‹ Duplex Ses Plans Politiques; Sa DisgraceChapitre 114 sur 193 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

et les diamants et les laisserait libres de racheter leurs maisons, tantôt il envoyait dire au gouverneur Morse qu'il en revenait au dessein de détruire la ville. Les Anglais disaient à d’Éprémesnil qu'ils voyaient bien que La Bourdonnais voulait marchander une somme pour lui en particulier. [1 ne paraissait pas alors en tout cas tenir à la parole donnée par lui aux députés, comme il affecta plus tard d'y tenir.

Il avait appris sa victoire à Dupleix dès le 21 septembre en lui disant qu'il pouvait ouvrir une correspondance entre le gouvernement de Pondichéry et le sien. Le 23, il annonçait son intention d’enlever les marchandises et de faire contribuer les Anglais pour le rachat de la ville d’abord et aussi pour le pillage qu'il avait empêché. Des deux contributions, la première devait être pour la Compagnie, la seconde pour les soldats. L'affaire n’était pas conclue. [Il demandait avis au conseil pour savoir s’il devait faire saisir les biens des Arméniens et des Malabares (lettre du 23 septembre). Le 24, il écrivait encore à Dupleix de lui envoyer un plan suivi de la façon dont il pensait qu'on dût traiter Madras (1). [l se considérait donc encore comme libre de faire ce qu’il voulait.

Dupleix, d'autre part, à cette date du 24, n’avait encore écrit que des lettres de compliments. Il écrivait le 23 : « Voilà ma mission « finie suivant les ordres que j'ai reçus du ministre. » Mais dans cette même lettre il déclarait à La Bourdonnais qu'en ce qui concernait Madras, l'amiral devait des comptes au conseil supérieur. Le 2%, il annonçait le départ de deux conseillers chargés de procéder à l'inventaire des marchandises, les sieurs Dulaurens et Barthélemy. [ls devaient former avec quatre autres personnes un conseil auxiliaire à Madras, sous la présidence de La Bourdonnais. Le 25, répondant à la lettre par laquelle La Bourdonnais consultait le conseil, Dupleix demandait si l’amiral reconnaissait l'autorité supérieure du conseil et du commandant général, telle qu’elle résultait des ordres permanents du roi antérieurs aux lettres particulières de commandement sur mer qu'avait eues La Bourdonnais (?). Il ajoutait que la promesse d’une rançon était un leurre et qu'il ne

(1) Col. C? 81, 35. La Bourdonnais à Dupleix, 24 septembre 1746. (2) Col. C? 81, 69. Dupleix à La Bourdonnais, 25 septembre 1746,

conseillait pas à La Bourdonnais de se fier aux billets du gouverneur de Madras, lesquels resteraient impayés.

Ainsi se trouva posée par Dupleix la question de la suprématie du conseil supérieur, c’est-à-dire de la sienne.

Mais avant même d’avoir reçu cette lettre, La Bourdonnais avait pris position en affectant de regarder le voyage de Dulaurens et de Barthélemy comme une démarche de simple politesse. Il ne tarda pas à déclarer (lettre du 28 septembre) qu’il n’avait jamais été prévenu de la suprématie du conseil, qu'il était venu à Madras comme un homme ayant toute l'autorité et que, s’étant engagé en cette qualité, il devait tenir cet engagement. Il ne voulut plus sortir de là : « Que j'aie tort ou raison, disait-il, je me suis cru en « droit d'accorder une capitulation au gouverneur de cette place. « Je me suis engagé d'honneur avec les députés anglais de traiter « à l'amiable du rachat du fort et de la cité. »

Les deux rivaux s’appuyaient, l’un, sur les ordres d’Orry qui lui subordonnaient la marine et qui prescrivaient à Dupleix de le seconder, l’autre, sur les pouvoirs permanents donnés par le roi et la Compagnie au commandant général des comptoirs de l'Inde.

Posée ainsi, la question était insoluble.

Les ordres d'Orry ne prévoyaient pas une entreprise commune de Dupleix et de La Bourdonnais, et la question de la supériorité de l’un sur l’autre n'avait pas été considérée par lui. Les règlements administratifs de la Compagnie subsistaient donc en l’absence d’ordres contraires. Dupleix et La Bourdonnais ayant entrepris de leur chef le siège de Madras, il ne pouvait y avoir entre eux que collaboration et entente, mais non pas suprématie de l’un ou de l’autre. L'un, maître de sa flotte, l’autre, fournissant des troupes et des munitions pour le siège, avaient des droits égaux, comme des associés. Leur devoir était de se concilier ensemble.

Tant que l’entreprise fut en suspens, ils n’y manqguèrent pas, malgré quelques erreurs inquiétantes. Nous avons cité plusieurs témoignages de leur bonne volonté réciproque et de l’empressement que lun mit à fournir de l’aide et l’autre à prendre conseil. Nous avons même vu La Bourdonnais ne marcher que sur l’ordre du conseil supérieur. Il suit de là que, dans la querelle, les torts sont à celui qui rompit le premier le pacte tacite de conciliation qui

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