ACTE PREMIER
COQUARDIER.
Quel grand cœur ! Et comme vous dépassez Gicéron!
ALBERT
Non, je vous en prie.
COQUARDIER.
Oui, cher maître, je vous place au dessus de lui! Il a fait condamner Gatiiina, la belle affaire! Vous, vous l'auriez fait acquitter! Un homme commet un crime, les preuves l'écrasent, on le condamne ! C'est simple comme bonjoar, le difficile est de faire acquitter le coupable. Prouver que les preuves ne sont pas des preuves, que l'évidence n'est pas la certitude, voilà le difficile! et c'est là votre noble mission. Si vous le vouliez, vous prouveriez qu'un et un font trois.
ALBERT, prenant la maiu de sa femme.
Rien n'est plus simple, je vous le prouverai avant un an! Et ma femme m'aidera à faire la preuve, (a part.) Ça, ce n'est pas mal pour un épicier.
LOUISE, avec pudeur.
Albert !
COQUARDIER.
Ne rougis pas, c'est une plaisanterie... enfantine...
LOUISE
Tu sais que papa veut partir demain, di.s-lui de passer encore une semaine avec nous. ,
ALBERT
Je ne voudrais pourtant pas abuser de la complaisance de ton père.
COQUARDIER.
Non, mes enfants, vous avez besoin d'être seuls. Je vous promets de revenir pour la prochaine grande affaire d'Albert.
LOUISE
J'y compte.
ALBERTj à part.
Il attendra longtemps.
Je te serais bien recojinaissant de faire descendre ma malle dans ma chambre.
LOUISE
Bien, papa I
ALBERT
Je l'ai dit à Clarisse.
GOQUARDIER.
Très bien, je vais la faire, (a Albert.) Voulez-vous me permettre de vous laisser quelques instants, mon cher maître?
ALBERT
Mais oui, voyons.
GOQUARDIER.
Si vous étiez un homme ordinaire je ne vous dirais pas ça. (a Louise.) Pour moi, tu as épousé plus qu'un souverain. On est souve)'ain par la naissance, on devient illustre par le talent.
ALBERT» impatienté.
Mais allez donc.
GOQUARDIER, sortant.
Par le talent !
Iliort.