‹ DupleixChapitre 70 sur 189 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

firma la nomination de Dirois et, par lettre du 26 septembre 1730, nomma Dupleix directeur, et Dirois, second de Chandernagor (').

t Tu dois être assuré, écrit Dupleix à son frère, de la raortifîcat tion qu'a reçue M. Lenoir. Elle ne parut que peu à la réception « des lettres de la Compagnie. Il en avait été prévenu plus d'un * mois et demi avant, par quelques lettres qu'il reçut par les vaist seaux de la Compagnie anglaise. Il m'apprit dans ce temps que tu t avais été fait fermier général. Je jugeai bien que puisqu'on lui « parlait de toi, c'était à mon sujet, n'étant pas fort nécessaire qu'il « sût que tu fusses fermier général. Il ne me dit rien de plus. Son « silence, son chagrin me firent penser ce qui est arrivé. Nous « nous sommes quittés les meilleurs amis du monde en apparence; « beaucoup d'honnêtetés: j'ai fait comme tu me le marques toutes t les années; s'il n'en est pas content, je m'en mets peu en peine, « je ne suis pas sous ses ordres, qu'autant que je le juge nécessaire t au bien du service ; hors de là, je n'en fais aucun compte. Je n'ai t pas voulu me plaindre à la Compagnie du peu d'attention qu'il a f eue à me faire rendre les honneurs qui sont dus à mon poste f qui, après le sien, est le premier dans l'Inde. S'ils n'avaient pas « été faits à d'autres, qui ne valaient pas mieux que moi, je n'au- « rais rien à dire. Je te prie d'en lâcher quelque chose à tes amis à « la Compagnie. Mon préféré!') retourne occuper son ancien poste « à Pondichéry, et emporte avec lui la haine publique (3). »

On voit que Dupleix avait vivement ressenti l'injustice de Lenoir. Il ne lui pardonna jamais, non plus qu'à Dirois. Sa correspondance nous donne des témoignages nombreux et caractéristiques de cette tenace rancune.

Bien qu'il eût des rapports ofiQciels corrects et même des relations d'atïaires avec le gouverneur de Pondichéry, bien qu'il lui offrît parfois un intérêt dans ses entreprises, et que lui-même en prit dans

Souffrez que je vous regarde comme un de ceux qui ont le plus servi à me procurer mon emploi.

(1) Fr., n. acq., 8930 (Ariel), 26. Lettre de la Compagnie au conseil de Chandernagor. Paris, le 26 septembre 1730.

Col., dossier Dupleix. État de ses services signé par lui, à Pondichéry, le 26 septembre 1750.

(2) Dirois.

(3) B. N. Fr., 8979, 13. Dupleix à son frère. Chandernagor, 30 novembre 1731.

celles de Lenoir, il lui gardait néanmoins un ressentiment dont l'expression parfois violente affecte péniblement le lecteur, parce qu'on la trouve aux mêmes dates que les protestations d'amitié. Cela témoigne d'une véritable hypocrisie qui, pour être très humaine, n'en parait pas moins peu conforme aux sentiments habituellement assez élevés de Dupleix.

C'est ainsi qu'il écrit à Lenoir, en septembre 1731, peu de temps après son arrivée au Bengale : « J'ai terminé l'armement d'Acliem. f J'ai déjà eu l'honneur de vous proposer de le joindre à celui « que vous faites annuellement à Pondichéry. Nous nous rendrons « compte réciproquement.... Je fais chercher un vaisseau pour les « Maldives, je vous y intéresserai de 2,000 roupies (0. » Huit jours après, il dit à Yincens (2) : * M. Lenoir mérite bien le tour qu'on « lui a joué, il me semble que les affaires à Pondichéry vont de « mal en pire, et que votre gouverneur vous fait à tous sentir le ft poids de lautorilé que nous avons eu la sottise de lui laisser « prendre sur nos propres affaires.... »

Voici maintenant la part de Dirois : « Dirois, charmé de plaire à « son bienfaiteur (Lenoirj, aurait fait pendre les jésuites s'il avait « pu; ces Pères lui étaient en horreur, sans en donner les raisons « que celles de la passion que M. Lenoir lui avait apparemment « suscitée. L'on pense qu'en récompense d'avoir mis la colonie en t combustion et d'avoir persécuté les jésuites, il obtiendra après « M. Lenoir le gouvernement de Pondichéry. Si la chose avait « lieu, je pense que je serais capable de mettre le feu aux quatre € coins de la loge et dans toute l'aidée ( '). »

On lui avait, en effet, assuré que Lenoir demandait son congé. Cela le préoccupait fort; il recommandait à son frère de faire agir ses amis, ses prières et Targent : * Ne t'arrête pas sur les termes « de grâce ou de justice. Laisse penser ce qu'on voudra et obtiens- « moi ce poste (*). > En attendant, il ne perdait aucune occasion de nuire au titulaire.

Il y avait eu entre les jésuites et les capucins une lutte à qui

(1) Fr., 8979,1. Chandernagor, 25 septembre 1731. Dupleix à Lenoir.

(2) Ibid., 2 Dupleix à Vincens, 4 octobre 1731.

(3; 8979, 10. Dupleiï à Hardancourt, 30 novembre 1731.

(4) Fr., 8979, 13. Dupleix à son frère. Chandernagor, 30 novembre 1731.

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