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CHAPITRE IV

nouveau secours du roi en novembre 17o2, pour parer aux besoins delà caisse d'escompte, et pour les frais de l'expédition de I7o3, le roi dut avancer 6,500,000 francs. L'état de prévision dressé par le teneur de livres de la Compagnie d'après les dépenses de l'année précédente évaluait les dépenses pour

La recette à 51,461,153 1.19 s. 9 d.

Soit un déficit de 4,241,362 1. 6 s. 2d.

La vente était supposée devoir produire 30 millions, chose fort peu certaine, vu la guerre qui régnait aux Indes. En mettant tout au mieux : après avoir, en 1752, emprunté 6 millions, il ne devait rester rien pour préparer l'expédition suivante, rien pour distribuer un dividende aux actionnaires (i).

Silhouette dans un rapport au garde des sceaux, en date du 5 octobre 1753, évaluait les besoins en général de la Compagnie à 24 millions au moins, se fondant sur ses dettes connues en Europe, le chiffre de ses dettes probables dans l'Inde et la nécessité d'y constituer un fonds d'avance pour préparer les retours. D'après la correspondance de Dupleix, il y avait pénurie de fonds. MM. Gilly et Verzure faisant le relevé des livres de la Compagnie trouvèrent qu'il devait y rester encore des fonds considérables. Mais le fait des besoins de l'Inde ne pouvait pas être contesté.

« Quant à ses besoins en Europe, disait-il, il résulte d'un état « soigneusement dressé des sommes à percevoir et à payer ici < relativement à l'expédition prochaine, que la Compagnie aura à « payer 40 millions, c'est bien plus qu'elle n'aura à recevoir, et « pour combler ce vide, elle n'aura que le produit de sa vente.

« On peut approximativement évaluer cette vente d'octobre pro- « chain à 25 millions parce qu'il y aura 9 millions en plus prove- « nant de cinq navires restés en retard l'année dernière. Si elle « doit 40 millions et n'en puisse payer que 25, il restera dû par elle € 15 millions en Europe sans avoir un sol pour l'expédition de « 1755-1756.

« Il ne faudrait pas, ajoute Silhouette, qu'une compagnie comme

(1) C* 39, 211. Mémoire de M. de Silhouette au garde des sceaux, l*"" juin

celle des Indes opérât habituellement sur le crédit, au moins pour des frais aussi considérables que le sont les frais d'une expédition, et qu'elle ne peut le faire sans exposer son existence aux revers d'un discrédit inattendu. »

Il arbitrait enfin les sommes nécessaires à la Compagnie pour 7o4 à 30 millions et ajoutait ces mots : « Il y a un fait qui parait d'abord une énigme incompréhensible et que je me reprocherais comme une infidélité de ne pas vous mettre sous les yeux. Tous les ans on fait un bilan : j'ai observé que par les bilans des 30 juin 1751, 1752 et 1753 la Compagnie est restée avec des millions de bénéfice et cependant je crois voir sensiblement que ses moyens diminuent et que ses dettes augmentent. Cette énigme ne paraît pouvoir s'expliquer qu'en supposant qu'on porte au crédit et comme augmentation des articles qui devraient être passés au débit et comme dépenses. S'il n'en est point ainsi, j'ignore comment on peut résoudre cette énigme ('). » En mai 1755, la situation de la Compagnie était la suivante. Sur e premier fonds de 180 millions, reconnu en 1747 et dont le roi payait la rente de 9 millions, elle avait hypothéqué 35 millions en billets d'emprunt et rente à constitution, 20 millions en rentes viagères sur deux têtes (1748). Sa situation était considérée comme fort dangereuse et les syndics, revenant au plan de Castanier, parlaient d'appeler de nouveaux actionnaires (2).

Quand la guerre éclata avec l'Angleterre, il ne fut plus question d'appeler des fonds. Le roi paya le dividende d'abord à raison de 80 livres, puis de 40 livres qu'il prêtait à la Compagnie (3),

Le discours des syndics à l'assemblée générale du 29 décembre 1755 marque le dernier bilan de la Compagnie avant le moment où elle perd définitivement l'Inde.

Elle avait fait partir en 1753 avec Godeheu jusqu'à treize vaisseaux portant 16,954,000 l. 10 s. 8 d. Mais l'année 1753 avait amené bien des déboires. Cinq vaisseaux attendus n'étaient pas ar-

(1) C» 40, 16 et suiv. Mémoire présenté par M. de Silhouette à M. de Seychelles, contrôleur général, 5 octobre 1753.

(2) C* 40, 85. Situation présente de la Compagnie des Indes, mai 1755.

(3) Aff. étr., fonds Asie, 13, f. 230. Cinquième lettre sur le commerce en général et celui de l'Inde en particulier.

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