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geonnante, quelques points de dissemblance provenant du ‘mode opératoire qu’elle exige, d’une facilité plus grande à l’adhérence et de ce qu’elle remplit des indica tions chirurgicales tout autres.
Ainsi, comme chaque variété de greffe exigeait une description particulière de nature à donner matière à une thèse, nous nous décidâmes, non sans regret, à mettre de côté toute greffe sur plaie saignante : nous aurions eu de nombreuses conclusions à tirer de plus de 700 insertions pratiquées par nous l’année dernière à l’Hôtel-Dieu, dans le service de notre maître, le D' Cusco, ainsi que dans ceux de MM. Richet et Alphonse Guérin. IL nous parut bon de ne pas traiter en entier l’histoire des greffes sur surface saignante. Ce sujet offrant trop de points insolubles, difficiles à résoudre en totalité dans le laps de temps que nous pouvions consacrer à la préparation de notre thèse, nous avons estimé qu'il serait préférable de diriger nos recherches expérimentales vers la solution d'une des questions les plus importantes.
Nous nous arrêtâmes à l'étude de ces deux questions : 1° L'étude de la durée de la vitalité des tissus après séparation complète, étude importante qui doit, dans l’histoire des greffes, précéder toutes les autres, la première condition que doit remplir une partie isolée étant la persistance de la vie.
2° L'étude des conditions nécessaires à la production de l'adhérence des lambeaux cutanés sur surface saignante. Aucun point ne nous parut plus digne de fixer notre attention; nous avons institué dans ce but un certain nombre d'expériences au laboratoire de physiologie du Muséum. |
Et ici, insistons sur la signification du mot adhérence. |
Pour nous, ce mot doit être pris dans sa véritable acception ; il représente le premier acte de la coaptation et n'implique en lui-mème aucune durée pour l'avenir
Ayant observé plusieurs fois la chute d’un lambeau, après cinq ou six Jours d’adhérence bien manifeste, »ous avons pensé que les conditions qui amènent l’adhé rence ne sont pas les mêmes que celles qui entretiennent sa persistance. Pour obtenir en effet un succès complet, il faut le concours successif de deux ordres de causes différentes, la force physique qui préside à la coaptation organique devenant, à un moment donné, impuissante.
Nous ne comptons traiter dans ce travail que des circonstances dans lesquelles l’acte adhésif se produit, sans nous occuper de celles qui maintiennent durable une réunion effectuée, nous réservant d'exposer dans l’avenir la seconde partie de la question.
Cette méthode de procéder est plus longue, mais certainement plus scientifique. Elle conduira aux insertions sûres et durables. Alors, la plastique chirurgicale comptera dans notre pays une nouvelle méthode qui, dans maintes circonstances, remédiera à l’imperfection et à l'insuffisance des autres méthodes.
Pour établir la durée de la vitalité d'un tissu séparé d’un organisme, les observations de M. Ollier sur le périoste, les expériences de M. Bert sur les queues de rat, et nos propres expériences sur les tissus amputés seront nos matériaux.
Et pour ce qui concerne la détermination des cor
Georges Martin. 2
240 2e tions de l’adhérence, nous nous appuierons tant sur nos expériences que sur celles de nos devanciers.
Nos expériences de greffes cutanées sont au nombre de 38 : 28 sur des chiens, 8 sur des cochons d'Inde, 1 sur un pigeon, 1 sur un canard. Dans toutes ces expériences il y a eu restitution du lambeau, sauf dans 4 cas, où nous avons transplanté sur des chiens des lambeaux provenant d’une amputation (exp. xxix et xxx), et sur des cochons d’Inde de la peau de chien. (Exp. xxx1II et xxx v.)
Nous n'avons pas cru devoir faire de greffes d'un endroit à un autre d’un même animal pi d'animal à animal de même espèce, les résultats étant identiques à ceux de simples reslitutions. En outre, nous n'avons pratiqué que peu d'opérations d'animal à animal d’'espèce différente : la dissemblance zoologique serail venue compliquer un problème que nous avions tout intérêt à simplifier. |
Quant au résultat, nos expériences peuvent se classer de la manière suivante :
L succès total et complet sur un canard (exp. 1).
1 adhérence totale qui existait encore un mois après, lors de la mort du pigeon (exp. un).
2 adhérences totales paraissant stables; chien mort, six jours après l'opération (exp. x1v et xv).
2 adhérences totales; stabilité incertaine: chien mort dix jours après l'opération (exp. XvIr et xvir1).
2 adhérences de courte durée, chute au sixième jour (exp. xxvin, chien sur chien; et exp. xxx, lambeau amputé sur chien).
{adhérence partielle, mais durable, sur chien (exp. 1v).
1 adhérence totale sur cochon d'Inde ; avoir enlevé le lambeau au sixième jour pour examiner le travail de cicatrisation (exp. XXXVIH).
28 insuccès complets (21 sur chien; 7 sur cobaye).
ai és
À côté de ces expériences faites avec des lambeaux de peau, nous placerons trois autres cas où la partie greffée avait une autre provenance.
Doigt amputé inséré sur chien; quelques adhérences qui subsiste rent Cinq jours (exp. xxxIx).
Doigt inséré sur chien vingt-quatre heures après l’'amputation; insuccès (exp. xL).
Queue de chien remise en place; insuccès (exp. x1i).
Faisons rapidement une revue des matériaux que nous avons pu nous procurer concernant la greffe cutanée.
Barion10 (1), 8 cas:
6 fois mouton sur mouton, 6 succès.
1 fois vache sur jument, insuccès.
À fois jument sur vache, insuccès.
Gouier (2), 5 cas:
A fois àne sur âne, insuccès.
À fois mouton sur mouton, insuccès.
2 fois cheval sur cheval, insuccès.
4 fois chien sur chien, insuccès.
Wiesmann (3), 23 cas :
6 fois chien sur chien, 6 insuccès.
6 fois cobaye sur cobaye, 6 insuccès.
3 fois mouton sur mouton, 2 adhérences, 1 insuccès,
2 fois chèvre sur chèvre, 1 adhérence, 4 insuccès.
4 fois àne sur àne, succès.
2 fois pigeon sur pigeon, 1 adhérence partielle, 4 insuccès. 2 fois poulet sur poulet, 1 adhérence, 1 insuccès.
(1) Ueber animalische plastik. Traduction par Bloch, Halberstadt, 4819 ; — Bibl. Brit. T. LIX, p. 68.
(2) Mémoires sur la chirurgie vétérinaire. Lyon. T. 1, p. 290.
(3) De coalitu partium a reliquo corpore prorsus dijunctarum. Lepsiæ,
Re ets DrerrenBacu (1), 5 cas:
3 fois lapin sur lapin, 3 succès.
2 fois homme sur homme, 2 succès partiels.
LanrTiLaAc (2), 4 cas:
9 fois lapin sur lapin, succès.
2 fois chien sur chien, insuccès.
M. Berr (3), 3 cas:
1 fois rat sur rat, adhérence.
{ fois chat sur rat, adhérence.
1 fois chat sur lapin, adhérence.
Durrocxer (4).
P£nopiastie; peau de la fesse, succès.
Boncer pe MarguRrG (5).
Rhinoplastie; peau de ia cuisse, succès.
Dzonpt: (be HALLE) (6).
Sur nez; peau de la main, insuccès.
D' Le Forr, 2 observations (7).
Ectropion, peau du bras, insuccès.
Ectropion, peau du bras, succès (8).
(1) Chirurgiscke Erfahrungen besonders über die Wiederherstellung Zerstærter Theile des menschlichen Korpers nach neuen methoden. Berlin, 4829-(830.
(2) Thèse de Montpellier, 1848.
(3) Greffe animale. Thèse de Paris, 1863.
(4 Blandin. Thèse de concours, 1835; — Dictionnaire des sciences médacales, t. XXX VI. Article nez.
(5) Journal de Graefe et de Walhter, t. IV, p. 569.
(6) Mag Rust. t. VI, p.8,.
(1) Société de chirurgie. Séance du 31 janvier 1872; — Gaz Hôpit. n° 7, 1872; — Communication écrite.
(8) Malgré toutes nos recherches bibliographiques, il m’a été impossible de trouver la relation de l’autoplastie faciale, pratiquée par Laugier à l'hôpital Beaujon. Le .ambeau complètement détaché a été emprunté à la partie postérieure du tronc. (Communication due à l'obliveance de M. le D' Panas.)
ne
Ce tableau est loin d'offrir le total de tous les essais de greffes sur surface saignante des auteurs dont nous avions les ouvrages. Nous n’avons cité que les cas dans lesquels nous pouvions trouver quelques renseignements utiles à notre travail.
Ainsi, Dieffenbach, qui a pratiqué un très-grand nombre de greffes cutanées, sur les oiseaux, les lapins, les chiens et sur les hommes, expose ses résultats en moins d’une page (1). M. Bert, qui a tenté 16 transplantations (8 de rat sur rat, 2 de chien sur chien, 1 de rat sur rat, 2 de chat sur lapin et réciproquement), les relate dans vingt lignes à peine.
En outre, d’après les indications bibliographiques que nous possédions, nous n’avons pu trouver la relation de faits attribués à certains expérimentateurs.
D'un autre côté, il nous a été impossible de nous procurer les ouvrages de Percy, Montègre, Juengken. Graefe, Walter, Krimer, qui ont pratiqué un assez srand nombre d'expériences de ce genre.
Enfin, il ne nous était pas permis de faire figurer dans ce tableau les expériences enregistrées nulle part, el dont nous ne connaissions que le résultat final. Comme par exemple celles de M. Alquiéde Montpellier (1) qui a expérimenté heureusement un certain nombre
(1) A la dernière heure, nous avons pu nous procurer le fait suivant ‘ dont voici le résumé :
Chez une dame, dont le côté gauche était anesthésié, Dieffenbach fait au bras gauche deux excisions de la peau, de la largeur et de la forme d’une pièce de 2 francs, l’une du côté interne et l’autre du côté externe, et il transplante les morceaux en les changeant de place.
Du côté interne, gangrène complète du morceau; au côté externe, gangrène partielle ; mais, malheureusement, le morceau est enlevé avec des pinces avant la cicatrisation. (Journal de Gracfe et Walter, vol, VI.)
(2) In thèse Lantilhac, p. 13. Montpellier, 1848.
de fois sur le lapin; et celles de M. Philippeau qui depuis 1863 (1) a obtenu (communication orale) bon nombre d’adhérences et quelques succès, sur le lapin, le chien et la grenouille (2).
Les observations que nous avions à notre disposition, bien qu’assez nombreuses, constituent en réalité des matériaux insuffisants : la plupartne sont pas complètes;
(1) In Bert. De la greffe animale. Thèse de Paris, p. 71.
(2) D’autres faits ne nous ont pas paru devoir servir de fondement à notre travail, quoique nous les crovions authentiques, pour la plupart. Ce sont : : ;
49 Le fait raconté par Baronio et qui lui fut assuré par le Dr Saucassani : La femme d’un charlatan, nommé Gambacurta, pour montrer l'efficacité d’un onguent, enleva un morceau de chair de sa cuisse, le fit circuler parmi les assistants, le rappliqua, et mit sur le lambeau une eouche de son onguent. Le lendemain soir, elle n’avait plus besoin de remèdes. Les notables de Florence constatèrent le fait.
99 Le cas observé par Baronio, lui-même : «.J’ai rencontré, dit ce physiologiste, à Rovate, petite ville du comté de Brescia, un charlatan qui vendait un onguent, qu’il nommait onguent de l’armée française, et qui avait la propriété de guérir toutes les plaies, Je dis à ce charlatan, que la vertu de son onguent serait bien plus manifeste s’il voulait couper un morceau de son bras. Alors, ce dernier enleva un grand morceau de peau de la partie interne de son avant-bras, avec une petite partie du muscle radial antérieur, le montra tout ensanglanté aux spectateurs, le remit en place, et appliqua, sur le lambeau, son onguent de l’armée. Huit jours après, ce charlatan parut dans le même endroit, il montra sa-peau, et à peine pouvait-on reconnaitre l’endroit blessé. » L'auteur ajoute : « L’adhérence eut lieu malgré l’onguent. » Disons que ce sont ces deux faits qui ont porté Baronio à instituer ses expériences sur les moutons.
3° Fait assuré par Savrey : « Deux Suédois, pour se donner un souvenir durable, échangèrent un lambeau de peau de la partie interne de l’avant-bras. »
4° Enfin, le récit suivant :: «Je tiens, dit M. Boyer, d’un homme digne d'une confiance absolue, qu'une truie ayant reçu un coup qui lui fit une plaie considérable, un paysan s’avisa de tailler un morceau de lard, selon les dimensions de la plaie, de l’y placer et de l'y maintenir. Ce lambeau se réunit si bien que, peu de temps après, il se couvrit de poil, comme le reste du corps. » Inutile de dire que nous n'avons pas une confiance absolue dans ce récit.
quelques-unes, en fort petit nombre, mentionnent ur succès.
Et, pour guider nos pas et nous servir de modèle, il nous fallait un grand nombre de faits terminés heureusement.
Cette double considération nous porta à nous appuyer sur une autre série de faits de même ordre, mais observés sur d’autres parties du corps. Nous voulons nommer les cas de nez, de doigts et d'oreilles où la section intérésse la totalité de la partie.
Ces faits pour la plupart sont longuement racontés et les tentatives de recollement sont fréquemment suivies d’adhérence : adhérence qui s’opère dans toute cette catégorie de faits, sans aucun doute en vertu du mème mécanisme et sous l'influence des mêmes condi- Lions.
C'est grâce à ces faits que nous avons pu détsrminer une des conditions les plus importantes de l’adhérence. C’est à eux également que nous devons la confirmation d’une autre condition non moins réelle.
Nous sommes parvenu à réunir 74 observations sur les doigts, 35 sur les nez, 8 sur les oreilles.
La plupart de ces faits, nous les avons trouvés dans les journaux scientifiques. Nous en devons 9 à l’obliseance de MM. les D Laboulbène, Duplay, Dubrueil. Laborde, Bastien, Smeets de Liège, fmmisch de Heidelberz ; de MM. Petit et Cadiat (internes des hôpitaux).
Si ces faits ont pu, à une époque encore peu éloignée de nous, paraître en contradiction avec les données scientifiques, aujourd'hui ils sont entièrement confirmés par les découvertes modernes dues aux travaux de MM. Claude Bernard, Virchow, Bert.
En effet, avec une connaissance exacte de la nutrition intime des tissus avant leur séparation du tronc et de la cicatrisation d’une plaie par première intention, on s'explique aisément la persistance de la vitalité d'une partie isoléeet la possibilité qu'a cette dernièredereprendre sa place dans l’association organique à laquelle elle appartient, ou de se-créer un nouveau domicile sur un autre organisme.
Et pour expliquer les phénomènes de la nutrition d’une partie isolée, il suffit de se rappeler le mécanisme de cette fonction dans . même partie avant sa sépara-
tion.
[. Le tissu cellulaire est le siége des échanges moléculaires d'où résulte la vie intime de tous les tissus de l'organisme.
IL. Les lacunes interfibrillaires que l’histologie révèle dans ce lissu, forment, par leur ensemble, une sorte de réseau dans lequel les principes nutritifs du sang qui s'échappent des capillaires par voie osmotique sont en contact direct avec les éléments anatomiques.
HT. Les phénomènes qui ont pour siége ce tissu dérivent de l’activité propre des éléments figurés; activité qui résulte d’affinités particulières et spécifiques que possède la masse cellulaire pour les sues nutritifs.
IV. Toute assimilation de la part des cellules a lieu uniquement en vertu de propriétés physiques ou chimiques inconnues dans leur essence ; elle n’exige en aucune façon le concours d’une incitation partant d’un point central.