‹ DupleixChapitre 57 sur 189 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de la flotte expédiée de France avec La Bourdonnais en 1741. — Il obligea Bayanor à faire la paix une deuxième fois.

Les instructions de la Compagnie pendant cette période sont empreintes d'une excessive prudence quand elles sortent par hasard des matières commerciales.

En 173o, le rajah de Cotiate ayant fait au conseil de Mahé une proposition d'alliance, la Compagnie écrivit que ne connaissant pas le local ni les intérêts des princes malabars, elle s'en rapportait aux ordres que Mahé recevait de Pondichéry (0. Un peu plus tard elle approuva Dumas d'avoir empêché les gens de Mahé de fortifier les montagnes dominant le fort et interdit l'emploi de la force pour cette acquisition. Elle lui ordonna d'y réduire les dépenses au strict nécessaire (-).

Il ressort de cet exposé que, bien que la Compagnie eût maintenu ce comptoir à cause de la facilité qu'on avait de s'y procurer du poivre, elle n'en avait jamais voulu ni permis l'extension. Quand la guerre y eut recommencé en 1740, et que Dirois s'y fût mêlé pour soutenir les nambiars, les dépenses rendirent les directeurs encore plus maussades sur le fait de Mahé, dont ils finirent par regretter l'occupation. « Je regarde la guerre de Mahé, écrivait Dumas à Dupleix (3), comme un événement des plus fâcheux qui aient pu arriver à la Compagnie, car, outre les sommes considérables qu'elle lui coûte déjà, cela la jette dans la nécessité d'y entretenir une très forte garnison pendant longtemps. » L'escadre de La Bourdonnais, qui ne fut employée qu'à l'affaire de Mahé, coûta 4 à 5 millions (^). Dans l'état de détresse financière de la Compagnie, ces pertes étaient vivement ressenties.

L'établissement de Mahé n'a donc été fait que pour un objet commercial et jamais la Compagnie n'admit qu'il pût y avoir là autre chose qu'un simple comptoir. On peut ajouter que même réduite à ces modestes proportions, l'entreprise ne fut pas heureuse; mais il faut remarquer qu'on y trouve les éléments mêmes

(1) C* 21, 22. Extrait du registre général des délibérations, 23 mars 1736.

(2) Extrait du registre général des délibérations de la Compagnie, 14 juillet 1739. C« 28, 275.

(3) Fr., n. acq., 9147, 160. Ile de France, décembre 1742.

(4) Fr., n. acq., 9147, 181. Dumas à Dupleix, "octobre 1743.

des entreprises de Dupleix : demande d'alliance et de secours militaire faite par les rajahs et payée par une concession de terre. Il n'est pas jusqu'à lopposition jalouse des Anglais qu'on ne rencontre ici comme il la rencontra lui-même.

L'acquisition de Karikal par Dumas est plus remarquable que celle de Mahé, parce qu'elle fut faite par l'initiative du gouverneur seul, sans l'aveu de la Compagnie, et qu'en cela Dumas a servi d'exemple à Dupleix. Il y avait cependant là le souvenir d'une entreprise ancienne dont Dumas put en quelque façon s'autoriser.

La Compagnie avait possédé dans le Tanjaour un établissement à Cabripatnam sur le Coleran. On avait dû l'abandonner en 1708 (*), à cause de l'opposition des Hollandais et du rajah. Le conseil de Pondichéry avait eu un moment le dessein de le rétablir pour se procurer plus facilement du riz ; des négociations avaient été suivies avec le roi de Tanjaour pour cet objet, de 1721 à 172o(2), mais il ne paraît pas qu'elles aient abouti, puisqu'il n'en est plus question jusqu'aux entreprises de Dumas (3).

(1) 9147, ItjO. Damas à Dupleix, 1742.

(2) C 72, 79. Lettre générale du conseil supérieur à la Compagnie, Pondichéry, 18 février 1721.

(3 Sur les entreprises de Dumas on peut lire, mais avec précaution, le tome III de Y Histoire des Indes orientales, par l'abbé Guyon. — Elle est faite uniquement pour donner de l'encens à Dumas, écrit Godeheu à Dupleix le 28 octobre 1745 (9148, 210). Dumas avait remis à l'auteur une relation envoyée par lui autrefois à la Compagnie et lui avait fourni des renseignements. Le livre fut attaqué par l'ingénieur Cossigny. Dumas lui-même l'abandonna, tout en avouant qu'il l'avait inspiré et vu en manuscrit (Fr., n. acq., 9147-197, Dumas à Dupleix, 30 septembre 1744, Paris). « Je fus extrêmement surpris, dit-il, « d'y voir mon nom en divers endroits avec des erreurs grossières sur les « quelles je mis par écrit d l'instant tnes corrections. Je les lui donnai « (a l'abbé Guyon) en lui rendant son livre. Je lui conseillai d'attendre mon « retour de Lorient pour le mettre au jour. Mais M. l'abbé ne goûta pas ma «. proposition. J'appris à mon retour que ce livre était bien répandu dans Pa- « ris. Je l'achetai par curiosité, mais quel a été mon étonnement, en le lisant, « d'y trouver quantité de fictions et de fables mêlées avec des événements vrais « que M. l'abbé avait appris de moi. Je vis avec chagrin que les lecteurs dont « je ne serais pas connu ou qui auraient de la mauvaise volonté seraient en « quelque façon autorisés à penser que j'étais également l'auteur du vrai et « du faux; que l'historien n'aurait sans doute travaillé que sur les Mémoires « que je lui aurais fournis, étant question de faits et événements qui lui « étaient absolument inconnus et étrangers. C'est donc pour prévenir des

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