‹ DupleixChapitre 97 sur 189 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pour réaliser son dessein généreux. Il épousa M""* Vincens. Il est très probable que sa résolution était prise dès janvier 1740 \^]. Le mariage ne fut pourtant célébré que le 17 avril 1741 ;-j.

M""' Vincens avait eu de son premier mariage onze enfants^ dont le dernier était né en 1736. Cinq vivaient encore en 1741. Elle eut de Dupleix un fils, un Dauphin, comme disaient leurs amis, qui mourut le jour même de sa naissance, le 10 octobre 174:2.

Ce mariage ne surprit sans doute personne aux Indes, où quand elles étaient de famille honorable, les veuves ne le restaient pas longtemps. En France, il en fut autrement: Bacquencourt, au reçu de la nouvelle^ paraît s'être fort inquiété du parti qu'avait pris son frère. Rien, sans doute, dans leur correspondance ne l'j avait préparé, bien qu'il y fût souvent question de M"^ Vincens et qu'il eût lui même surveillé l'éducation de Rose Vincens et l'eût reçue chez lui. Mais il avait trouvé la fille mauricaude ; il était, nous le savons, prévenu contré les beautés de l'Inde. Il alla trouver le directeur Hardancourt et eut avec lui un très long entretien. Celui-ci put le rassurer sur le choix qui l'inquiétait. Il avait connu, pendant son séjour à Pondichéry (vers 1710;^ M""^ Dupleix, alors bien petite, dont le père, Jacques Albert, était fort ami de son propre frère. Il dit donc à son visiteur que le caractère de sa bellesœur était charmant, qu'elle se faisait généralement aimer, qu'elle était douée de beaucoup d'esprit et qu'elle pouvait être mise au rang de ce qu'il y avait de mieux à Paris. Bacquencourt avoua

(1) Fr., 8982, 180. Dupleix à Godeheu, 5 janvier 1740. Il demande pour j^joie Vincens deux éventails bien travaillés avec de jolies miniatures, une tabatière d'or pour femme dont le dessus soit orné de pierreries et de miniatures. Il veut que le tout soit beau et de bon goût. Il écrit à son frère de faire les fonds. Ces objets ne pouvaient arriver dans l'Inde avant le mois d'août 1741; le deuil de M°"= Vincens serait alors expiré et le mariage possible ; cela semble indiquer qu'il était arrêté.

(2) L'acte de mariage de Dupleix a été publié par Guet ^Jdn Bégum, 1892J. Il est aux archives coloniales Etat civil, série G', reg. 137,. Dupleix s'y qualifie à tort d'écuyer, son père est qualifié d'écuyer ordinaire de la grande écurie de Sa Majesté, seigneur de Bacquencourt, Mercin, Fanneville, les Gardes, la Bruyère, etc. Les deux époux se rajeunissent, Dupleix d'un an, sa femme d'environ deux ans. Elle avait trente-quatre ans et dix mois (bapt. le 2 juin 1706 . Les témoins étaient François de Schonamille, gouverneur pour Sa Majesté Impériale à Cassimbazar, et Jean-Albert de Sichterman, directeur général pour la Compagnie de Hollande à Chinsura.

qu'il jugeait, par les lettres qu'il avait reçues d'elle, qu'elle était, en elTel, d'un esprit supérieur, et s'étant informé auprès d'autres personnes, il approuva l'établissement de son frère et envoya à sa belle-sœur un présent de fort bon goût (•). L'approbation des amis paraît avoir été unanime et franche.

« J'aurais deviné votre mariage, écrit le directeur Duvelaër, je t connaissais les mérites de M""^ Dupleix, votre façon de penser ne t m'était pas moins connue. Je ne puis assez vous féliciter puisque « je suis en état de juger par moi-même du bonheur de l'union « que vous venez de contracter ensemble ;-). »

Dupleix avait parié, jadis, avec lui, un diamant assez beau, qu'il ne se marierait pas. Marié, il lui écrivit qu'il avait perdu, et Duvelaër, apprenant en même temps l'arrivée prochaine de M™* Dupleix en France, se déclara on ne peut plus heureux de la recevoir chez lui et de tenir le bijou de sa belle main (3), Ce mot prouve au moins que M""' Dupleix n'était pas sans beauté. Nous savons que sa sœur, M'"* d'Arboulin, était la plus belle femme de l'Inde. Godeheu, de son côté, dit à Dupleix lui-même que, « sansleflalter, il y a chez sa femme et chez lui de quoi entretenir un beau feu. » Il est évident qu'elle pouvait paraître remarquable parmi les femmes de l'Inde. On sait que Dupleix avait toujours fait cas de ses avis; sa correspondance avec Yincens prouve qu'elle était consultée sur les résolutions importantes, même commerciales, soit qu'elle fût vraiment de bon conseil, soit qu'elle aimât à dominer. On peut croire que ce goût existait chez elle bien avant le moment où elle put le satisfaire, étant devenue presque reine. Elle avait su faire apprécier ses qualités d'esprit et de cœur. Son second mari l'épousa, moins sans doute par passion que par estime et par affection raisonnée.

La ville où allait, pendant douze ans encore, résider Dupleix, et où il devait connaître toutes les extrémités delà fortune, n'était pas, en 174i, aussi belle ni aussi peuplée qu'on pourrait le supposer d'après les plans do l'époque. Ces plans indiquent de vastes îlots de maisons séparés par de longues rues régulières plantées d'ar-

(Ij Fr., n acq., 9149, 7. Hardancourl à Dupleix, 8 décembre 1742. (2) Fr., n. acq., 9148, 12, 15. Duvelaër à Dupleix, 9 décembre 1742. (3j Ibid.

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