‹ Duplex Ses Plans Politiques; Sa DisgraceChapitre 86 sur 193 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

en 1735, qu’il refusa de toucher, la trouvant mesquine : « Je « remercie la Compagnie, écrivit-il aux directeurs (t), de la gratifi- « cation de 100 pistoles qu’elle a eu la bonté de m’accorder, c'est « toujours une marque de sa bienveillance, mais... je croyais mé- « riter autre chose. Je m’arrête et je crains d’en trop dire. Il est cependant à propos de vous dire que je n’ai point reçu cette gratification. Il est vrai que si elle eût été passée en augmentation « d’appointements, je l’eusse acceptée avec plaisir. »

Cette lettre n’était pas encore parvenue en France lorsque les directeurs lui renouvelèrent, par délibération du 23 mars 1736, la même gratification (?).

Bien qu’il fût spécifié que c'était pour une année seulement, la Compagnie montrait une certaine bonne volonté, d'autant plus que sur les plaintes de Dupleix, qui se trouvait trop peu payé, elle avait (probablement en 1733) augmenté ses appointements réguliers de 100 pistoles (3). Mais il était difficile à satisfaire.

« L’ingrate Compagnie, écrivait-il, a cru faire beaucoup en aug- « mentant mes appointements de 100 pistoles et en me donnant « deux gratifications de même somme. Une gratification de « 100 pistoles est la récompense de tout, c’est le remède à tous « maux et il faut encore que je la remercie comme si j'avais lieu « d’être bien content (4). »

Il avait pensé, au fond, que les directeurs la lui allouaient pour le consoler de la nomination de Dumas et son refus avait eu pour motif le mécontentement et l’amour-propre blessé. Mais les années suivantes il se la fit payer et sut bien se plaindre qu’elle ne fût pas annuelle (5).

Le principe de toutes ses récriminations est un orgueil, justifié peut-être pour nous, mais qui pouvait l’être moins pour les contemporains. [1 était d’une susceptibilité maladive. En 1732, il se plaint du ton affecté par le conseil supérieur dans sa correspon-

AR

(1) Ars., 4743, 44. 19 décembre 1735.

(2) Extrait du registre général des délibérations de la Compagnie, 23 mars 1736. Col. C? 27, 5. Elle lui fut continuée chaque année.

(8) Fr., 8980, 55. Dupleix à son frère, 23 novembre 1737.

(4) Ibid.

(5) Fr., 8980, 55. Dupleix à son frère, le 23 novembre 1737.

dance avec celui de Chandernagor : « Quoique la Compagnie pré- « tende que nous leur soyons subordonnés, ce n’est pas pour être « traités d’une façon basse et comme leurs domestiques. J’aime- « rais mieux tout quitter, si telle était l'intention de la Compa- « gnie(t), »

La Compagnie se fit représenter les lettres, et vu les termes peu mesurés qui y étaient employés, elle enjoignit aux conseillers de Pondichéry de traiter à l'avenir les conseils subordonnés avec plus de ménagement. Peu satisfait de cette réparation, Dupleix essaya d'obtenir que son conseil fût érigé en conseil supérieur et indépendant, On venait de le faire pour celui de l’île de France, bien qu’il y en eût un à Bourbon; or, La Bourdonnais, gouverneur des îles, était, on le sait, un rival redouté pour la succession de Dumas. Aussi Dupleix trouva-t-il beaucoup de raisons pour obtenir la même faveur ; mais pour bonnes qu’elles fussent, elles ne persuadèrent pas la Compagnie, qui, dans sa lettre du 17 mai 1737, confirma la suprématie du conseil de Pondichéry (?). Pour combler ses ennuis, la même lettre lui annonçait que Vincens, dont la Compagnie ignorait le départ pour la France, était purement et simplement rayé des cadres où il avait été replacé en 1735 comme conseiller à Pondichéry.

Aussi Dupleix est-il, à cette époque, franchement mécontent, et ses lettres nous marquent en traits décisifs cet état d'esprit qui altéra un moment ses relations avec Dumas, dont la forme au moins était amicale. Il craignait que Lenoir, arrivé en France, ne le fit relever de son poste et remplacer par Dirois ; c’est une occasion qu'il ne perd pas de dire du mal de ce dernier, « l’homme le plus capable « de ruiner cette colonie, haï de tous les employés. C’est désho- « norer la nation que de mettre en place de pareils sujets (3). »

Il prétendait, par une contradiction singulière, s’'embarrasser peu

(1) Fr., 8979, 79. Dupleix à Hardancourt, 30 novembre 1732.

(2) C? 27, 131. Extrait du registre général des délibérations de la Compagnie, 17 mai 1737.

(3) Fr., 8980, 55. Le 26 novembre, deux jours après, Dupleix écrivait à son ami Duvelaër, directeur à Lorient : J'ai des obligations infinies à la Compa-

gnie d'avoir désigné M. Dirois pour mon successeur. Je ne pouvais rien souhaiïter de plus flatteur.

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