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CHAPITRE II

« Il est vrai, répondirent les conseillers, que les cales des vais- « seaux anglais vont de l'avant à l'arrière, qu'ils mettent leurs vi- « vres dans l'entrepont, qu'ils ont peu d'officiers, qu'ils ont des € presses de fer pour presser les balles, des crics pour les forcer à t leur place, de sorte que l'arrimage est bien fait. Enfin les vaist seaux sont faits exprès pour ce commerce. Dans les vaisseaux t français, l'équipage est trop nombreux. Les officiers ne veulent f pas sacrifier l'entrepont sous prétexte de garder la liberté nécesf saire pour le combat. Il y a dans la cale des pièces de bois qui « gênent l'arrimage; les vaisseaux comme le Solide sont trop hauts « sur l'eau et il leur faut beaucoup de lest. » On voit dans la même lettre que l'on n'avait pu charger sur ce vaisseau que 5,000 livres de poudre, au lieu de 10,000, parce que les barils étaient trop grands pour entrer dans les soutes.

Tous ces abus s'éternisèrent.

En 1746, les syndics déléguèrent l'un d'eux, le sieur Colabeau, pour se rendre à Lorient avec M. de Montaran, commissaire du roi, afin de faire l'inspection de ce port. D'après leur rapport !i), les bois de construction étaient sur le rivage de la mer, exposés à être emportés par la marée ou au pillage des particuliers. Ils durent ordonner d'y faire une enceinte, pour ôter toute excuse au gardemagasin, quand il y aurait des soustractions. Lorsque les vaisseaux arrivaient, on était obligé de mettre les agrès et apparaux de désarmement dans les magasins d'armement, ce qui causait de la confusion. Ils donnèrent ordre d'avoir des magasins séparés. Ils avaient trouvé toutes les armes pêle-mêle; ils donnèrent l'ordre de faire construire une salle d'armes pour les empêcher de périr par la rouille. Enfin l'excès des pacotilles leur parut tel, qu'ils crurent devoir proposer la création d'un inspecteur.

La régie, aux Indes, est moins compliquée, mais plus intéressante peut-être, car de ces humbles comptoirs dont nous allons décrire

(1) C* 32, 50. Rapport des syndics au contrôleur général sur l'assemblée du 20 décembre 1746.

l'existence, un homme a presque fait un empire, et les grands et tristes souvenirs que leurs noms évoquent aujourd'hui font qu'on s'attarde aux moindres faits de leurs origines, comme aux ruines de grandes cités disparues et légendaires.

On sait que l'établissement de Pondichéry fut fait presque par hasard à l'époque du siège de San-Thomé. La petite colonie jetée par de la Haye sur une grève presque déserte vécut, tandis que la principale loge, celle de Surate, périclitait. Le siège soutenu par Martin, en 1693, attira l'attention. Louis XIY, au traité de Ryswick, se fil restituer la place et en fit le chef-lieu des établissements français. Un édit de 1701 \ transféra le conseil souverain, jadis établi à Surate (1671), « pour y rendre la justice, tant civile que criminelle, « à tous les habitants du lieu comme à ceux des comptoirs d'Ougly, * Balaror, Cassimbazar, Cabripatam,Masulipatam et autres lieux. » Les chefs des comptoirs, assistés des marchands de la Compagnie, rendaient dans leur ressort la justice civile et criminelle, sauf appel au conseil souverain. Telle est l'origine des conseils de Pondichéry et de Chandernagor.

Après Martin, mort en 1706, se succédèrent plusieurs gouverneurs, Guillaume Hébert de 1708 à 1713, Dulivier de 1713 à 1715, Hébert revenu en 1715 et destitué une seconde fois en 1718. La Prévotière, alors reconnu à sa place (sept. 1718), mourut le 11 octobre 1721. L'intérim fut fait par le second, Pierre Lenoir, jusqu'à l'arrivée de Beauvollier de Courchant (oct. 1723), auquel il succéda comme gouverneur en 1727. Le comptoir était alors dans un assez triste état. Jusqu'en 1724, la ville ne fut protégée que par des haies et quelques mauvaises batteries éparses le long de cette enceinte primitive. La garnison comptait trois compagnies moitié topas (indigènes chrétiens), moitié blancs, la plupart minés par la boisson et la débauche. Il y avait 330 hommes en tout, dont 149 Français seulement ; plusieurs avaient de quinze à vingt ans de services '1), quarante-huit étaient mariés à des négresses. Depuis vingt ans les employés n'avaient travaillé que pour la société des marchands de Saint-Malo. Ni l'ancienne ni la nouvelle Compagnie n'avaient rien tiré de l'Inde, l'une faute d'argent, l'autre faute de

(1) Col. C« 71, 67. État de la garnison de Pondichérv en 1719.

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