PURES
rémtégration organique de ce lambeau sur les tissus auxquels, quelques instants auparavant, il était adhérent.
Le résultat reste encore nul si l’on se contente de débarrasser la surface profonde du lambeau de son tissu cellulaire. Mais vient-on à le placer, ainsi préparé, sur une plaie également dépouillée de son tissu cellulaire ; alors la réussite est certaine.
En résumé : rapprochement de deux tissus lâches, résultat négatif; rapprochement d’un tissu compacte et d’un tissu lâche, encorerésultat négatif; rapprochement de deux tissus compactes, résultat positif.
Voilà ce que d’une manière constante nous avons observé dans toutes nos expériences. F
Ces conclusions semblent dominer la production de la greffe cutanée. Toutes les fois que nous avons des insuccès, nous nous trouvons dans l’une ou l’autre des deux premières hypothèses. Les insuccès de nos devanciers ne tiennent-ils pas aux mêmes causes? Nous sommes porté à le croire, en nous rappelant la fréquence, nous dirions même la constance de nos succès, quand nous sommes placé dans la troisième hypothèse.
Pour Ja clarté de l'exposition, nous avons adopté la division suivante :
4° Exposer comment nous avonsété conduitaux vues précédentes ;
20 Analyser les expériences que nous avons faites dans ce sens ; ;
3° Chercher un appui à nos idées dans les observations cliniques et expérimentales enregistrées dans les annales de la science; :
4° Expliquer l'influence de la densité des fissus.
I. Exposer comment nous avons été conduit aux vues précédentes.
En commençant ce travail, nous ne nous dissimulions pas les difficultés énormes qui surgiraient à chaque instant, surtout dans nos premières expériences. Précédé dans cette étude par des hommes du plus grand mérite, nous espérions toutefois trouver dans leurs ouvrages beaucoup de matériaux. Nous avons été déçu de nos espérances et surpris de la brièveté avec : ils avaient consigné leurs observations.
La plupart négligent complètement la relation des insuccès et passent rapidement sur les cas heureux, oubliant la description des phénomènes pour ne s’attacher qu’à certains points théoriques.
Au début de nos recherches, dans l'impossibilité de nous procurer le livre de Wiesmann, nous ne connaissions en fait d'observations complètes sur les greffes cutanées que celles de Baronio et de Gohier. Ce dernier mentionne ses insuccès avec autant de détails que Baronio décrivant ses heureuses expériences.
Les travaux antérieurs ne nous rendant que de faibles services, il nous fallait recommencer toutes les expériences sans aucun point de repère qui nous assurât la réussite, Nous trouvions des conseils, il est vrai, mais 1ls étaient insuffisants, puisque les auteurs qui les tracent n'obtenaient eux-mêmes que de rares succès. Et encore ces succès n'étaient pas dus aux causes invoquées par les expérimentateurs, puisque, à l’aide de ces causes, ils ne pouvaient les reproduire à volonté.
La tâche que nous avions entreprise était donc en
réalité plus longue et plus difficile qu’elle ne le semblait au premier abord.
Pour la remplir, il fallait procéder méthodiquement.
À. Mettre en relief les points qui n’offraient pas de doute, après une étude analytique et comparative des travaux de nos devanciers.
B. Reprendre l'étude des causes : telle cause favorable qui peut conduire à l’adhérence, souvent devient inefficace parce qu'elle se trouve en présence d’une force antagoniste.
C. Rechercher d’autres causes jusqu'ici inconnues, et que l'examen des diverses observations viendrait nous révéler. Remarquions-nous que les mêmes circonstances se reproduisaient invariablement dans tous les cas de succés, et au contraire faisaient défaut dans ceux terminés par suppuration ; ces circonstances, nous devions les étudier, les soumettre à l’expérimentation, et les élever au rang de causes, si elles le méritaient.
De cette façon, nous pouvions, dans le principe, n'être pas plus heureux que les auteurs cités, mais nous nous assurions dans l’avenir plus de chances de réussite.
A. Or nous tenions comme incontestables les points suivants:
a. La greffe est possible, ainsi que le témoignent les observations suivantes :
Sur les animaux,
De Baronro (6 succès de mouton sur mouton).
De Wiesmann (1 succès complet d’âne sur àne, 2 adhérences de mouton sur mouton, 4 adhérence de chèvre sur chèvre, 1 adhérence partielle de pigeon sur pigeon, À adhérences de poule sur poule).
De Digrrengacx (3 restitutions de lambeaux de peau sur lapin).
De LanrTiLHac (1 réussite de lapin sur lapin).
HD
De Berr (4 adhérence de rat sur rat, une autre de chat sur rat; enfin, de chat sur lapin.)
Sur l’homme,
De Drerrenracx(2 succès partiels d'homme sur homme, dans un but expérimental.)
De Vezrgau, de Dusroca, de MM. Outer, Berr, LABoRDE, LABour.- BèNE, Duerueïr, ete., ete. (sur les pulpes de doigts détachés et heureusement appliqués.)
De Durrocuer (confection d’un nez avec la peau de la f-sse.)
De Bün&er (formation du même organe avec la peau de la cuisse.)
Du Dr Le Forr (guérison d’un ectropion avec transport d’un lambeau isolé de la peau du bras.)
b. On n’a jusqu'ici réussi que sur certains animaux (homme, mouton, chèvre, âne, lapin, rat, oiseau), et l’on a échoué sur cheval, vache, chien. Mais rien n’assure que l’on ne puisse dans la suite arriver à un tout autre résultat sur ces derniers. Ce qui donne un certain crédit à cette réflexion, c'est qu'on n’a point observé d'animaux rebelles à la réunion par première intention, qui offre un mode de réunion analogue à celui de la grefte. :
c. Sur certains des animaux où l’adhérence se manifeste, le résultat est moins chanceux que sur d’autres. En effet, chez l’homme, les pulpes des doigts prennent presque constamment. En outre sur les moutons, 6 essais ont donné à Baronio 6 succès, tandis que de rares réussites {n'ont été obtenues sur les autres animaux qu'au prix de nombreuses expériences.
d. Le siége a aussi une influence énorme. Ainsi, chez l’homme lorsque Dieffenbach, après l’extirpation de tumeurs, plaçait sur les surfaces avivées, qu'il ne réunissait pas par première intention, des lambeaux de peau saine pris sur la tumeur ellemême, deux fois
seulement, malgré le nombre très-considérable de tentatives de ce genre, l’adhérence fut constatée, Au contraire un lambeau enlevé au doigt reprend avec une merveilleuse facilité.
e. On peut noter que certains expérimentateurs ont plus de succès. Entre leurs mains la greffe prenait, sur telle partie, sur tel animal qui avec d’autres se sont constamment montrés rebelles. C’est à Baronio, toujours heureux sur le mouton, que nous faisons allusion en ce moment. Eu face de lui, nous citerons Gohier, dont les insuccès sur le même animal font contraste à ce point d’avoir fait surgir le doute au sujet des expériences de l'italien.
Enfin, dans certains pays, les cas de réussite sont beaucoup plus fréquents que dans d’autres. Dans l'Inde, la méthode d'autoplastie sans pédicule paraît être, au dire des voyageurs, une méthode fréquemment employée. Eten Italie, les succès sont plus nombreux qu'en France et en Allemagne.
B. Comme nous l’avons déjà dit, nous devions reprendre l'étude des causes signalées comme utiles par les auteurs. Trois seulement nous parurent dignes d’attention, et nous voulûmes les contrôler, ce sont: l'immobilité, le contact immédiat, l'irritation du lambeau.
On a remarqué avec justesse que le grand nombre d’insuccès rencontrés dans les expériences sur les animaux est dû à leur indocilité et à l'impossibilité presque absolue de les maintenir immobiles. Pour vaincre leur résistance, nous les avons garrottés pendant plusieurs jours dans des gouttières, où tout mouvement était impossible. En outre pendant les quarante-huit premières heures qui suivaient l'opération, nous les gar-