CHAPITRE VIT
« 2b Vo de bénéfice sur les 7,400 roupies que je t'ai intéressé dans < les divers commerces de terre i). »
Dupleix pensait donc, en janvier 1737, à se retirer, et trouvait sa petite fortune suffisante. L'avenir qu'il pouvait espérer dans l'Inde lui paraissait médiocre et peu sûr. Il parait que plusieurs directeurs avaient parlé à Bacquencourt de l'espérance et peut-être de la certitude que Dupleix pouvait avoir de succéder à Dumas : celui-ci avait communiqué ces bruits à son frère : « C'est de l'eau bénite de cour, « répond Dupleix; ils ne sont point maîtres de faire ce qu'ils « veulent. Un valet de chambre ou, si tu veux, une drôlesse, en « fait plus qu'eux, et c'est par ce moyen que Dumas a obtenu le « gouvernement, faisant un présent de 30,000 livres au valet de « chambre du cardinal. La Bourdonnais s'est également servi du « même moyen. Pour en revenir à ce que l'ont dit les directeurs, « je n'en fais aucun compte. » Il avait cependant quelque ambition, puisqu'il avait prié son frère de demander pour lui le cordon de Saint-Lazare, mais il paraît qu'on avait fait des difficultés, et il ne voulait pas du cordon de Saint-Michel qu'on lui aurait donné facilement, parce qu'un nègre l'avait eu dans l'Inde 2).
La mort de son père avait pour le moment changé ses plans d'avenir. Il pensait ne plus rester dans l'Inde. Le vieillard ne lui laissait pourtant pas grand'chose : il avait fait un legs universel à son fils aîné, à charge de quelques dispositions en faveur de ses deux autres enfants. Bacquencourt, après avoir un moment pensé à le refuser, céda aux sollicitations des parents de sa première femme, et accepta, dans l'intérêt de ses enfants. Il écrivit à son frère une longue lettre d'explication, craignant peut-être qu'il n'en fût offensé.
Dupleix lui répondit dans des termes qui prouvent qu'il n'avait jamais dû attendre beaucoup de la succession paternelle : « Je
(1) Ainsi Bacquencourt n'avait pas prêté d'argent à son frère, ou très peu.
(2) Le nègre 'Indien) était le dis du courtier de la Compagnie, Xaynapa, que le gouverneur Hébert avait cruellement persécuté et fait condamner injustement. Le fils, Gourouapa, fit reviser le procès, et passé en France pour cela, il s'y convertit au christianisme et eut pour parrain le duc d'Orléans. Il reçut le cordon de Saint-Michel, fut courtier de la Compagnie et signa toujours : le chevalier Gourouapa.
154 DUPLEIX, SES PLANS POLITIQUES, SA DISfiRACE.
« l'assure, disait-il, que je n'ai vu qu'avec peine que tu puisses « douter de mes sentiments à ton égard Rends-moi, mon ami, t plus de justice, je te l'ai toujours rendue non comme mon aîné, « mais comme à un parfait homme et au plus tendre ami que j'ai « dans le monde. Si ma sœur (M"'"" Kerjean) parait avoir des senti- « ments diflférents, je la désavoue. »
Le père avait compté comme avancement d'hoirie à Dupleix 1,375 livres payées au moment du départ de son fils pour l'Inde en 1721, à deux fournisseurs et à un certain Duvergier de Dax. Or, il avait touché tous les bénéfices du voyage aux Indes fait par son fils en 1716, et celui-ci, de 1713 à 1721, n'avait été que deux ans à sa charge. « Cela, dit Dupleix, m'a fait d'autant plus de peine que c'est « une marque certaine que le bon homme n'avait pas pour moi la « même tendresse que pour ses autres enfants, et je suis au déses- « poir qu'il soit mort dans des sentiments que je ne méritais point « en aucune façon. » Disons-le en passant, cela prouve évidemment que Dupleix n'a reçu aucune aide pécuniaire de son père, comme l'un de ses récents historiens a cru pouvoir l'affirmer (•).
Dupleix envoya une procuration générale à son frère pour le représenter au partage et régler tous ses intérêts. Sa part se composait de créances assez douteuses, de contrats de rentes sur les tailles, de deniers comptants et des deux terres ou métairies de la Bruyère et des Gardes. Dupleix le priait d'affermer ou de faire valoir la première et d'abandonner le revenu des Gardes à leurs tantes, sous condition d'entretenir les maisons, supposé qu'il y en eût quelqu'une qui valût cet entretien. Pour l'argent, Bacquencourt le joindrait à celui qu'il avait déjà reçu de l'Inde.
Dupleix n'a donc pas eu dans la succession de son père une part qui vaille la peine d'en parler, et il la traite comme telle. Pourtant, malgré les pertes considérables qu'il avait faites en 1735, il eût quitté l'Inde en 1737, il eût associé sa fortune à celle de son frère, ne faisant avec lui qu'une maison. Les conseils de Bacquencourt et l'envie où lui-même était de faire en France une certaine figure, le décidèrent à rester au Bengale jusqu'en janvier 1739. Mais pour liquider les fonds qu'il était obligé de laisser derrière lui, engagés
(ly Tib Hamont, Dupleiu;, chap. i".