‹ DupleixChapitre 66 sur 189 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

t-il pas lui-même le prix, bien qu'il eût promis qu'il le ferait. Le fournisseur se fit payer par le père du jeune homme, qui passa cette petite somme en compte comme avancement d'hoirie (0.

II avait, pendant son voyage, fait la connaissance de M. Dulivier, commissaire général de la Compagnie, qui se rendait à Surate. Cet homme, expérimenté dans le commerce aussi bien que dans l'administration, dut, pendant la longue navigation de YAtalante, donner au jeune conseiller bien des avis utiles, particulièrement sur le commerce : « Il avait pour moi, dit plus tard Dupleix, une tendresse de père. » Lorsque la maladie l'obligea d'interrompre son voyage pour s'arrêter à Bourbon, où il devait mourir le 29 juillet 1722, il ordonna à son procureur de compter à son jeune compagnon 400 pagodes, et plus s'il en avait besoin. II lui en avait remis en outre 130 pour quelques commissions. L'intention de Dulivier était certainement de le mettre en état de s'essayer dans le commerce d'Inde en Inde, qui était alors permis par la Compagnie à ses employés. En effet, Dupleix employa l'argent dans ce commerce. Mais l'exécuteur testamentaire de Dulivier lui demanda l'intérêt ordinaire de l'Inde, 10 %, ce que celui-ci n'avait pas exigé. Dupleix pria sa famille de payer la somme à M™^ Dulivier, en France, pour lui éviter ces intérêts si lourds à ses petites ressources. Il n'avait pas grand espoir de l'obtenir. « La famille a des « préjugés contre moi, disait-il à son frère, desquels elle ne « reviendra qu'avec peine. Je suis si éloigné d'elle, qu'il me « parait comme impossible de la dissuader, si vous n'avez la cha- « rite de vous en mêler. Ne me refusez pas cette grâce, je vous en « supplie du meilleur de mon cœur. Vous pouvez vous informer de

6 paires de draps.

6 douzaines de paires de chaussons.

2 matelas de bord.

1 couverture, 1 oreiller, 1 coffre de bord 6 paires de bas de fil écru.

2 registres de grand papier.

1 grand portefeuille où l'écritoire est attachée, une basse de violé avec son étui.

Ménagez ma bourse, ajoutait Dupleix ; les chemises ne doivent pas être d'une toile bien fine ; ce n'est que pour la traversée.

1; Ars., 4744, 66. Dupleix à son frère Chandernagor, 19 janvier 1737.

€ la conduite que j'ai tenue pendant cette longue traversée, et de t celle que je tiens actuellement (i), »

Il demandait quelques objets de toilette, tels que perruques, chapeaux, boutons d'or, fils et galons, « parce que la Compagnie n'en envoie pas. » Si la Compagnie en envoyait, il ne serait pas assez hardi pour en demander. Il suppliait son frère de lui donner des nouvelles de la famille, de songer qu'il était à 6,000 lieues d'elle, sans consolation et sans secours.

Les termes humbles de celle correspondance semblent prouver que Dupleix avait été embarqué, comme nous l'avons dit, à cause de quelque peccadille, de quelques dépenses sans doute. Sur ce point, rien n'est précis. 11 ne paraît pas qu'on lui ait répondu, car il écrivait à son père de Canton, le 22 décembre 1724, une lettre qui fait allusion à des lettres de lui restées sans réponse : « Il « passe, dit-il, ses malheurs sous silence, de crainte de déplaire à « son père, quoiqu'on ne lui ait pas encore rendu justice. » Il espère, avecle produit de son voyage, pouvoir payer la dette contractée envers Dulivier, « à moins, ajoute-l-il, que vous n'ayez eu la bonté de le faire. » Il avait appris que son père était devenu l'un des directeurs de la régie du tabac, avec le titre de directeur de la Compagnie; il s'en réjouissait dans l'espérance « qu'après un grand « orage, il jouirait d'un peu de bonne tranquillité. Mais ses frère « et sœur ne lui faisaient point la grâce de répondre à ses « lettres ('). »

Il fut donc abandonné de sa famille au moins pendant les premières années de son séjour dans l'Inde. Nous savons peu de chose sur la vie qu'il a menée à Pondichéry de 1721 à 1729. En octobre 1722, il fut envoyé avec son collègue Courton à Portonovo, pour tirer vengeance d'une brutalité du gouverneur maure. Ils avaient avec eux 60 Français et 10 Topas. Comme on négociait, les Indous commencèrent le combat, qui tourna contre eux. Ils perdirent dixhuit tués et beaucoup de blessés ; les Français eurent deux tués et trois blessés, mais ils obtinrent une complète réparation. La petite troupe, à son retour, fut reçue en triomphe à Goudelour par les

(1) Fr., n. acq., 9151, 4. Dupleix à son frère. Pondichéry, 22 janvier 1723.

(2) Fr., n. acq., 9151, 8. Dupleix à son père. Canton, 22 décembre 1724.

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