « Je n'ai pas dessein de garder Cobelon, mais bien d'en faire « donner le gouvernement à quelqu'un des Maures qui me soit af- « lidé (3). JD Voilà pour lui-même. Pour M"'*' Dupleix, il y eut un don analogue : « Je ne me mêle pas de l'affaire de ma femme, il t est surprenant qu'on l'ait fait attendre plus d'un jour pour la « terminer. »
Un prétendu neveu de M"'' Dupleix, Noronha, en religion le P. Antoine de la Purification, procureur des capucins portugais, recevait, sur l'insistance de Dupleix, le gouvernement de San- Tliomé(4). Dupleix avait, en outre, demandé à Reza-Sahib d'envoyer à Pondichéry quelques-unes des dépouilles de l'ennemi en tout genre. Il donnait ordre au chef cipaye 3Iousafer-Kan d'envoyer trois ou quatre éléphants et quelques chameaux. Quant à d'Auteuil, qui n'avait pu obtenir d'argent comptant, Dupleix lui conseilla d'accepter une aidée, lui promettant de faire entendre raison sur cela à la Compagnie (^). Il lui en signalait une qui valait
(1) Dapleiï à d'Auteuil, loc. cit., 22 août 1749.
(2) Dupleix à d'Auteuil, 9156, 35, 25 août 1749.
(3) Dupleix à d'Auteuil, ibid., 30 août 1749.
(4) Lettre de Dupleix à d'Auteuil, ibid., 25 août 1749.
(5) Lettre de Dupleix à d'Auteuil, ibid., 27 août 1749.