‹ Durand & Durand; comédie-vaudeville en trois actesChapitre 24 sur 79 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ALBERT

1^ Prouvez-le, monsieur.

GOQUARDIER.

Le vin n'est plus le vin, c'est un produit chimiques

ALBERT

C'est bien plus difficile à faire.

GOQUARDIER.

On fait du sirop de groseille sans groseille et du sirop de grenadine sans grenade.

ALBERT

, C'est le progrès... on a trouvé un insecte qui remplace la grenade et qui en donne l'illusion.

GOQUARDIER.

Dans le sucre en poudre, on met de la cassonade, dans la cassonade ou met de la farine, dans fia farine on met de l'amidon, dans l'amidon on met de la craie, dans la craie on met du plâtre, et si dans le plâtre on ne met rien du tout, c'est que nous sortons de l'épicerie pour entrer dans la construction !

ALBERT

,,,, Monsieur Coquardier, vous dépassez la mesure.

GOQUARDIER.

Les épiciers ne la dépassent pas eux, au contraire... Je vous demande pardon, cher maître, je m'emporte, là... Voyons, vous êtes avocat, défendriez-vous un épicier?

ALBERT

Oui, monsieur, je les défendrais tousl

GOQUARDIER.

Vous auriez tort, car l'histoire elle-même les condamne.

ALBERT

Commeut cela?

GOQUARDIER.

Du temps de Mathusalem, ce Ghevreul de la Bible, quand on vivait 969 ans, — c'est que les denrées étaient naturelles, c'est qu'il n'y avait pas d'épiciers.

ALBERT

Vous croyez ?

J»^ GOQUARDIER.

Voulez-vous une preuve plus palpable?... Les animaux domestiques, le chien, le chat, vivent très peu. Pourquoi ? Parce qu'ils se nourrissent comme nous. Par contre, prenez la carpe, ce Mathusalem d'eau douce, elle ne se sert pas chez les épiciers, la carpe, elle vit très longtemps.

ALBERT

. Eh bien?

.iiii^^ GOQUARDIER.

Mettez une carpe chez votre cousin, dans un bocal de cornichons, et je vous parie tout ce que vous voudrez qu'au bout de deux jours, vous ne la retrouverez pas vivante.

ALBERT, à part.

U est enragé I

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