CHAPITRE II
défaut de tels candidats, on acceptait des fils de familles honorables.
Ces jeunes gens suivaient h Lorient des cours faits par des maîtres de vaisseaux ou des premiers pilotes, chacun sur sa profession, sous l'inspection d'un officier à ce commis par le directeur. Il devait y avoir des exercices pratiques dans le port. En voyage, des cours analogues avaient lieu à bord. Xul élève officier ne pouvait être promu enseigne sans avoir passé un examen devant le maître d'hydrographie et sans apporter les certificats de son capitaine et du commandant du port de Lorient.
Les officiers de la première navigation étaient entretenus tant à terre qu'à la mer : mais à terre la solde était réduite de moitié. Ceux de la seconde n'étaient payés que pendant le temps des voyages (0. Les états -majors étaient attachés à un vaisseau qu'ils ne quittaient pas sans raisons majeures. Les capitaines prenaient le pas l'un sur l'autre d'après l'ancienneté de grade. Tout commerce particulier était interdit aux officiers comme aux matelots, sous peine de confiscation des marchandises et d'exclusion du service.
Le nombre des officiers de vaisseau semble avoir peu varié. Le tableau de 1747 donne 279 officiers, celui de 17o0 en donne £48 ; en 1732, nous en trouvons 267, et en 1736, 316 -). Ce cadre semble surchargé. Il paraît que la Compagnie ne l'ignorait pas. On considérait comme suffisant pour ses besoins le nombre de 160 officiers de tous grades.
Les matelots provenaient ordinairement des classes et étaient levés d'autorité. Mais le service de la Compagnie n'était pas reclierché. En 1740, des hommes levés ainsi désertèrent en masse de Lorient. On n'osa pas les punir parce qu'ils étaient trop nombreux et parce qu'on craignait de les voir fuir en Angleterre (3). Même, en 1744, la Compagnie fut autorisée à engager des matelots étrangers pour suppléer au défaut des nationaux.
La Compagnie avait eu, en 1720, un matériel naval considérable.
(1) Appointemems ; première navigation à la mer : capitaine, 200 livres par mois ; premier lieutenant, 120 : second lieutenant, 90 ; premier enseigne, 60 ; second enseigne, 50 ; aumônier, 30, etc. ; deuxième navigation : capitaine, 150 livres ; les autres comme dans la première.
Fr. 7779, 228. Règlement de la marine de la Compagnie des Indes, 1733.
(2) Col. C* 18, 19, 20. Tableaux des diverses promotions.
(3) Col. C- 29, 256. Maurepas aux directeurs. 31 août 1741.
if» DUPLRIX. SKS PLANS POLITIQUES. SA DISGRACR.
Elle avail, celle année-là, envoyé 23 bâtimenls aux Indes, 67 aux aulres comptoirs, 13 élaienl en construction à Hambourg, Bayonne, Londres, le Havre, Nantes, soit au total 103 bâtiments à flot ou sur cale (<).
En 1737, elle avait encore 25 vaisseaux pour la première navigation et 10 pour la seconde; en tout, 35 vaisseaux de 400 à cm tonneaux, valant de 120 à 180,000 livres chacun (2).
Ce cl) itîre correspond à Tépoque la plus prospère de son commerce et ne comprend naturellement pas les bâtiments légers.
La marine était restée bien loin de la perfection que ses règlements supposent. En examinant, d'après les notes des états de la Compagnie ('O, la valeur des officiers, leur recrutement et les sommes qu'ils coûtaient; en étudiant l'administration du matériel, nous montrerons quelle incurie régnait dans ce service si important et si dispendieux.
Parmi les trente-neuf capitaines actifs en 1768, quinze sont cotés bons ou très bons, dix mauvais. De la Lande a perdu la Baleine, a échoué M. Godeheu à Negapatam, a passé sur le Grantham dans un abordage. Paillière-Crisly a fait deux erreurs de pilotage dignes d'un écolier, en allant au Brésil. Dufay de la Branchère, dans un coup de vent, à bord de VAjaT, s'est montré sans peur et sans ressources. Deux capitaines sont traités crûment de poltrons; un autre s'est fait gloire de refuser un commandement en temps de guerre. Roche est très bon mais intéressé, le plus grand des pacotilleurs ;\d, Molhe, de Brest, honnête, brave, modeste et doux, mais bas Breton. Quérangal (qui avait commandé sous Dupleix rartillerie au siège de
(1) Col. C* 19, 34. État général des vaisseaux de la Compagnie des Indes.
(2) Ibidem. C« 19, 34.
(3) Nous avons plusieurs états nominatifs du personnel naval de la Compagnie où les noms sont accompagnés de notes qui nous renseignent sur leur valeur. L'un émane de la Compagnie (col. C* 20. État général des officiers de vaisseau de la Compagnie des Indes). C'est un état général de tous les officiers au service d'après la promotion de 1768. Deux autres portent des notes qui ont dû servir à la confection du premier tableau. Dans le tableau général, les notes données aux officiers par les rédacteurs des deux états ont été adoucies, quelquefois supprimées et remplacées par des éloges. L'un de ces derniers (Col. C* 19, f. 11) est annoté par un officier de la Compagnie, probablement de Lozier-Bouvet. C'est un ancien chef d'escadre de la Compagnie ayant commande dans rindo.