CHAPITRE II
mots des affaires. Aussi Dupleix le suppose peu au fait de la partie de l'Inde C^, bien que, sur la renommée, il le crût homme de mérite et d'esprit (^). Mais dans une lettre à son neveu, il s'épanche plus librement et juge durement la politique qu'il voit suivre par Silhouette. « Il faut, écrit-il, penser aussi mal que le nouveau comf missaire pour avoir l'idée que vous me marquez, au sujet de 24, « 79, H, 40, 122, 93(3). n faut être fou pour penser de même, ses « amis les Anglais, dont il est partisan, se chargeraient volontiers « de ce soin; que ne leur présente-t-il, avec, le reste des établisse- « ments de la Compagnie; il n'y en a aucun qui n'excite la jalousie » de nos ennemis. Il faut être mauvais citoyen et infidèle sujet du (( roi et de l'État pour avoir de telles idées. Il est encore plus fà- « cheuxà d'honnêtes gens de se trouver sous la régie de ces sortes « de fanatiques qui, par leur esprit systématique, gâtent et déran- « gent tout.... Il faut être leur pensionnaire (des Anglais), pour « avoir la crainte d'exciter leur jalousie, ou traître à son roi et à « sa patrie (*). » En dépit des formes très vives dont Dupleix la revêt, nous verrons, par l'exposé même des idées de M. de Silhouette, combien cette critique était juste.
Les commissaires du roi étaient des administrateurs de profession pour lesquels le poste était un acheminement à une grande intendance, voire à un ministère. Outre qu'ils n'avaient par euxmêmes aucune connaissance particulière et concrète du commerce et de la colonisation, ils apportaient dans les affaires la routine administrative, étaient de bons commis quand il leur eût fallu être des commerçants hardis ou des hommes d'État prévoyants. Plus on connaît ces fonctionnaires distingués, gens d'esprit, intègres, quoi qu'en dise Dupleix, plus on admire Colbert qui eut une vue si claire en des matières qu'il semblait ne pas devoir mieux connaître que ceux dont nous venons de parler. Ils dissertent doctement sur le commerce, comme le font aujourd'hui nos journalistes, ils appliquent aux hommes et aux choses de l'Inde les règles de
(1) Fr., n. aeq., 9151, 109. Dupleix à Choquet, 9 novembre 1753.
(2) Ibid., 24. Dupleix à ï^aini-Georges. 20 janvier 1753.
(3) Probablement de Masulipatam et de Divy.
(4) Fr., n. acq., 9151. 38. Dupleix à son neveu, 15 lévrier 1753. lettre en par- Vie chiffrée,
i'i DUPLEIX, SES PLANS POLITIQUES, SA DISGRACE.
couiplabililé et les ordonnances faites pour l'Europe et la vie administrative en France, ils ont évidemment raison suivant la lettre, mais ils n'ont pas compris Dupleix. Ils furent d'ailleurs impuissants même à meUre l'ordre dans un service qui était sous leurs yeux et qui se faisait mal.
La Compagnie avait à Lorient, depuis 1719, son principal établissement. En 1742, il y avait dans ce port un directeur ayant l'inspection générale sur tout ce qui s'y passait. La dépense totale des divers services, au nombre de vingt, était de 107,300 livres (').
D'après un état de comparaison de 1743 entre la régie du port de Lorient et celle du port de Brest (-), on voit qu'il y a à Lorient 134 employés ou officiers coûtant 127,050 livres, tandis qu'à Brest, où le travail était bien plus considérable, le roi n'employait pour les mêmes services que 215 employés, payés 182,000 livres.
Lorient était le port d'attaclie des vaisseaux de la Compagnie et son arsenal. L'organisation générale de sa marine nous est donnée par le règlement d'administration du 16 septembre 1733.
On distinguait deux classes de voyages auxquels étaient employés des vaisseaux de tonnages difTérenls et des corps d'officiers distincts. Pour la première navigation, qui comprenait les voyages au delà du cap de Bonne-Espérance, on avait des vaisseaux de 450 à 600 tonneaux, avec un état-major de huit officiers ou assimilés. La seconde navigation n'employait que des bâtiments de 200 à 300 tonneaux, avec un moindre nombre d'officiers : elle comprenait les voyages de traite entre Bourbon et Madaga.scar, ceux de Guinée et d'Amérique. Les officiers de la seconde navigation ne passaient dans la première qu'exceptionnellement et toujours avec le grade inférieur à celui qu'ils occupaient.
Pour recruter ces cadres, an embarquait sur les vaisseaux, en qualité d'élèves pilotins ou d'enseignes ad honores^ des jeunes gens fils d'anciens officiers de la Compagnie ou leurs proches parents; à
(1) Col. C* 15. Employés et agents. État des ofliciers de troupes et des employés du port de Lorient au 1" avril 1742.
(2) Col. C- 15. Ibid., 1743.