CHAPITRE VII
du gouvernement de Pondichéry et vouloir se mettre en état de le refuser, en même temps qu’il reprochait à son frère de ne pas le lui avoir fait obtenir. Il se croyait lui-même très impatient de revoir son pays. Il n’attendait, à l'en croire, que la réussite du projet de Vincens pour quitter l’Inde. Cependant, son frère lui ayant conseillé de ne pas abandonner le service brusquement, sans congé et sans raison, de peur de mécontenter le ministre, il était résolu à prendre quelques ménagements, bien que le refus du cordon de Saint-Lazare, le maintien de la suprématie du conseil supérieur de Pondichéry et le peu de générosité de la Compagnie l’eussent profondément blessé; mais ses projets de départ semblaient sérieux. Il calculait que son frère aurait à lui, avec les fonds qu’il enverrait en 1737, à peu près 230,000 livres; sur ces fonds, il devait acheter une charge de secrétaire du roi, ou plutôt il devait tenter d’obtenir des lettres de noblesse : « Ne pourrais-tu faire agir Plutus pour en ve- « nir à bout? lui écrit-il. Pourquoi ne t’en pas servir, puisque « c’est la route ordinaire ? »
Lui qui condamne volontiers Dumas et La Bourdonnais pour avoir acheté leur charge, agit ici comme eux; mais on a déjà vu qu’il ne craint pas de se contredire. Il eut un moment le dessein de revenir par terre et fit prendre par Aumont à Bassora des renseignements sur la route des caravanes. Il se flattait de pouvoir visiter en passant l'Italie. Vains projets que nul avenir ne devait réaliser |
Il fit passer en France, à la fin de l’année 1737, une certaine quantité de topazes qu’il évaluait lui-même à 12,000 roupies, prix d'achat. Ces objets étaient de la contrebande, ce qui n’empéchait pas Dupleix de les confier aux capitaines et de les adresser à Duvelaëér, directeur de Lorient, obligé par sa charge de réprimer la fraude, outre cela, il envoyait en billets de diverses personnes, une somme d'environ 17,000 roupies, soit au total pour cet envoi de 1737, 29,000 roupies (t). Les profits étaient modestes, mais il avait perdu cette année son ami et subrécargue ordinaire pour Bassora, M. Aumont, mort dans cette ville où il avait conduit un vaisseau. L'ainé des Kerjean, neveu de Dupleix (qui depuis plusieurs années
(1) Fr., 8980, 59, 91, 96. Dupleix à son frère, novembre 1737 et Janvier 1738.
était venu joindre son oncle, avec un cousin de la maison de Massac), y resta seul chargé de 250,000 roupies de marchandises, mais il mourut lui-même quelque temps après (1), au grand embarras des propriétaires de ces cargaisons. Un métis portugais géra leurs intérêts pendant six mois, puis Dupleix y envoya le capitaine Perdiguier. ;
Il paraît que l’année suivante 1738, le commerce fut très mauvais au Bengale. C’élait le temps de l'invasion de Nadir-Chah. Dupleix dut garder à Chandernagor pour plus de 200,000 roupies de marchandises invendues. Il fut dans la nécessité de recourir au banyan Fatechem de Patna, pour obtenir 50 à 60,000 roupies. Mais Fatechem refusa en raison des banqueroutes qu’on lui avait faites et Dupleix fut contraint d’insister vivement auprès de l’Indien pour obtenir ce prêt. Précisément alors que ses affaires allaient mal, Dumas recevait le cordon de Saint-Michel et des lettres de noblesse; pour combler son ennui, La Bourdonnais, qui considérait le commerce d'Afrique comme un monopole de l'ile de France, se plaignait à Paris que Dupleix eût envoyé un brigantin à Anjouan et à Mozambique ; la Compagnie interdit alors les voyages d'Afrique au gouverneur de Bengale, et ceux de l’Inde au gouverneur de Maurice (2). Or, La Bourdonnais avait accusé Dupleix d’avoir abusé d’un mémoire sur le commerce de ces régions qu’il lui avait envoyé sous le sceau du secret, et dans des termes tels, que trois conseillers de l’ile de France refusèrent de les contresigner. Ainsi naissait entre ces deux hommes une antipathie dont on verra les suites funestes.
Cependant au milieu de ces soucis Dupleix ne négligeait rien pour obtenir les distinctions qu’il ambitionnait : il écrivait à Paris, rappelant à la Compagnie ses longs services avec quelque emphase : « Voilà donc à quoi ont abouti dix-huit années d’un travail « consécutif soutenu d'un zèle inaltérable, de services essentiels ! « Voilà donc la récompense que je reçois de ces services indubita- « bles... Je vous avoue que je suis au désespoir d’être forcé de
(1) Fr., 8980, 91. Dupleix à son frère, 10 janvier 1738. Ibid., 125. Dupleix à Dumas, 21 avril 1738. Kerjean mourut à Bassora en octobre 1737.
(2) Dupleix y avait risqué 20,000 roupies. Dans une lettre à Dumas, il parle de 60,000 roupies.
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