‹ DupleixChapitre 62 sur 189 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mais il fal froissé de la mesquinerie des présents qu'on lui fit, bien que leur valeur dépassât 100 pagodes, et surtout du refus de le laisser emporter les présents destinés au roi. Il n'en fallut pas plus pour provoquer une guerre de chicanes autour de Karikal. On dut envoyer de Pondichéry 100 hommes et 50 cipayes*^!) commandés par le sieur Paradis. Plus tard on envoya encore jusqu'à 360 hommes et 80 topas. Mais les Hollandais fournissaient aux Indous des munitions et tâchaient de faire émigrer chez eux les habitants noirs de la ville. Le 11 juin, pour comble de malheur, la poudrière sauta avec 20 milliers de poudre, Febvrier fut écrasé sous les ruines de sa maison, sept blancs tués et dix-sept blessés, sans compter un grand nombre d'habitants indigènes. Paradis, nommé gouverneur, négocia alors pendant plusieurs mois avec les gens de Tanjaour pour arrivera un accommodement. Le conseil de Pondichéry avait même résolu de renvoyer à Mahé, par le Fîeury, la compagnie de cipayes qui en était venue et dont il ne semblait pas qu'on pût tirer des secours bien efficaces, quand une lettre de Paradis du 4 octobre annonça que les Tanjaouriens semblaient bien éloignés de s'accommoder. On se détermina à garder ces troupes pour soulager la garnison faible et harassée par la guerre de Karikal i-).

Le conseil, inquiet des dépenses de la guerre, des frais des fortifications qu'il avait fallu construire pour défendre l'établissement, écrivait ces lignes découragées : « Nous voyons avec la dernière douleur que les vues avantageuses que nous envisagions en faisant cet établissement ont été trompées par la mauvaise foi du Tanjaour (s . »

En 1746, il fallut encore employer la force pour faire la récolte de nesly dans les aidées de nantissement, bien que le conseil ne s'y portât qu'avec grande répugnance, de crainte d'engager la Compagnie dans des frais excessifs. Enfin le ministre du rajah dont la perfidie entretenait la guerre, ayant été disgracié et mis à mort, la paix fut conclue avec son successeur en juin 1746 W.

Les résultats de l'occupation de Karikal n'étaient donc pas favo-

(1) C'est la première mention des cipayes dans l'histoire de l'Inde française.

(2) 8926, 67. Lettre du conseil supérieur à la Compagnie, 18 octobre 1744.

(3) 8926, 74. Lettre du conseil supérieur à la Compagnie, du 11 février 1745.

(4) 8926, 87. Lettre du conseil supérieur à la Compagnie, du 31 janvier 1747.

rables, de l'aveu du conseil de Pondichéry etdeDupleix lui-même (i).

* M. Dumas commence à penser comme vous de Karikal, écrif vait à celui-ci le directeur d'Éprémesnil, et il me disait l'autre t jour qu'il chercherait un moyen pour en débarrasser la Compat gnie. Si le roi de Tanjaour voulait nous rendre notre argent, t nous serions bien heureux {••. »

Dumas lui-même écrivait par les mêmes vaisseaux à son ami : « Je suis sensible autant que je le dois aux soins que vous vous êtes donnés pour la conservation de Karikal. Depuis que j'ai vu de près la situation de la Compagnie aux Indes et la façon dont le ministère pense à ce sujet, je me suis repenti bien fort d'avoir formé cet établissement. A votre place, je ne conserverais dans la pagode que l'on a fortifiée à Karikal que très peu de monde pour la garder seulement et je ferais revenir à Pondichéry la plus grande partie de la garnison (3;. » On voit ce qu'il faut penser de l'esprit politique de Dumas, dont on a fait le précurseur de Dupleix et une manière d'homme d'État.

Ainsi les entreprises de la Compagnie avaient mal réussi : à Karikal comme à Mahé, les établissements faits en vue du commerce et non de la domination n'avaient causé que des dépenses et des ennuis de toute espèce. On peut inférer de ces faits que la Compagnie, même riche, eût été peu disposée à en recommencer d'autres sur nouveaux frais. Mais une Compagnie sans ressources financières ne pouvait avoir une politique, je ne dirai pas conquérante, mais même simplement coûteuse.

Celle histoire des tentatives d'occupation qu'elle fut amenée à entreprendre doit faire prévoir pourquoi Dupleix se heurta à l'opposition de directeurs qui n'étaient pas des politiques; en même temps l'affaire de Karikal, sur laquelle on vient d'appeler l'allention, présage exactement la manière dont s'engagera son action dans rinde.

(1) Fr., n. acq., 9144, 240. La Compagnie à Dupleix. Paris, 14 avril 1749.

(2) Fr., n. acq., 9148, 137. Le directeur d'Éprémesnil à Dupleix, 10 mars

(3) 9147, 224. Duma» à Dupleix, 11 mars 1746.

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