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CHAPITRE II. âb

fort à désirer dès le début, et que les fâcheuses habitudes signalées par Hébert y devinrent des traditions. Dès 1726, les actionnaires se plaignent des malversations dans les armements, qui font le scandale de toute la Bretagne. La Compagnie, qui avait auparavant le compte de la dépense d'armement de ses vaisseaux un mois après leur départ, n'avait rien reçu sur ce sujet de Lorient depuis un an (i). Le mauvais armement causait des retards. On était, disentils, dans la troisième année de la régie actuelle et l'on n'avait encore reçu des Indes aucun des vaisseaux qui avaient été expédiés. Les actionnaires trouvaient étrange que le sieur la Franquerie, directeur à Lorient, eût 24,000 livres pai' an, tandis que les intendants de la marine des plus grands ports n'en touchaient que 12,000.

Voici maintenant des critiques qui émanent d'un personnage compétent, M. du Fayet, capitaine de frégate et directeur à Lorient en 1726, après M. la Franquerie. Il évaluait le coût de la ration pour la Compagnie, prix payé, à 8 sols 6 deniers, mais les faux frais, location des barques pour le transport, charrois de la mer au magasin, salaire des commis, rations attribuées aux ouvriers chargés de la manutention, tout cela faisait ressortir le prix réel de la ration à dix ou onze sous. « Il est étonnant, ajoute-t-il, qu'il en « coûte à la Compagnie, pour le prix de la ration, un tiers de plus « qu'au roi : ceux qui se mêlent de ce détail à Paris n'y entendent « rien. » Il déclare aussi que des gens en place dans la Compagnie font partir du Havre des vaisseaux chargés de vivres pour ravitailler les vaisseaux qui sont en Amérique, et il accuse les capitaines de voler sur le même chapitre. « Ils retranchent, dit-il, la ration « aux matelots pour avoir plus de vivres à vendre. Ils font, dans « une campagne, jusqu'à deux cent soixante procès-verbaux pour « vivres gâtés et pour des coulages, de sorte que le tiers des vivres « se trouve en pure perte pour la Compagnie. »

Si du Fayet se plaignait des directeurs de Paris, ceux-ci se plaignaient delà lenteur de du Fayet à radouber les vaisseaux.

Ayant écrit le 14 décembre 1726 qu'il a choisi le Dromadaire pour l'expédition annuelle, ce vaisseau n'est parti que le 26 mai 1727, soit cinq mois entiers après. Le 28 avril 1727, il annonce que

(1) Col. C- 17, 6. Mémoire à S. A. M">« la duchesse, 1726.

l'Union étant hors d'état de naviguer, il va faire visiter le Bourbon et de suite fera travailler à son équipement.

Le 7 mai, il propose la Sirène pour remplacer ri'mon et, le 14, il annonce qu'il fait radouber la Sirène, V Apollon et la Junon; mais le li juin il écrit que le Bourbon, auquel on travaille depuis six semaines, ne pourra être prêt cette année, et le 20 il propose le Jason pour remplacer V Apollon et la Junon, qui sont défectueux : « On y i travaille, mais le radoub à faire est immense, ces vaisseaux sont 0 aussi mauvais que V Union. » Il les remplacera par le Neptune et le Jason ('). Or, le 28 septembre, il dit que le Jason sera en rade le 10 novembre, ce vaisseau n'y est que le 17 décembre 1727 et n'est parti que le 2 janvier 1728. Pour le Bourbon, le radoub est commencé le 2 mai 1727 ; mais le vaisseau n'est en rade que le 29 décembre et n'est parti que le 10 février 1728. La Sirène, à laquelle on travaille dès le 14 mai 1727, n'est partie que le H février 1728 (^ . Ces retards expliquent le mécontentement de la Compagnie, qui lui reproche de n'avoir fait sortir que dix vaisseaux en un an, alors que M. de la Franquerie en avait expédié soixante-seize en deux ans et huit mois. « Les radoubs qu'il faisait faire pouvaient être, comme « il le disait, meilleurs et plus solides que ceux qui avaient été faits t jusqu'à présent, mais il était constant que le temps qui y avait t été employé eût suffi pour la construction entière de vaisseaux « de pareille grandeur. »

Elle critique aussi le mauvais arrimage des vaisseaux qu'il expédie et qui sont moins chargés qu'ils ne peuvent l'être. Cette question du bon arrimage était importante, comme on le conçoit. La Compagnie s'était déjà plainte à ce sujet au conseil supérieur de Pondichéry (^).

Le vaisseau le Solide, de 350 tonneaux, n'avait rapporté de l'Inde que o86 balles et 188 milliers de marchandises diverses, tandis que sur un vaisseau anglais de 300 tonneaux, pris en 1711, on avait trouvé 1,100 balles de Surate, marchandise très encombrante, 100 milliers d'indigo et 60 milliers de poivre.

(1) C* 18, 191. Correspondance de la Compagnie avec M. du Fayet, 1726-

(2) C* 22, 156. Lettres de la Compagnie à M. du Fayet.

(3) Col. C 12, 244. Lettre des conseillers de Pondichéry, du 23 janvier 1723.

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