‹ Dupleix: ses plans politiques; sa disgraceChapitre 34 sur 200 · CHAPITRE il · texte numérisé non relu

CHAPITRE il

nombre de fils ou parents d'employés. Les sieurs Boyelleau, la Brelêche, le Gou, Hiran étaient dans ce cas ; le sieur Biancour était fils d'un domestique de la Compagnie, mais protégé par le directeur Hardancourt. D'autres, en assez grand nombre, étaient, selon le mot usité, fils de l'Inde, c'est-à-dire d'une femme du pays et d'un Français; tels étaient les sieurs la Touche, fils d'un capitaine de port de Pondichéry ; Delarcbe, fils d'un capitaine de la garnison; Flacourt, fils d'un conseiller à Surate; Hérigoyen et l'Éridée, tous deux fils de l'Inde et d'un cuisinier. Il y avait même, parmi les employés de Pondichéry, un sous-marchand topas, le sieur Pedre Mousse.

Ceux-là étaient d'honnêtes gens, mais à côté d'eux, il y avait des aventuriers, des gens d'origine basse ou dont le passé était chargé de tares et de crimes. Le sieur le Bon, second sous-marchand, par exemple, avait été tiré du service des Danois par le gouverneur Lenoir; le sieur Cotterel avait été marin quelque temps dans l'Inde et, protégé par le cardinal de Tencin, « avait obtenu d'être transc mis dans la plume sans savoir pourquoi. Ne sachant à quoi l'emc ployer, on l'avait placé à l'inspection de l'hôpital et il postulait • le poste de conseiller. » Parmi les sous-marchands, la Brieugne avait été d'abord dragon, puis garçon-major à Bengale; Ernouf avait été valet de cafetier. Parmi les moins recommandables, le sieur Bourdeau, déjà vieux, avait mangé son bien en France et était passé aux Indes pour y vivre; le Brun avait été chassé par son père, marchand à Paris ; perdu de dettes, il faisait à Bengale le métier d'escroc; le sieur Fournier, chef à Daca, fils d'un charpentier venu dans l'Inde en 1700, avait été mousse; passé à Bengale, il y avait été maître d'école, puis chef d'embarcation. Il avait épousé la fille d'un forban réfugié à Chandernagor. La protection de Lenoir lui avait valu d'abord quelques voyages lucratifs et le maniement des fonds de Castanier, puis la nomination de conseiller, c II c était arrogant, orgueilleux, gueux revêtu, dit de lui Dupleix; on « a déshonoré les employés en l'admettant au service; les étrangers t qu'il a servis longtemps en ont ri. »

Le sieur Lemaire, dixième conseiller des Indes, arrivé en 1738, avait fait banqueroute à Rouen. Celui-là était un protégé de Dumas.

Banqueroutier aussi le sieur Drouet, quinzième sous-marchand

à Pondictaéry. Le sieur Golard, second conseiller à Bengale, ami de Dumas, avait dû quitter la France à la suite d'un meurtre (*).

Ainsi la plus grande partie de ces employés étaient dans l'Inde ou parce qu'ils y étaient nés et demeurés faute de ressources, ou parce qu'ils n'avaient pas su trouver en France d'occupation. Quelques-uns même avaient été, par leurs fautes ou leurs crimes, contraints de s'expatrier. Enfin, le petit nombre venaient pour faire aux Indes une fortune rapide, administrative ou pécuniaire. Il va de soi que ces derniers pouvaient présenter par leur origine ou leur éducation quelque ressource, mais le désir de parvenir vite aux grands postes et à la fortune pouvait les entraîner à certains excès, car ce n'était pas au service de la Compagnie, mais au leur qu'ils pensaient d'abord. Le sort de celle-ci était d'être mal servie dans tous les cas. Les meilleurs avaient peu de talents.

Que valait de Leyrit, directeur à Bengale en 1750, et fils du directeur d'Éprémesnil? Il avait de la hauteur et peu d'abord. Il était peu au fait des affaires et se laissait mener par des gens sans valeur. Saint-Paul, beau-frère de Dupleix, de bonne famille, ayant trente ans de services, n'obtenait qu'une note ainsi conçue : c le bien qu'on en peut dire surpassera toujours le mal. » La Compagnie l'avait effacé du tableau en 4748 à cause de sa facilité à se laisser prévenir par les écrivains noirs. Dupleix même en avait dit du mal avant qu'il fût devenu son beau-frère et ne put obtenir que la Compagnie le désignât pour son successeur. Renault de Saint-Germain, le plus parfait connaisseur en toile, de très bonnes mœurs et très affectionné au service de la Compagnie, est une exception dans ce tableau. Louet, chef à Mahé, était un homme de peu de jugement, de mince capacité, extrêmement partisan des coutumes malabares, dont il n'avait pas honte de faire usage, n'ayant de connaissances que de Mahé. Lemaire, le banqueroutier, venu âgé dans l'Inde, n'avait nulle connaissance et ne cherchait pas à en acquérir. Moracin était joueur et perdu de dettes. Sur celui-ci, il est vrai, l'opinion de Dupleix se modifia lorsqu'il lui eut fait épouser sa nièce M Ue de Kerjean.

(1) C* 15. État des employés de l'Inde en 1750, envoyé par Dupleix à M. de Montaran, avec notes de sa main.

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