‹ Durée De La Vitalité Des Tissus Et Des Conditions D'Adhérence Des Restitutions Et Transplantations CutanéesChapitre 18 sur 34 · SAN · texte numérisé non relu

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dions constamment sous l'influence de la morphine. Mais nous vîmes bientôt que toutes ces précautions étaient inutiles, les lambeaux tombaient en suppuration (voir exp. v).

Le second précepte de mettre en contact absolu les surfaces avivées fut soigneusement observé dans toutes nos expériences, mais nous en demandâmes la justification à l’exp. vr, où nous ne fîmes intervenir qué cette précaution, ayant surtout soin de mettre en contact les bords par de nombreuses sutures à points séparés. Mais le résultat fut encore mauvais. Et dans la suite de nos expériences, nous avons appris que, de toutes les adhérences, la plus difficile à obtenir est celle des bords; probablement à cause de la présence des poils. En outre nous avons vu qu'on pouvait obtenir des greffes sans pratiquer la mvuindre suture (exp. xxvin).

Le troisième précepte, c’est l'irritation, que nous avons produite de deux façons. Dans l'expérience vu, en faisant séjourner le lambeau pendant vingt minutes dans de l'alcool dilué dans 4 parties d’eau. Dans l’expérience VIII, nous avonseu recours à la méthode indienne, la fustisation de la partie qui doit fournir le lambeau. Cette fustigation avait pour but d'appeler dans cette partie une suractivité vitale qui mette les éléments anatomiques en état de fournir une prolifération plus abondante et plus rapide. Mais le résultat fut nul dans ces deux cas.

Parlons en passant d’une quatrième tentative que nous fimes sur un chien (exp. 1v) et sur un cochon d'Inde (exp. xxx). C’est en présence d’un lambeau desséché sans passer par la suppuration (exp. xxx), que

l'idée de cette expérience se révéla à notre esprit. Pour

soustraire la plaie et le lambeau à l’évaporation, nous les recouvrimes de baudruche et de plusieurs couches de collodion. Nos prévisions ne se réalisèrent pas quant à l'adhérence, mais nous constatämes que le lambeau du cochon d’Inde ne se dureit pas et passa directement par la suppuration. |

G. — Lorsque nous avons essayé de découvrir d’autres causes, ce n'est pas aux relations de greffes cutanées que nous nous sommes adressé ; les diverses observations pour nez, doigts et oreilles étant plus complètes et ayant rapport à des cas beaucoup plus fréquemment suivis de succès, ces observations, dis-je, devenaient, par là même, un terrain plus fécond pour ce genre d'étude. Un fait nous avait frappé et nous semblait d’une explication difficile, c’est notre échec constant dans nos expériences sur lambeau de chien, alors que les doigts et les nez reprennent, au dire des chirurgiens, dans la majorité des cas.

Nous fûmes dès lors conduit à cette idée que, pour assurer le succès de l’adhérence de nos lambeaux cutanés sur les chiens, il suffisait de les entourer des mêmes conditions qui avaient amené la réunion des nez et des doigts.

Un travail de comparaison s’établit donc dans notre esprit, et nous passâmes en revue toutes les causes qui, sur ces derniers faits, pouvaient avoir une influence plus ou moins marquée.

La théorie nous invita à examiner la masse soit du nez, soit du doigt coupé. Il semble rationnel qu’un volume plus grand et renfermant par là même un nombre d'éléments apatomiques plus considérable offre plus de résistance à la mort. D'un autre côté, une structure plus

M pa vasculaire dans les pointes du nez devait avoir une certaine part dans le succès. L'observation vint bientôt démentir cette façon de voir en nous montrant des lambeaux de ces parties qui, si peu épais qu'ils fussent, sadhéraient avec une égale facilité.

La surface sectionnée de la partie séquestrée méritait un sérieux examen à un double point de vue :

D'abord, c’est qu’elle présente une série de tissus différents (os ou cartilage, périoste, muscle, tissu cellulaire, peau) dans la majorité des cas. Mais, lors même que la coupe n’a intéressé qu’un de ces différents tissus, comme cela à lieu pour les pulpes de doigts, la réunicn s’opère néanmoins. Donc, se trouve écartée l'influence que peut avoir la variété d’espèces de tissus mis en présence.

Mais ce n’est pas tout : la texture est bien différente suivant qu'on la considère dans le nez et le doigt, ou dans des lambeaux cutanés sur chien. Dans les premiers, elle est toujours dense, quelle que soit la section que l’on imagine; elle était lâche, au contraire, dans les autres. Qui ne sait, en effet, qu'un chien se prend à pleine main par la peau et qu’un simple coup de eiseau détache un large morceau de ses faibles connexions celluleuses. D’autre part, combien’ est difficile le détachement de la peau sur un doigt, où il faut sé livrer à une véritable dissection !

Exclusion faite de toutes les causes précédentes, nous nous sommes arrêté à celle-ci; et, dès lors, c’est vers elle que nous avons dirigé le but de nos expériences.

Il. Analyser les expériences que nous avons instituées dans ce sens.

Dans le principe, nous avons agi, guidé moins par les considérations anatomiques sur la texture, que par l’explication théorique du rôle que nous faisions jouer aux nombreux éléments d'un tissu serré. Pensant que les matériaux nécessaires à la coaptation étaient en raison directe des éléments anatomiques irrités, dans une première tentative (exp. 1x), nous n'avons pas cherché à opérer sur des tissus à texture dense, et nous nous sommes contenté d'irriter, par de nombreuses scarifications, les deux surfaces avivées. Mais bientôt le résultat est venu nous apprendre qu'il fallait procéder d’une autre matière.

Dans une deuxième tentative (exp. x), nous nous sommes rapproché de l’idée mère, et nous avons cherché à faire l'opération dans une région où le tégument n'offre pas de mobilité.

La région postérieure de la cuisse nous a paru tout d’abord assez convenable, mais, sur le point de tailler le morceau, nous avons changé d’avis, et nous avons enfoncé le bistouri de manière à comprendre dans le lambeau une certaine épaisseur de la couche nusculaire. C'était bien le moyen d’avoir en présence des tissus denses; mais, par suite de la rétraction inégale des faisceaux musculaires, la surface était loin de présenter une plaie uniforme, propre à une réunion immédiate. En outre, dans cette région, le contact permanent était interrompu à chaque mouvement de l'animal. Le résultat fut nul.

Le même jour, sur le même animal, nous avons es- Georges Martin 5

M orne

sayé de détacher une greffe qui n'entamât que les trois quarts de l'épaisseur de la peau (exp. xt); mais, malgré les précautions prises, l'instrument a pénétré jusqu'au tissu cellulaire et a taillé un lambeau ayaut la forme d'un cône. Il y eut encore suppuration.

Dans les expériences suivantes (xx et xi1), voulant avoir une plus graude immobilité de la part:le l'animal, au lieu de le coucher sur le ventre dans la gouttère, nous l'y fixions les pattes en l’air. De toutes les régions qui se présentaient alors à nous, nous n’en avions pas une plus propre à l'opération que la partie thoracique médiane : là, nous avions une surface large, uniforme et présentant une plaie résistante sur laquelle on pouvait exercer une compression. Après avoir rasé celte partie, nous avons disséqué deux lambeaux mesurant chacun . 4 centimètres d'avant en arrière et 5 centimètrés de droite à gauche. (Dans nos diverses expériences, la plupart de nos lambeaux avaient cette dimension.) Le üssu cellulaire enlevé de part et d'autre, nous avons jugé que la surface de la brèche n’était pas encore convenable, Alors nous avons complètement avivé le muscle, Ensuite, nous avons entouré l'opération de toutes les conditions aljuvantes de réussite. Quarante-huit heures après, la suppuration était manifeste.

C'est à ce moment qu’il nous vint à l'esprit que la chaleur devait être une condition favorable à l’adhérence.

Dans les deux expériences qui ont suivi (xrv et xv), après avoir opéré exactement comme dans le cas précédent, nous avons entouré nos lambeaux d’une épaisse couche de ouate, dans le but d'établir une température élevée.

ET

Le lendemain, il y avait une adhérence, que nous constations par une couleur moins pâle, de la chaleur, et une résistance à une petite traction. Au bout de quarante-huit heures, l'adhérence était plus prononcée et constituait une véritable coaptation. Tels sont nos deuxième et troisième succès. L'expérience 1 relative à un canard a été le premier ; mais pour cette dernière nous ignorons la cause de notre réussite ; tandis que dans les deux autres nous ‘pensons la connaître, et nous l’attribuons à l'influence combinée de la section et du pansement à la ouate. Mais deux adhérences étant insuffisantes, nous avons procédé à de nouveaux essais.

Dans l’exp. xvi, il nous a été ifnpossible de parvenir jusqu'à la couche musculaire à cause de l'abondance du pannieule graisseux. L'insertion du lambeau a donc été faite sur ce tissu. Et, malgré le pansement ouaté, le résultat a été malheureux. Nous avons donc dans ce cas une contre-épreuve de deux expériences précédentes.

Les expériences xvir et xvirr ont été faites exactement dans les mêmes conditions que les expériences xiv et xv (insertion sur le muscle, ouate) et ont été suivies d'adhérence.

Depuis que nous avons fait intervenir l'influence de la chaleur par l'emploi de la ouate, ces quatre expériences sont venues nous montrer la possibilité de la réunion sur tissu musculaire, tandis qu’un essai tenté sur une couche de graisse nous apprenait que ce tissu n’est point apte à fouruir des matérianx adhésifs à la manière du muscle. Mais il uous fallait opérer (Loutes choses égales d’ailleurs) sur les autres variétés de üissu cellulaire, pour savoir la manière dont elles se compor-

teraient par rapport à la grefle.

Dans l'expérience x1x, le lambeau fut appliqué sur une couche de tissu cellulaire, et dans l’exp. xx le lambeau dépourvu du tissu cellulaire sous-cutané fut iuséré sur l’aponévrose du grand pectoral. Dans ces deux

cas il y eut suppuration. |

= Pour juger la différence réelle qui existe entre une de ces variétés de tissu cellulaire et le tissu musculaire, au point de vue de l’adhérence, nous avons fait le même jour, sur un même chien, les deux expériences suivantes : Dans l’expérience xx1, le lambeau a été suturé sur le tissu cellulaire qui recouvre l’aponévrose du grand pectoral droit, tandis que dans l’expérience xx, le lambeau a été déposé sur le pectoral gauche avivé. Quarante-huit heures après cette double opération, nous avons constaté une mortification à droite et une adhérence à gauche.

L'influence de la section musculaire par cette série d'expériences devenait donc manifeste. Nous voulûmes l’étudier dans une autre région. Sur un chien (expérience xxi1) Couché sur le ventre et attaché par les membres sur une table, au niveau de la région lombaire, un lambeau de peau de 3 centimètres de diamètre a été séparé, puis placé sur l’aponévrose dépourvue du üssu cellulaire sous-cutané. Quoique peu satisfait de notre mode d’opérer dans ce cas, nous avons constaté à la levée du premier pansement quelques adhérences partielles.

Jugeant celte nouvelle région peu favorable à nos expériences, nous revinmes à la région pectorale, La nous répétâmes à droite (xxvi), l'expérience précédente de façon à savoir si l'animal étant tranquille et le lleu plus propice, on pourrait avoir une adhérence

générale sur aponévrose. (Nous avions déjà fait sans succès celte tentative dans l'expérience xx). Cette opération effectuée, nous fîmes à gauche l’ablation d’un lambeau de peau (exp. xxvir que nous mîmes en place, aussitôt après avoir avivé le tissu musculaire du grand pectoral. Dans l’une et l’autre de ces tentatives, il y eut suppuration. Mais pour nous, l’insuccès doit être attribué principalement à l'impureté de l’eau employée. Ce qui donne du poids à cette supposition, c'est que les bords de la brèche, décollés lors de l'opération sur plusieurs centimètres de chaque côté, non-seulement n'étaient pas encore adhérents, mais présentaient le plus mauvais aspect.

Dans la xxv° expérience, l'insertion d’un lambeau fut faite directement sur le muscle grand droit de l’abdomen, sans l'emploi de suture. L’adhérence s’effectua, bien que le chien laissât écouler de l’urine sur cette sreffe, urine qui retenue par la ouate, se trouva en contact avec le plaie pendant plusieurs heures.

Les deux dernières expériences que nous allons citer maintenant, ont été faites encore sur des chiens, mais les lambeaux de peau provenaient dans un cas d’une amputation, et dans l’autre de l’amphithéâtre: ces deux expériences prouvent également l’influence de la texture.

Dans l’une (xxIx), le lambeau débarrassé de son tissu cellulaire, fut appliqué sur le muscle pectoral avivé, vingt-quatre heures après l’amputation: il y eut adhé- , rence. s

Dans l’autre (xxx) la peau dépourvue de ses couches sous-jacentes, fut placée sur le tissu cellulaire ; la mort remontait à cinq heures environ, il v eut suppuretion.

er

Ces expériences sans contredit montrent le rôle important des tissus denses dans les phénomènes de coaptation. :

Jamais nous n’avons pu obtenir la bide réunion momentanée en appliquant une couche cellulaire contre une couche cellulaire.

Résultat également négatif dans les cas où l’une seulement des deux couches avait été conservée.

Dans un cas où le lambeau bien nettoyé avait été placé'sur une aponévrose, quelques fibrilles constituent toute l’adhérence.

Enfin le résultat a toujours été heureux lorsque l'insertion a été effectuée sur le muscle,

Ainsi donc, nous ne saurions trop insister sur ce point qui nous paraît capital. Toutes les fois que nos expériences ont porté sur des tissus denses, les résultats ont été favorables, pourvu que deux autres éléments sur lesquels nous étudierons bientôt la chaleur, et la compression, viennent s’adjoindre comme causes de succès.

Et maintenant revenons à notre point de départ. C’est par la considération de la texture des surfaces des doigts et du nez, dans les cas de coaptation de ces parties, que nous avons été conduit à examiner si cette conditivn anatomique ne serait pas la cause de l’adhérence.

À l'heure actuelle, et fort de nos expériences, nous croyons pouvoir affirmer que, si les cas de restitution de ces parties réussissent toujours ou presque toujours, cela tient uniquement à la texture dense et serrée des tissus que présentent ces parties.

TS

IT. Chercher un appui à nos idées dans les observations expérimentales et cliniques de nos devanciers.

Il convient, après l'exposé que nous venons de faire, d'examiner si, dans les opérations anaplastiques suivies de succès, ainsi que dans les expériences heureuses des physiologistes qui nous ont précédé dans celte étude, nous pourrons trouver une confirmation de nos idées.

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