‹ DupleixChapitre 85 sur 189 · CHAPITRE VII. l'il · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. l'il

fusant de fonctionner, avec un cours de ventre incessant. Heureusement cette indisposition cessa après quatre mois, grâce à la bonne constitution et à la façon de vivre du malade (i'.

Nous voyons par cette lettre (-) à Bacquencourt qu'il comptait lui faire passer cette année iO,000 loupies, et que cette somme, jointe à ce qu'il avait déjà envoyé en France sous forme de marchandises et surtout de diamants, pouvait faire, y compris sa part de la succession paternelle, environ 200,000 livres d'argent comptant. Voici comment il avait fait parvenir en France cette petite fortune. Nous savons qu'en 1735, il avait fait envoyer par Sichterman, directeur hollandais, son ami, diverses marchandises à un correspondant, le sieur Pauw, marchand de vins à Amsterdam, qui se chargeait de les faire parvenir à Bacquencourt (3).

Pour les 20,000 roupies envoyées en 1736, Dupleix employa la même voie. C'était de la contrebande. « Je le prie, écrit-il à son « frère, de te donner son avis sur le transport desdites marchan- « dises en France, soit par mer, soit par terre. Tu verras laquelle « des deux voies est la plus convenable. Celle par mer me parait a la moins sujette à bien des inconvénients, puisque tu les pourras « faire venir dans un port où ton poste peut te procurer bien des « facilités que d'autres n'ont point. Le transportjusqu'au voisinage (I de Paris serait facile et delà dans ton carrosse, jusque chez toi et « de là jusque chez M™«' Laleu, qui a la pratique de toute la cour, « où ces effets peuvent se vendre très avantageusement. Profite des « avantages de ton poste sans cependant te compromettre en rien « du tout (4). »

Il n'envoyait que de belles choses, dignes de la curiosité des Parisiens. Il avait déjà envoyé des agates taillées que lui procurait son correspondant de Delhi, des bézoards et autres drogues précieuses. Pour le surplus des 20,000 roupies, il avait pris des ports permis à 25 o/o de bénéfice et envoyait de l'or.

Quoi que l'on puisse penser de cette contrebande où le fermier général se fait le complice du directeur de Bengale, pour frauder la

(1) Ars., 4744, 39. Dupleix ;i Martin, 16 décembre 1736.

(2) Ars., 4744, 19. Dupleix à son frère, 13. novembre 1736.

(3) Ars., 4743, 31. Dupleix à son frère, 9 novembre 1735.

(4) Ars., 4744, 19. Dupleix à son frère, 13 novembre 1736.

152 DIPLEIX, SES PIANS POLITIQUES, SA DISGRACE.

Compagnie et les fermes, on constate avec étonnement quel petit bénélice Dupieix avait retiré de six années de commerce en somme heureux. Ainsi, depuis 1731, malgré une activité incessante, il n'avait pu envoyer en France qu'une somme assez inférieure à 200,000 fr. puisque, pour la parfaire, il compte encore la succession de son père. Il est certain qu'il devait dépenser beaucoup. Son frère le lui reprochait ; il répondait qu'il faisait aux autres le même sermon, ajoutant de faire comme il disait et non comme il faisait H). Mais le chiffre des bénéfices réels nen paraît pas moins assez faible, quand on considère les grands capitaux mis en mouvement tous les ans.

En 1737, Yincens ne fit pas le voyage de Djeddah. Il avait espéré que la Compagnie le nommerait second du comptoir de Pondichéry auprès de Dumas, avec lequel il était très lié ('). Mais lorsqu'il demanda à être réintégré, on le replaça à son ancien rang de conseiller. Il résolut alors de se rendre en France pour solliciter le poste de second à Chandernagor avec future succession. Dupieix le recommanda à M. de Fulvy, à Orry et à Castanier, vantant la capacité, l'aisance et la probité de son ami. Mais il semble bien qu'il n'espérait pas le voir réussir, à moins de se servir, comme il dit, des moyens des sieurs Dumas et La Bourdonnais (•^).

Dupieix avait de bonnes raisons pour agir ainsi. Dans la lettre de janvieV 1737, où il donne ces détails à son frère f^), il dit encoie qu'aux 200,000 livres que Bacquencourt doit avoir à lui, il compte joindre, l'année qui vient (1737), 20,000 roupies de plus (-i).

« Le surplus, je l'emporterai avec moi ou je le laisserai dans « l'Inde pour partir et peut-être forcément. Tu dois bien croire « qu'après avoir été dans un abîme d'affaires, il doit y avoir bien f des queues. Lorsque je prendrai le parti de me retirer, je ferai t pour ton petit fonds comme pour le mien. Tu peux compter sur

(1) Fr., 8980, 55. Dupieix à son frère, 23 novembre 1737.

(2) Ars., 4743, 34. Dupieix à Trémisot, 28 novembre 1735.

(3) Ars., 4744, 53. Dupieix à M. de Marquaysac, 10 janvier 1737.

(4) Ars., 4744, 66. 10 janvier 1737. Dupieix à son frère.

(5) Il semble que ce soit là le chiffre auquel il évalue son bénéfice net. Il faut ajouter qu'il devait dépenser beaucoup et qu'il avait des fonds dispersés dans son commerce.

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