CHAPITRE XII
€ ne le sont pas encore. Elle a fait quatre établissements : Mahé, t Yanaon, Karikal et Patna. Mahé a coûté les frais d'une guerre terminée en 1742 par un traité désavantageux, mal observé par le prince indien ; le site est mal choisi, commandé de toutes parts. Les frais de fortification et d'entretien emportent le bénéfice du poivre qu'on en tire, le comptoir n'a aucun revenu. Karikal, que l'on vantait tant, a coûté jusqu'en 17o0 1 million 19,000 roupies et a rapporté de revenu 286,769 roupies (fol. 24). Yanaon avait coûté plus de 400,000 roupies de 1735 à 17o0, sans rapporter quoi que ce fût. A Patna. les frais de transport et d'escorte mangeaient le bénéfice (D. Chandernagor et Pondichéry n'étaient pas plus riches, avaient coûté cher et n'avaient qu'un faible revenu, 8,000 roupies pour Chandernagor, 23.000 pagodes pour Pondichéry en 1732. Les autres comptoirs de l'Inde, les îles de Maurice et de Bourbon, coûtaient plus qu'ils ne rapportaient, f Lorient coûtait aussi fort cher, étant à la fois port de commerce, arsenal de construction et ville d'administration. Joignez les dépenses de Paris, le dividende qu'on prend souvent sur le capital, l'intérêt des emprunts en France et dans l'Inde, les 8, 9, 10 0 'o que la Compagnie donne aux acheteurs de ses marchandises pour en obtenir un paiement anticipé. Joignez les risques de guerres, pertes de vaisseaux, avaries de cargaisons, retards, dont les premiers suffisent, la perte d'un seul vaisseau par exemple, pour dévorer les bénéfices d'une année.
« La nécessité d'un revenu fixe est apparue encore plus dans la dernière guerre où, dans l'attente des secours qui étaient en route, la Compagnie ne trouvait pas de crédit. Avec un revenu fixe, les chefs de l'administration dans l'Inde ne se trouveront plus à la veille de mettre la clef sous la porte et de congédier les troupes et les employés. Ils n'auront pas le chagrin d'entendre des propos plus fâcheux les uns que les autres et des officiers dire sans honte : Point d'argent, point de Suisses. Il faut avoir vu ces situations pour les bien connaître. Je me donnais bien de garde de les détailler en Europe. Je n'y donnais que les espérances qui ont eu leur entier effet » (fol. 30).
(1) Noter que c'est Dupleix qui a établi ce comptoir.
Pour avoir un revenu fixe, on ne pouvait le chercher que dans rinde. L'exemple que nous présentait la Compagnie de Hollande était trop beau pour ne pas le suivre. On objectait la jalousie des autres nations : mais d'abord elles ne se gênaient pas pour nous en donner sujet; nous étions, de plus, capables d'y faire face. On ajoutait qu'une Compagnie de commerce ne devait pas faire la guerre. Raison spécieuse ! t Si la Compagnie de Hollande avait « pensé de même et n'eût pas eu des vues plus étendues, il y aurait « longtemps qu'il n'en serait plus question, mais, outre les ballots « qu'elle a jugés nécessaires, elle a cru devoir y joindre quelque « autre objet qui perpétuât au moins pour un long temps l'envoi 8 de ces ballots. H n'est pas encore venu dans l'esprit d'un Hollan- « dais de dire qu'elle s'était trompée dans ses combinaisons. Cepen- « dant, ce n'est qu'à la guerre qu'elle a dû ses revenus; on en conr « naît les travaux et les frais.
« Nous ne devons également les nôtres qu'à une guerre dont « certainement on ne devait point espérer que les circonstances eussent « été si favorables. Elles ne le sont devenues que parce que nos anta- « gonistes ont voulu s'opposer à nos progrès. Plus ils les ont contra- « ries et plus ont-Us fourni de circonstances dont fai sîi profiter. « Non seulement on a acquis des biens permanents, mais les frais « ont été acquittés; ceux que l'opiniâtreté des adversaires occa- « sionne encore le seront aussi et le revenu augmenté. Ainsi, « dans un pareil cas. la guerre convient à une Compagnie lors- « qu'elle lui procure sans frais, de sa part, que quelques avances « dont elle est remboursée, une consistance qu'elle n'avait jamais « eue . (fol. 31).
Ce revenu fixe, d'après Dupleix, devait permettre de ruiner les concurrents en augmentant les exportations, puisqu'on pourrait supporter la perte de bénéfice occasionnée par le bas prix de vente. Les Anglais, malgré la fermeté de leur crédit commercial, n'y résisteraient pas.
La deuxième vérité, admise comme axiome par Dupleix, était qu'il faut éviter d'exporter l'or et l'argent du royaume; il faut au contraire en introduire.
t C'est pour cet objet qu'il a pensé à conquérir un revenu pour « la Compagnie. Des occurrences que la dernière guerre a présentées