‹ Duplex Ses Plans Politiques; Sa DisgraceChapitre 85 sur 193 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

dans ses entreprises, il lui fallait un homme de confiance et un ami. C’est le motif pour lequel il pria son frère de remuer ciel et terre pour faire obtenir à Vincens le poste de second et l’expectative de la direction. Comme cela, il pourrait garder le gouvernement jusqu’à l'heure où Vincens, revenant de France, le remplacerait, c’est-à-dire jusqu’en janvier 1739. Mais comme il avait demandé à la Compagnie d’ériger le conseil de Chandernagor en conseil supérieur, au cas où sa demande lui serait accordée, il resterait par convenance un an de plus, jusqu’au 1° janvier 1740. Vincens était naturellement au courant de ce projet, il était dans l'intention de se servir des mêmes moyens que Dumas et La Bourdonnais avaient mis en usage; mais il craignait l'opposition de Lenoir et du vieil Hardancourt, qui protégeait pour ce poste le conseiller d’Herviliers, mari d’une de ses nièces.

Nous avons donc, à cette date de janvier 1737, un état de la fortune acquise par Dupleix et l’exposé de ses projets. Cette fortune est modeste et déjà transférée en France. Les desseins ne sont ni d’un ambitieux ni d’un politique, mais d'un homme aux goûts médiocres, aimant sa famille et son pays. Il n’y a pas un mot dans les lettres de Dupleix qui permette de lui supposer d'autres idées. « Dieu veuille me faire la grâce de te rejoindre après une aussi « longue absence et dans un état à pouvoir te faire honneur. Je « désire ce moment de toutes mes forces, et ce ne sera Jamais assez « tôt suivant les vrais sentiments de mon cœur ! » Ces mots d’une lettre à Bacquencourt résument toutes ses ambitions.

Les pertes considérables, si considérables qu’il n'ose les avouer, qu'il avait faites en 1735 dans le naufrage de l’Aimable et sur le voyage de l’Entreprenant à Mascate (!) n'étaient pas réparées encore, bien que l’année 1736 eût laissé des bénéfices (2).

Mais l’année 1737 ne fut pas heureuse. Le Chandernagor, à peine sorti du Gange, fut saisi par un gros temps et contraint de rentrer(3). Du 41 au 12 septembre, une tempête effroyable éclata sur les bouches du fleuve. Plusieurs vaisseaux français, surpris en rivière,

(1) Fr., 8980, 5. A Trémisot, 6 juin 1737.

(2) Le vaisseau de Manille donna, en 1736, 56 °/, de bénéfice. (3) Fr., 8980, 31. Dupleix à Dumas, 30 août 1737.

furent jetés à la côte, mais un seul fut perdu avec la moitié de l’équipage. Sur vingt-deux vaisseaux anglais qui étaient à Calcutta, on n’en sauva que trois. Outre cette perte, la ville de Calcutta fut détruite : églises, maisons, paillottes, tout fut abattu. La rivière avait surmonté les terres de quinze pieds et noyé 50,000 personnes, avec une quantité innombrable de bestiaux. Les navires français furent remis à flot, mais les envois, dans ces conjonctures, furent moindres que de coutume.

En même temps que des déboires dans son commerce, Dupleix avait eu des sujets de mécontentement et des froissements d’amourpropre du fait de la Compagnie : ils sont trop caractéristiques, malgré leur peu d'importance apparente, ponr ne pas être brièvement exposés.

Il avait fait beaucoup pour le commerce de la Compagnie en même temps que pour le sien, et le crédit qu’il avait auprès d’elle ne lui semblait pas digne de ses services. Il est constant que ses propositions n'avaient pas beaucoup de succès. Un jour, outré des exactions des officiers maures qui arrêtaient les barques pour les relâcher après rançon, il avait écrit aux directeurs qu'il fallait se résoudre à tout souffrir ou à tirer raison de ces avanies, que trois vaisseaux bien armés et trois cents hommes suffiraient pour mettre tout le pays à contribution (1); la Compagnie avait répondu assez raisonnablement, il faut l’avouer, que deux compagnies d’infanterie ne pourraient venir à bout des forces du nabab et qu'il fallait se borner aux voies de négociation (?).

D'ailleurs, il ne revint plus sur ce sujet. Il avait proposé de faire frapper en roupies, à la monnaie de Moxoudabad, les matières d'argent qu’apportaient les vaisseaux. La Compagnie parut approuver la proposition, puis, craignant de voir ses fonds confisqués par le nabab, comme cela était arrivé aux Hollandais, elle maintint l’ancienne habitude, qui était de remettre directement les lingots aux marchands. On l'avait fort approuvé d’avoir rétabli en 1734 les comptoirs de Cassimbazar et de Patna. Mais la seule récompense qu'il avait reçue pour son zèle était une gratification de 100 pistoles

(1) Fr., 8979, 73. Dupleix aux directeurs, 30 novembre 1732. (2) C* 26, 33. Ordres pour l'Inde, 2 avril 1734. .

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