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CHAPITRE VI

aurait les fonctions curiales à Chandernagor. Les jésuites les exerçaient provisoirement, malgré Lenoir qui ne les aimait pas. Dupleix, par calcul plus que par conviction, les soutenait et se servait contre Lenoir de l'action qu'ils pouvaient avoir : « Il serait à propos, « écrit-il au P. de Montalembert, ancien curé de Chandernagor, « d'insinuer, dans les pièces que vous enverrez en France, un déf tail de la bonne volonté que M. Lenoir avait pour votre commu- « nauté tant ici qu'à Mascarin (') et à Pondichéry. Cela servira à « faire connaître à la Compagnie que l'affaire d'aujourd'hui était « préméditée depuis longtemps i-). » Il présentait ses respects au R. P. Supérieur ainsi qu'à toute la communauté, se recommandant à leurs bonnes prières, et les priait de le regarder comme leur serviteur. Dumas vient-il d'être nommé gouverneur de l'île de France, Dupleix le félicite et ajoute : « Notre ami Lenoir enrage

• comme un diable; il est au désespoir de voir que ses menées et

* fourberies ne peuvent être admises auprès de la Compagnie (3). » Il parle avec mépris de Lenoir et de sa clique (4), mais il écrit le même jour au gouverneur : « Je continue à vous faire mes offres « de services et vous remercie de celle que vous avez la bonté de t me faire des vôtres '^). »

Le sieur Trémisot est rappelé deMahé : Dupleix ne perd pas cette occasion de dauber ses ennemis. « A quoi cela mènera-t-il Dirois, f qu'à être en horreur à tous les honnêtes gens? Qui m'aurait dit, t il y a quatre ans, que Dirois eût léché le derrière du Noir « m'aurait bien surpris. »

Enfin maître Pierre (6) fut relevé de son commandement (novembre 173oj et remplacé par Dumas, « l'homme qu'il haïssait le « plus au monde, qu'il avait traité de fripon à la face de la Compa- « gnie, en offrant deprouver la chose. » Il s'embarqua pour la France

(1) Bourbon.

(2) Fr., 8979, 16. Dupleix au P. de Montalembert. Chandernagor, 11 décembre 1731.

(3) Fr., 8979,25. Dupleix à Dumas. Chandernagor, Hjanyier 1732 : Notre ennemi commun, maître Pierre, qui n'est pas blanc (à Duvelaër, 18 janvier 1733).

(4) Fr., 8949, 35. 8 avril 1732. Dupleix à Vincens.

(5) Fr., 8949, 37. 8 avril 1732. Dupleix à Lenoir.

(6) Ars., 4744, 63. Dupleix à M. de Massiac, 10 janvier 1737.

en avril 1736, et de Lorienl écrivit à Dupleix, qui lui répondit le 27 novembre 1737 en ces termes : » J'apprends avec plaisir que • vous jouissez d'une parfaite santé, que le ministre et la Compa- « gnie, contents de vos services, vous ont admis au nombre des « directeurs. Je vous prie de me continuer votre bienveillance dans « le cas où il s'agira de me rendre service (>). »

t Ote-lui le mal qu'il a fait, écrivait-il le même jour à son frère, « il n'a rien que n'aient les hommes les plus ordinaires (2). »

Au moment du départ de Lenoir, il disait à Dumas : « Je ne fais € aucun doute qu'à l'arrivée on ne lui mette la main sur le collet « et sur les vracs où il a ensablé son or, et peut-être que, réduit à t la dernière misère, il sera, sur la fin de ses jours, réduit à mendier « un misérable emploi, à moins que l'incommodité que lui cause « la mer, jointe au chagrin dont il est rongé, n'abrège ses jours. » Puis il exprime l'avis que de pareilles gens méritent une punition exemplaire, et il espère que Dumas la demandera authentique et entière (3).

Par là on peut juger de la vivacité et de la passion ordinaire à Dupleix, quand sa personne ou ses intérêts sont en cause. Il est peu de ses supérieurs et même de ses amis qui n'aient éprouvé ces effets d'un orgueil presque maladif, trait dominant de son caractère. Mais on trouve aussi chez lui des vertus qui balancent les faiblesses.

Nous allons voir maintenant à l'œuvre l'actif négociant déjà formé à Pondichéry. Nous allons le voir maître presque absolu à Bengale, essayer de faire sa fortune en même temps qu'il sert la Compagnie. Si son activité n'a pas produit pour lui-même tous les fruits qu'on lui attribue ordinairement, elle n'en fut pas moins remarquable, et l'audace du marchand est déjà un trait du futur conquérant.

(1) Fr-, 8980, 152. Dupleix à Lenoir, 27 novembre 1737.

(2) Fr., 8980, 155. Dupleix à son frère, 27 novembre 1737.

(3) Ars., 4743, 86. Dupleix à Dumas, 17 avril 1736. Ibid. A Dulaurens, 18 avril 1736.

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