‹ DupleixChapitre 65 sur 189 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Mais le 9 septembre suivant arrivèrent les vaisseaux le Bourbon et r Argonaute, apportant les lettres des commissaires du Roi chargés alors de la régie de la Compagnie, en date des 2 octobre 1721, 21 février et 3 mars 1722. Elles contenaient un étal réformé d'après lequel Dupleix était nommé sous-marchand à Masulipatam, aux appointements de 900 livres (i); Dumas devait être renvoyé en France, et consigné au capitaine pour avoir en 1720, conti-e les règlements, chargé des marchandises sur un vaisseau d'Ostende. Il était remplacé par le sieur Vincens, qui sortait du service de la Compagnie de Saint-Malo. Dumas venant de se marier dix jours auparavant avec la fille du gouverneur hollandais de Portonovo, Lenoir n'exécuta par l'ordre et le tint d'abord secret. Quant à Dupleix, il se retira du conseil, mais ses collègues l'y maintinrent par délibération spéciale, et seulement au quatrième rang (0.

La désobéissance du conseil et du gouverneur marque qu'ils avaient été froissés des termes violents, et selon eux injustes, employés par les commissaires du roi dans leur correspondance. Tous protestèrent par une lettre collective (3) déclarant qu'ils étaient accablés de tristesse par V accusation de manèges secrets et d'infidélité. Lenoir même et de Lorme demandèrent à retourner en France pour rendre compte de leur conduite, et Dumas, ayant enfin connu l'ordre qui le concernait, jugea prudent de s'y conformer. Il s'embarqua seul, le 11 janvier 1723 î^). Cependant on avait appris à Paris la mort de la Prévotière et l'on avait nommé pour le remplacer M. de Beauvollier de Courchant, gouverneur de l'île de Bourbon. C'était un officier de troupes. Dumas, arrivé à Bourbon, fut retenu ou se fit retenir par Beauvollier, qui, « voyant chez lui « une étendue de génie et des connaissances qui ne sont pas dans « les autres, et qui suppléeraient à son insuffisance, » le ramena avec lui à Pondichéry (octobre 1723). Lenoir prit mal la chose, et fit un mémoire au gouverneur pour faire rembarquer Dumas.

(1) C* 72, 144. Dupleix aux commissaires du roi, députés de la régie de la Compagnie, 19 septembre 1722.

(2) C* 72, 376. Benoît Dumas aux conseillers du conseil supérieur, 19 octobre

(3) C* 72, 205. Les conseillers de Pondichéry aux commissaires du roi, 23 janvier 1723.

(4) C- 72, 376. Benoît Dumas à Messieurs du conseil, 19 octobre 1723.

Celui-ci le demandait aussi, sincèrement ou non (•). Une délibération du conseil (2), rendue malgré l'opposition de Lenoir, en date du 7 octobre, ordonna à Dumas de rester à Pondichéry, et Beauvoilier l'installa en qualité de second, ne pouvant, disait-il, se passer de ses lumières. Il attestait Dieu qu'il n'avait pas, en l'occasion, d'autre intérêt que celui du service. Lenoir s'embarqua pour la France le 20 octobre (3). Ainsi, par la faveur d'un gouverneur sans intelligence et sans volonté, par la complaisance ordinaire du conseil envers le gouverneur, Dumas, destitué par la Compagnie, passait au premier rang. Dupleix accepta la situation, car il devait son maintien à une irrégularité toute pareille.

On peut voir dans ces intrigues l'origine de l'inimitié de Dumas contre Lenoir, et d'une certaine jalousie de Dupleix à l'égard de Dumas. Le jeune conseiller fut certainement très découragé par ces passe-droits : « C'est une conjecture {sic), écrivait-il à son frère, « dans laquelle vous pouvez me rendre service en me procurant « une fois dans la vie un état fixe qu'il n'a pas plu à la fortune de « m'accorder. Il y a si longtemps qu'elle me ballotte, que je ne sais « quand elle voudra me donner un état heureux, que je désire « avec tant d'ardeur. C'est de vous que je l'attends, je vous le « demande la larme aux yeux, ne me refusez pas cette grâce W. » Il n'était évidemment pas sûr d'être maintenu.

Ses appointements (2,500 livres), du fait de sa rétrogradation, étaient diminués de plus du tiers. 11 n'avait pas d'autre ressource, car sa famille paraît ne lui avoir pas donné les moindres fonds à son départ pour l'Inde.

Le bagage qu'il emporta était bien mince (&). Encore n'en solda-

(1) C* 72, 353. Lenoir et de Lorme à la Compagnie, 18 octobre 1723. Id., 382. BeauvoUier à la Compagnie. Pondichéry, 20 octobre 1723.

(2) Les conseillers écrivirent en France que BeauvoUier les avait forcés de nommer Dumas second.

C* 73, 11. La lettre est de la main même de Dupleix, 19 février 1724.

(3) C« 72, 382. BeauvoUier à la Compagnie, 20 octobre 1723. Id., 393. Lettre générale du 20 octobre 1723.

(4) Fr., n. acq., 9151, 4. Dupleix à son frère, le 22 janvier 1723.

(5) Fr., n. acq., 9151, 1. Mémoire des bardes que je prie M. de Ville de faire acheter :

3 douzaines de chemises.

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