‹ Duplex Ses Plans Politiques; Sa DisgraceChapitre 110 sur 193 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

prit les armes et battit aux champs: La Bourdonnais pria qu’on n’en fit rien désormais. Or, le 43 juillet, le capitaine Duquesne n'ayant fait battre que le rappel à son passage, il se plaignit qu’on n’eût pas battu aux champs pour lui comme pour Dupleix. Le gouverneur mit Duquesne aux arrêts, bien à contre-cœur, paraît-il (1).

Alors La Bourdonnais fit débarquer une demi-compagnie de ses troupes, la fit parader devant le gouvernement et se fit rendre les honneurs militaires avec affectation ; car, outre un poste à sa porte, il se fit accompagner, dans ses sorties, de dix-huit gardes à cheval prêtés par Dupleix, et pendant ses repas, il fit sonner de la trompette el battre la caisse (?).

Il est facile de comprendre que ces excès de vanité purent indisposer Dupleix. Le 16 juillet, dans une conversation avec l’'Hindou Rangappa, deuxième courtier de la Compagnie, il fit de violentes allusions aux tripots de La Bourdonnais avec Fulvy, à ses projets passés sur l’Arabie, aux plaintes faites par les gens de l’ile de France contre lui. Il semblait fort irrité.

Le 17 juillet, La Bourdonnais demanda à Dupleix de lui fournir soixante canons de gros calibre, toutes les troupes disponibles et les vivres nécessaires à l’escadre. Il avait l'intention de chercher les vaisseaux anglais, de les battre et de tourner ensuite sur Madras. Dans cette lettre, il consultait Dupleix sur ce qu'il devait faire de la ville. Fallait-il la rançonner ou la démolir? [l demandait l'avis de Dupleix, l’attendant pour se déterminer, déclarant que toute la gloire de l’entreprise serait pour celui dont les secours l'avaient rendue possible (3).

Dupleix offrit soixante-deux canons de calibre un peu inférieur à celui que demandait La Bourdonnais. » Ces canons, disait-il, laisseront bien des vides sur nos remparts. » Il ne faut pas oublier, en effet, qu'il n'y avait en batterie que 119 pièces et qu’il en donnait ainsi la moitié. Il offrait 200 soldats blancs, 100 topas, 300 cipayes et autant de lascars avec les officiers pour les encadrer. Les sept huitièmes de ces troupes avaient vu le feu, tandis que celles de La Bourdonnais étaient des recrues sans expérience et sans valeur. Il

(1) Chr. de Rangappa, p. 30 (trad. Vinson).

(2) Chr. de Rangappa, le 13 juillet 1746.

(3) Col. C? 81, 20. La Bourdonnais à Dupleix, 17 juillet 1746.

avait déjà fourni 170 matelots et officiers et 50 soldats. Il donna encore 50 cavaliers et d'Auteuil, son beau-frère, pour les commander.

Quand ces renforts furent embarqués, La Bourdonnais mit à la voile pour chercher les Anglais. Il laissait, en cas d'accident, un paquet cacheté dans lequel il déclarait que la volonté du roi était que Dupleix nommäât un nouveau chef à l’escadre. Il prenait d’ailleurs sous sa responsabilité cette affirmation inexacte (1).

Quand il s’embarqua, Dupleix l’accompagna jusqu’au bord de la mer el resta sur le rivage jusqu’à ce que la chélingue eût franchi les trois barres. Cependant l'artillerie avait tiré vingt el un coups de canon; mais le public disait que Dupleix, qui lors du débarquement avait fait tirer quinze coups seulement, au grand mécontentement de La Bourdonnais, en faisait maintenant tirer vingt et un parce qu’il était venu lui-même, et qu’il était venu exprès.

La flotte reparut à Pondichéry le 23 août, sans avoir pu joindre les Anglais. Le projet sur Madras pouvait être exécuté incontinent, semblait-il. Les troupes de Pondichéry étaient embarquées, le matériel prêt, les vaisseaux anglais réfugiés sous Ceylan. Mais l'amiral montra la plus singulière mauvaise volonté. Pris de scrupules apparents sur la légitimité et la possibilité de cette entreprise, préparée depuis 1741 et pour laquelle il avait engagé Dupleix dans de si grandes dépenses ; mais, en réalité, craignant de ne pas réussir et voulant éviter toute responsabilité devant le ministre qui n’avait rien ordonné de pareil, La Bourdonnais demanda au conseil supérieur de Pondichéry ce qu’il fallait faire: « Je suis venu ici pour « secourir l'Inde, écrit-il (ce qui était faux), je ne puis mieux n’adresser qu’au conseil supérieur qui la gouverne, pour savoir ce qu’il y faut faire. Après que vous aurez résolu qu'il est avantageux à la nation de marcher sur Madras, je suis prêt; mais cette affaire est trop délicate pour me charger seul de l’événement (2). » En demandant les ordres du conseil supérieur, La Bourdonnais cessait d’être indépendant et condamnait d'avance l'attitude qu'il prit après la reddition de Madras.

(1) Col. C? 81, 23. Lettres de La Bourdonnais, 28, 29 juillet 1746. (2) Col. C? 81, 29. La Bourdonnais à Dupleix, 26 août 1746.

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