CHAPITRE VJI. l(jl
« VOUS rappeler ce que j'ai fait pour la Compagnie et la nation et « ce que je fais encore tous les jours.... Il est vrai qu'une raison « doit m'y engager. C'est que je n'ai personne dans la Compagnie « qui s'intéresse assez à ce qui me touche pour relever et faire « valoir mes services dans l'occasion. L'on ne fait que trop voir « qu'on les oublie. Je ne puis espérer de secours des employés ré- « pandus dans l'Inde. Les premiers, mes émules, me portent envie, « la preuve en est visible et quelques-uns souhaiteraient que je « leur laissasse la place libre. Je n'ai donc rien à attendre que de « votre bonté, c'est à elle que je m'adresse, c'est à elle que je veux « faire les détails suivants : Je ne m'étendrai pas sur le temps que « j'ai resté à Pondichéry pendant neuf ans.... Personne n'ignore la « situation dans laquelle j'ai trouvé ce comptoir-ci et cette colonie « négligée depuis quarante ans et de laquelle on n'avait su tirer « aucun avantage. Quels soins, quelles veilles, quels risques n'ai- « je pas encourus pour la rendre digne de la jalousie des Anglais « et des Hollandais qui avaient pour elle auparavant un mépris des « plus parfaits ! Quand y auraient-ils vu vingt vaisseaux mouillés « et expédiés dans l'espace chaque année de deux mois? Quelles « quantités d'ouvriers de toute espèce n'y sont pas attirés ! J'ai « cette année (1738) trouvé le moyen d'y abattre quatre vaisseaux < ensemble. Je doute que l'on puisse en Europe, dans quelqu'un de « nos ports, fournir le monde nécessaire en même temps à la ca- « rêne de quatre vaisseaux. Les magasins sont fournis de tout le « nécessaire à tous les équipements, et au lieu d'aller chercher « comme autrefois chez l'étranger, j'ai la consolation de les voir « venir chercher ici très souvent. Ce mouvement si considérable « augmente de même les revenus des aidées. La Compagnie autre- « fois tirait tout au plus 5 à 6,000 roupies •} net et quitte. Son « revenu est à présent de quinze mille cinq cents. Celte augmen- « tation est une marque certaine de celle des habitants de la colo- « nie (2). Elle doit même être considérable puisque les revenus ont
(1) 9,000 à 10,000 d'après Lenoir et Desboisclairs en 1727 (C^ 74).
(2) Nous n'avons pas trouvé le chiffre de la population de Chandernagor sous le gouvernement de Dupleix. Un mémoire de 1747, déjà cité, suppose vaguement Texislence de 100,000 regnicoles. En 1755, un dénombrement officiel donne 26,815 personnes et 6,390 maisons, aidées comprises (Col., C- 88, 164).
Hii DLPLEIX, SES PLANS POLITIQUES, SA DISGRACE.
« presque triplé. Les Arméniens, les Grecs, les Arabes, les Per- « sans, les Indiens viennent volontiers apporter leurs marchandi- « ses dans nos vaisseaux qui vont dans les divers endroits de « l'Inde. J'ai tiré dans des années jusqu'à 70,000 roupies de « fret ('). Ce n'a pu être un petit travail que de leur faire changer « le seul chemin qu'ils connaissaient autrefois. Celui que je leur « ai ouvert est si connu et si facile que j'ai depuis plusieurs années « la satisfaction d'apprendre que l'on affiche à Calcutta des défen- « ses à tous ceux de ces étrangers qui en sont de rien mettre sur « nos vaisseaux. »
Remarquons en passant que Dupleix ne parle que de vingt vais seaux qui abordent chaque année à Chandernagor et, sans la fixer, d'une augmentation de la population. Nous sommes loin des soixante-douze vaisseaux et des dix mille maisons qui s'y seraient bâties comme l'a dit, sans le contrôler, un des historiens de Dupleix (2).
Dupleix rappelle ensuite que ses prédécesseurs étaient livrés à l'avarice la plus crasse, à l'ivrognerie, aux sentiments les plus bas, à mille excès aussi préjudiciables à la santé qu'à l'honneur. Il assure que le contraire se voit maintenant dans la colonie : ce résultat n'a pu être atteint sans grandes dépenses de sa part et sans une attention particulière à réprimer un grand nombre de mauvaises habitudes, causes de tout le mal.
« Toujours l'esprit tendu vers le bien de votre service et celui « de la nation, je n'ai encore laissé échapper aucune occasion qui « pût me conduire à mon but ordinaire. Ce sera à moi que la Com- « pagnie aura l'obligation du rétablissement du commerce de Perse. « La nation me doit l'honneur d'avoir été le premier Français (I qui ait fait paraître le pavillon de la nation à Djeddah. C'est à « moi à qui la Compagnie a l'obligation d'avoir la soie à 50 "/o
(1) Probablement il faut lire 700,000. Il chargeait huit à dix vaisseaux.
'2) Tib. Hamont, Dupleix, chap. i". Ajoutons qu'il avait fait agrandir l'hôpital où il y avait deux chirurgiens, en y adjoignant une maison achetée 2,500 roupies et deux salles nouvellement construites. En 1739, il y arriva un médecin botaniste recommandé par l'Académie des sciences, nommé Binot, qui était fort habile au dire de Dupleix. La chapelle de la Loge avait été érigée en église paroissiale par mandement de l'évèque de San-Thomé sous l'invocation de saint Louis.