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Ces expériences, pour être réellement convaincantes, auraient exigé une immersion plus prolongée; ainsi que nous l'avons éprouvé heureusement pour un lambeau de peau de la partie interne de l'oreille d’un lapin, après un séjour de soixante-douze heures dans l'alcool dilué. Mais dans ces expériences, notre but était moins de rechercher la limite de vie d’un lambeau plongé dans un liquide que d'étudier l'action plus ou moins modificatrice de ce liquide sur ee lambeau, au point de vue de son adhérence par première intention. Par cette méthode, on peut classer les médicaments en utiles, nuisibles ou indifférents à une réunion immédiate. Mais aborder ce nouveau problème serait nous écarter de notre plan; nous passons donc immédiatement à l'étude de la question que nous ñous proposons de traiter en dernier lieu.
E. Analyse des moyens supposés propres à déterminer l'existence de la vie d'un lambeau.
Dans le travail qui précède, l’adhérence a été le seul moyen que nous ayons indiqué comme propre à découvrir la vie dans une partie séparée du corps, mais si ce moyen est une des ressources du physiologiste, en pratique chirurgicale c’est justement la question en litige.
Examinons s'ilest en notre pouvoir un critérium qui nous permette de juger si la partie est ou non vivante. L'examen macroscopique d’un tissu est impuissant à nous révéler son état. Même la rigidité qui, sous l’influence de causes diverses, survient plus ou moins vite, mais qui dans tous les cas apparaît seulement lorsque la contractilité du muscle a cessé, ne peut que nous induire en erreur.
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Cette rigidité est un signe qui caractérise bien plus le dernier phénomène de la vie que le premier phénomène de la mort.
L'examen microscopique est également incapable de nous faire reconnaître la vie ou la mort de la partie. Dans des parties mortes depuis bien des années, on trouve intacte la structure des lissus :
« Chez un enfant qui, par suite d’une grossesse extra-utérine, était resté trente ans dans leventre de sa mère, j'ai trouvé, dit Virchow (1), lastructure des musclus identiquement semblable à la structure des muscles d’un enfant qui vient de naître. Ozernak, dit le même auteur, a examiné des tissus provenant d’une momie, et quiétaient si parfaitement conservés, qu’on eût pu croire qu'ils venaient d’être enlevés à un corps vivant. »
Les résultats fournis par l’exploration de la contractiité musculaire ne sauraient non plus être regardés comme un indice certain dela disparition des propriétés vitales. On constate, en eflet, que ces propriétés peuvent être suspendues; et, partant de ce fait, on n’est pas en droit de conclure à leur mort lorsqu'on les trouve absentes, car, pendant un temps quelquefois très-long, il est possible, ainsi que le prouvent les expériences de Brown-Séquard, de replacer ces propriétés dans les conditions primilives, c'est-à-dire dans des conditions telles qu'on puisse leur rendre leur nutrition normale en les mettant au contact de l'oxygène.
Cette même considération peut s’appliquer à l’excitabilité nerveuse, ainsi qu'aux mouvements des cils vibratiles. On sait, en effet, que lorsque ces cils, après un certain temps de séparation du corps, sont tombés dans
(1) Pathologie cellulaire, p. 2#0.
un repos complet, il est facile de leur restituer leur motilité en faisant réagir sur leur contenu une solution de soude ou de potasse peu concentrée, de manière à ne point déterminer une action destructive. L'eau agit de la même manière lorsqu'on vient à l'ajouter à des solutions concentrées d'albumine, de sucre, de glycérine, qui ont eu pour effet de suspendre ce mouvement. Et si, au contraire, c'est par l’action plus ou moins prolongée de l’eau qu’on l’a arrêté, il suffit pour le faire renaître de charger le liquide de sucre, de glycérine, etc.
Ces différents moyens nous seraient assurément d’un puissant secours s’ils étaient applicables à tous les cas, mais il se présente de nombreuses circonstances où l'absence du muscle, du nerf et du cil vibratile ne permettent pas d'interroger leurs propriétés.
L'on ne peut alors s'appuyer en pratique, pour résoudre la question de la vitalité d’un tissu, que sur la connaissance exacte du temps écoulé, sur la notion de la température et sur le mode de conservation; seuls faits évidents qui constituent un véritable critérium. C’est là le motif pour lequel nous avons tant insisté sur ces différents points.