CHAPITRE VIII
raisons de le faire en J741, car l'invasion maratte lui avait fourni l'occasion de rendre aux princes hindous de Carnate des services qu'ils avaient su reconnaître magnifiquement. Il est en effet peu vraisemblable que l'aidée d'Archiouac en ait été la seule récompense et la fortune déjà acquise du gouverneur ne dut pas diminuer dans ces années de troubles.
Il partit donc et s'embarqua, le 18 octobre 1741, sur le vaisseau qui ramenait La Bourdonnais de son expédition deMahé. Arrivé en France dix mois après (29 mai 174:2). il prit aussitôt les fonctions de directeur surnuméraire, avec voix délibérative, qu'il exerça jusqu'à sa mort, en 1746. C'est lui, nous l'avons dit, qui rédigea, après la retraite d'Hardancourt, la correspondance de l'Inde.
Dupleix avait reçu delà Compagnie une nomination subordonnée au départ de Dumas.
Quant aux lettres qu'il avait écrites en 1739 pour se plaindre, la Compagnie répondit que d'accord avec le contrôleur général, elle considérait les reproches qu'il lui adressait comme un effet de sa vivacité plutôt que de la réflexion, et qu'elle regardait le tout comme non avenu (i). Or, les termes de sa nomination lui ayant paru restreindre ses pouvoirs, il en fit des représentations à Paris. En date du 23 octobre 1742, le roi lui accorda des provisions particulières de commandant général des forts et établissements français dans les Indes et président des conseils, tant supérieurs que provinciaux ; elles lui furent transmises par lettre du 22 novembre 1742(2).
Cependant, parti de Chandernagor le 30 décembre 1741, il mouillait devant Pondichéry, le 13 janvier, avec deux vaisseaux. Ayant mis pied à terre le lendemain, il fut reconnu à la tète des troupes pour gouverneur et commandant de tous les établissements français dans les Indes O^).
(1) Col. es 29, 84. La Compagnie à Dupleix, 3 mai 1740.
(2) Arch. col., dossier de Dupleix. Fr., n. acq., 9144. La Compagnie à Dupleix, 22 novembre 1742.
(3) Fonds Ariel. Fr., n. acq., 8931, 191. Lettre du Conseil supérieur de Pondichéry à la Compagnie, 24 janvier 1742.
Le conseil devança ainsi, soit spontanément, soit sur le désir de Dupleix, les ordres de la Compagnie. L'arrivée de Dupleix avait pu être retardée par une indisposition assez grave : il soutirait d'une tistule à l'anus. Au commencement
Il ne revenait pas seul : il ramenait avec lui la famille de M™« Vincens, devenue la sienne par son mariage avec celte dame. On peut s'expliquer assez facilement comment Dupleix, bien qu'arrivé à l'âge de quarante-quatre ans, fut amené à épouser la veuve de son ami.
Il avait pensé plusieurs fois au mariage vers 1732. Un moment même il avait demandé à son frère de lui envoyer de France une jeune fille pour en faire sa femme. La demande partie, il la regretta, car, disait-il, la rage de la culotte lui était passée, mais il était résolu de s'exécuter si l'envoi eût été fait. Peut être y eut-il encore une négociation analogue avec la famille Dupleix de Condom. La démarche fut repoussée sous prétexte de l'indignité du beaufrère de Dupleix, Desnos de Kerjean. Son frère craignait alors qu'il ne fit aux Indes quelque sot mariage, les dames de l'Inde qui étaient venues en Europe lui ayant donné une triste idée de leur beauté et de leur éducation. « Il y a dix-huit ans que je résiste, sans avoir succombé, lui répondait Dupleix; l'âge qui vient au grand galop te doit être un sûr garant de ce qui arrivera par la suite (1). »
La mort de Yincens survint à peu près au même temps où Dumas lui apprit son intention de quitter l'Inde. Ses affaires malheureuses, comme on l'a vu, l'obligeaient au contraire à y rester quelque temps encore. Sa nomination probable à Pondichéry allait l'éloigner de Chandernagor. Pouvait-il rompre brusquement des relations d'amitié qui duraient depuis quinze ans ? La mort de Yincens laissait sans doute sa famille dans une certaine aisance, mais sans protecteur. Dupleix l'avait fait venir à Bengale et voulut certainement tenir auprès des filles et des belles-sœurs de son ami la place que la mort rendait vide. Il déclara qu'il n'abandonnerait jamais cette famille, et comme il voyait que celle protection fidèle excitait l'envie/-., il prit la détermination la plus simple et la plus efficace
de son séjour à Pondichéry, le chirurgien de la Haye l'opéra heureusement. Mais Dupleix craig^nit une récidive et demanda son congé. Il faillit ainsi une seconde fois quitter l'Inde prématurément pour sa gloire (Dossier Dupleix, arch. col. 9148, 32. Duvelaër à Dupleix, 30 janvier 1743. 9147, 183. Dumas à Dupleix, 8 octobre 1743.)
(1) Fr., n. acq., 8981, 25. Dupleix à son frère, 4 décembre 1738.
[2 PV., 8982, 222. Dupleix au capitaine Perdignier, 14 janvier 1740.