CHAPITRE XII
« les concessions faites par Mousafer-Sing et Salabet-Sing avec les « autres pièces confirmalives de mon commandement depuis le « Quichena jusqu'au bord de la mer, sous les ordres de Salabet- « Sing. Ensuite doit venir l'exemption de droits dans tout l'empire. « Quant à la province d'Arcate, il convient de savoir sur quel pied € Ramdaspendet veut la donner. Sera-ce sur le pied d'une donation c moyennant une somme d'argent à payer au cazenaC) tous les « ans '? Sera-ce sur le pied d'engagement moyennant l'entretien <t d'un certain nombre de troupes et d'une somme à payer tous les « ans au cazena? Sera-ce sur le pied de soubah ou nabab de la pro- « vince?.... Si c'est de cette façon, qui est, je crois, la seule fait sable, j'accepterai volontiers le titre de nabab de la province. « Mais sur-le-champ je nommerai un nabab qui serait chargé de e tout le détail de la province.... Et ce serait lui qui me rendrait » compte des revenus, pour ensuite faire passer au cazena ceux f dont on serait convenu de les lui payer tous les ans. Tous les « ordres me seraient adressés et non à ce naïb ou lieutenant. Il « faudrait m'accorder une somme fixe d'un lac de roupies par mois « et le surplus irait au cazena.
« Au moyen de cette somme, je m'engagerais à entretenir toujours « 2,000 blancs prêts à marcher où le service le requerrait, tant « pour cette province que pour les endroits où Salabet-Sing en t aurait besoin. Quand les troupes passeraient le Quichena, la « moitié de leur solde serait à la charge du nabab. Je recevrais le « litre de nabab de la province et je nommerais des naïbs qui se- « raient à mes ordres. L'accord et les privilèges devraient être « exécutoires et transmissibles à mes successeurs. »
Il renonçait ainsi à son projet primitif d'installer Chanda-Sahib. Lui-même aurait été nabab avec un revenu net de 1,200,000 roupies.
Non content de cette extension énorme de ses premiers plans, qui devait inquiéter les Anglais, Dupleix, emporté par son imagination, rêvait de faire donner à Salabet-Sing la soubahdarie du Bengale. Il avait des relations à Delhi avec l'eunuque Nabat-Bahadour, et c'est ce dernier qui paraît avoir donné à Dupleix cette idée. Les intri-
(1) Contribution payée au soubah.
gants hindous qui se chargeaient d'obtenir le paravana du Mogol pour Salabet-Sing demandaient trente lakhs de roupies, mais le Bengale en produisait 240 par an. Salabet-Sing et son divan hésitaient à s'engager dans une telle entreprise; quant à Dupleix, il ne paraît pas avoir douté du succès. Il faisait demander à Delhi la concession de Balassor, écrivait à Levrit, gouverneur de Chandernagor, d'indiquer des aidées d'une valeur de 150 à 200,000 roupies de rentes qu'il chargeait Bussy de demander avec l'exemption d'impôt (0. Levrit ne pouvait s'empêcher de trouver ces vues trop étendues et disait que ces plans occasionneraient une révolution (2).
Bussy, de son côté, avait obtenu presque tout ce que demandait Dupleix, avant même d'avoir reçu les lettres où il en était question. Le 1^"^ septembre, il lui écrivait : f Tout ce que vous deman- « dez de Delhi viendra incessamment : soyez tranquille, j'y donne « toute mon attention et je sens comme vous la nécessité d'avoir f ces pièces (les firmans du Grand Mogol). > Il ajoutait que Dupleix était bien maître de faire ce qu'il voulait dans la province de Carnate; pourtant, au mois de septembre 17ol, ce n'était encore qu'une situation de fait.
Dans sa lettre du 23 septembre, il annonce que le conseil de l'Empereur, sous la pression de l'eunuque Capalé-Bahadour (Dupleix écrit Nabat-Bahadour), s'était décidé à envoyer à Salabet- Sing la patente de soubah et les serpeaux accoutumés. Le firman était écrit sur un parchemin de trois pieds carrés. Le nom de l'Empereur et ceux des émirs étaient écrits en haut en lettres d'or. Ensuite venait la donation à Salabet-Sing pour lui et ses descendants du Dekhan et de ses dépendances (3).
L'Empereur avait confirmée Dupleix, au dire de Raradaspendet, par qui passaient toutes ces négociations, le nom de Zafer-Sing et le titre d'aftazari déjà confirmé une première fois en mars 1751, ainsi que le droit d'arborer le Mahi-maratté (2). Bussy demanda
(1) Arch. Vers. E. 3748, 75. Dupleix à Bussy, 4 août 1751.
(2) Col. C 83, 243. Leyrit à Machault, 29 août 1752. Le plan ne fut pas mis à exécution.
(3) On le savait à Pondichéry, dès le 16 juillet ; on fit une fête en cette occasion et Dupleix porta au Champagne la santé du divan et du soubah.
(4) Arch. Vers. E. 3748, 23. Dupleix à Bussy, 20 mars 1751. Étendard portant dans le tissu et sur la hampe une figure de poisson.