‹ DupleixChapitre 58 sur 189 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

En l'année 1738, le roi de Tanjaour étant mort, son neveu et successeur Sahagy Marajou fut chassé de la capitale par un fils naturel du mort, Sidogy. Il se retira à Ghalembron (H, et delà demanda aide aux Français. Voici sa lettre :

« Les fonds me manquant pour lever des troupes pour combattre « mon ennemi Sidogy, j'ai envoyé auprès de M. le gouverneur « Rama Quichenagy et MoutouCaderayrou, accompagnés deQuiche- « nagy Poutoulou. Ils lui offrirent de ma part Karikal, la forteresse « de Karcangéry et cinq aidées pour 40,000 chacras, et comme mon- « dit sieur le gouverneur a paru content d'acheter lesdites terres « ou aidées pour le prix, j'y consens aussi, et pour cet effet j'en ai « passé contrat de vente comme suit, avec vous. Monsieur le gou- « verneur, vous pouvez dès à présent y envoyer vos vaisseaux et « vos gens. Quand je vous les aurai remis il vous sera libre d'y « mettre votre pavillon. Vous en jouirez, vous et vos successeurs, « paisibles tant que le monde durera. Vous en retirerez les reve- « nus, y ferez justice, établirez monnaie, en recueillerez les fruits, « jouirez des trésors cachés, s"il s'y en trouve, en un mot en dispo- « serez comme d'un bien qui vous appartient en propre. Vous serez « obligés de m'envoyer visiter une fois l'an avec des présents...., « et, au cas que quelque ennemi veuille m' inquiéter, vous m'aiderez • de vos gens et munitions de guerre pour le détruire, et nous pro- « mettons d'en user de la même manière à votre égard [-). »

« soupçons aussi injurieux et faux que je me trouve dans la nécessité de dé- « clarer authentiquement que je n"ai aucune part aux diverses fables et tic- « lions qui sont reproduites dans l'histoire des Indes de M. l'abbé Guyon.... « qu'il lie me Va jamais communiquée avant de la faire imprimer; que « tout ce qu'il lui a plu de dire de moi d'avantageux, il l'a fait sans ma par- « ticipation et sans mon consentement.... Je vous prie donc. Monsieur, de « communiquer ma lettre à vos amis pour servir de réplique à tout ce que « l'on pourra dire ou penser à mon désavantage à l'occasion des fautes et « absurdités répandues dans ce livre que je désavoue totalement. Mon hon- « neur est intéressé à ne laisser croire à qui que ce puisse être que j'aie été « l'auteur, ou seulement donné occasion à ce qu'il a mis dans son livre de « contraire à la vérité et à mes connaissances particulières. »

L'abbé Guvon a été évidemment inspiré par Dumas et doit être considéré comme un panégyriste payé. Son livre n'est d'ailleurs précis que sur les faits que Dumas a pu lui indiquer.

(1) A huit lieues au sud de Pondichéry.

(2) Fr., n. acq., 8925, 23 fonds Ariel). Paravana ou traité de vente fait avec

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On doit remarquer que c'est le prince indou qui demanda le secours des Français et que l'objet du rajah était de se procurer des fonds par la vente de ses aidées et de s'assurer le concours militaire des acheteurs.

Il y avait en germe dans celte affaire une politique nouvelle, car jusqu'alors la Compagnie sujette du nabab d'Arcate n'avait jamais songé à intervenir dans les affaires politiques du pays. Alliée même à un petit prince comme le rajah de Tanjaour et se faisant payer ses services, la Compagnie pouvait s'agrandir; il est certain que Dupleix ne fît pas autre chose dix ans après et que la Compagnie anglaise a grandi par un procédé tout pareil. Mais Dumas est comme ces inventeurs qui, mis par hasard en présence d'un fait nouveau, fécond en conséquences, ne soupçonnent même pas ce qu'en pourront tirer leurs successeurs avertis par l'expérience. Il ne s'agissait pour lui que de procurer à bon compte à la Compagnie l'équivalent du comptoir perdu de Cabripatam. Karikal valait mieux : il y avait un grand territoire, on y était souverain et le revenu assez fort était susceptible de s'augmenter (i).

11 fallut d'abord se mettre en possession. Or, le rajah soudainement rétabli par un coup de fortune, et circonvenu par les Hollandais jaloux, refusa de laisser les Français débarquer à Karikal (juillet 1738).

Au moment où il commettait ce manque de foi, un autre prince du pays entrait en relation avecles Français. Sander-Sahib, gendre du nabab d'Arcate, ayant pris Trichinapali en 1737, se mit en campagne dans l'été de 1738 pour prendre aussi Tanjaour. 11 envoya des exprès auprès du gouverneur et lui écrivit pour lui offrir de lui livrer Karikal et lui demander quelques secours de canonniers et de troupes pour l'aider à terminer plus tôt sa propre expédition (^). Le conseil refusa parce qu'étant en traité avec le roi de Tanjaour, il ne crut pas devoir le trahir ; et même après la perfidie de ce prince.

le roi de Tanjaour au mois de juillet 1738, pour Karikal, Karcangéry et pour 5 aidées le 25 du mois d'Ady de l'an Cataouty.

(1) Fr., n. acq., 9147, 160. Dumas à Dupleix, 15 janvier 1742.

(2) Fr., n. acq., 8925, 9. Lettre du conseil supérieur de Pondichéry à la Compagnie, du 18 juillet 1738. Chanda-Sahib est la forme correcte. Sander- Suliilj, lorine aussi usitée, est plus jiOpuluire.

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