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Dans les premiers temps de ma pratique, je cherchais à remettre aussi rapidement que possible en rapport avec le reste du corps une partie qui venait d’en être séparée, parce que, partageant l’opinion commune, je croyais à une très-prompte extinction de la force vitale, j'avais été, par ce procédé, passablement heureux dans quelques cas, sans savoir précisément pourquoi ni comment. Plus ard, je fus amené par les circonstances à un procédé certain et à une opinion déterminée sur le mode de guérison dans des cas pareils et de la façon suivante. Dans une grave blessure de la face, un morceau complètement détaché et appartenantau nez, futtrouvé par une personne qui me le passa, seulement après une demi-heure; il était tout à fait froid, étiré, et ressemblait à la peau d’un cadavre. Après l’avoir bien nettoyé, je le mis exactement en rapport avec la plaie qui sécrétait de la lymphe et maintins à l’aide d’emplâtres agglutifs; je n'avais pas cependant le moindre espoir, comme je m’en exprimai ensuite aux assistants, d’avoir préparé ainsi la guérison; je ne fis point faire d’application d’eau chaude ou froide; bref, je n’y pris point autrement garde.
Le 2° jour, au soir, environ trente heures aprèsla blessure, j’examinai à la lumière aussi ces parties, et contre toute attente, je trouvai le petit morceau gonflé et turgescent. Alors seulement mon attention fut plus éveillée sur ce point, mais je n’employai aucun topique et ne traitai que l’état général du malade. Le 5° jour, j’enlevai l’'emplâtre adhésif et trouvai, à mon grand plaisir, le petit morceau adhérent. Par précaution, j’appliquai encore du sparadrap dont j’abandonnai complètement l’usage le huitième jour, la plaie étant guérie. .
Dans.un second cas sembiable au précédent, où à côté de la mutilation du nez, une plaie grave et difforme du visage réclamait avant tout les secours de l’art, le morceau détaché ne fut trouvé et mis en rapport avec le tronc que plus de trois quarts d'heure après l'accident, malgré l'absence de chaleur et de turgereence qui se manifestait par la vacuité et la béance des ouvertures des vaisseaux sur la surface de section; le résultat ne fut pas moins heureux que précédemment. Un troisième cas, dans lequel la portion abattue était resté séparée tout aussi longtemps et dans des circonstances semblables, me donna encore un résultat tout aussi bon que plus haut. Ces faits et plusieurs autres m'ont démontré que le morceau détaché ne perd pas ses propriétés vitales aussi vite qu’on le craint généralement; qu’il les conserve au contraire, peut-être pendant
plusieurs heures, et qu’un certain délai, comme le montrent les cas ci-dessus, favorise plutôt qu’il n’empèche la guérison. Chaque fois qu’une partie détachée était promptement retrouvée, la surface de section était recourbée et fortement resserrée, ce qui pouvait tenir en partie à l'instrument vulnérant, mais plus encore à l'influence de l'air.
Dans un cas où se présentait ce que j'appellerai volontiers un état de contraction, on ne pouvait apercevoir aucun orifice de vaisseaux, et, lorsqu'on voulait adapter la partie détachée, elle se trouvait toujours trop petite. Get état de contraction et la continuation de l’hémorrhagie chez des sujets d’ailleurs bien constitués me paraissent être les deux raisons principales des non-réussites, car, quelque peu considérable que soit l’hémorrhagie, quelque soin que l’on mette à maintenir la plaie du tronc tr's-nette au moyen d'éponges trempées dans l’eau froide, avec quelque rapidité que l’on mette les deux plaies en rapport, ilse répandra toujours entre elles du sang en petite ou en grande quantité; ce sang se coagulera, agira comme un corps interposé ou même comme un Corps étranger pour empêcher le passage de lymphe plastique d’une surface sur l’autre. D’autre part, l’état de contraction dans la partie séparée en empêche l’exacte adaptation, et la lymphe vivante coagulable ne peut passer aussi librement, et, pour ainsi dire, mécaniquement au début que dans des vaisseaux restés ouverts. Mais saisit-on ou attendon,comme je l’ai appris par le hasard et l'expérience, le moment favorable où l’hémorrhagie arrêtée, la lymphe coagulable commence à exsuder, alors si le reste du corps est dans un état normal et la plaie convenable, il ÿ aura la plupart du temps guérison (1)
Cas de réunion de la première phalange du médius. Lettre au D' William Balfour, d'Henry W. Bailly, Esq. Surgeon, Thetford, Norfolk.
En octobre dernier, je fus appelé chez un laboureur d’Auxton, village éloigné d'environ deux milles de Thetford; il avait été saisi par une machine à hacher la paille, et avait eu la première phalange complètement séparée au milieu de l'os. L'accident avait eu lieu une heure et demie avant ma visite. La jointure était intacte. Je nettoyai les parties, et les réappliquai avec soin, et je les maintins au moyen d'un appareil approprié. Quand je revis le malade, à
(1) Traduction que nous devons à l’obligeance de M. le Dr Niederkorn.
mon grand étonnement, la réunion s’était effectuée, les pulsations étaient parfaitement sensibles à l'extrémité du doigt, la coloration était normale. L’ongle tomba au bout de quinze jours; le malade se plaignait d’engourdissement du doigt. J’eus le plaisir de voir la réunion complètement achevée, environ cinq semaines après l’accident. La blessure guérit par première intention, et ne demanda que trois ou quatre pansements. Je revis le malade hier (14 mai), il ne souffre nullement : le doigt est aussi fort que les autres; l'os est parfaitement soudé; le malade ne peut toutefois le plier avec les autres doigts. L’ongle avait été froissé quelque temps avant l'accident et serait tombé quand mème. (Traduction que nous devons à l’obligeance du D' Hyÿbord.)
S V. — Observations inédites de nez, de doigts et d'oreilles entièrement sectionnés ; cas suivis de quérison.
Observation communiquée par le D' Immisch, d’'Heidelberg.
Dans le courant de l’été 1859, un étudiant hongrois reçut un coup de sabre qui lui coupa entièrement la partie non osseuse du nez et une partie de la lèvre supérieure, qui l’un et l’autre tombèrent à terre; nous arrêtions le sang par compression ou plutôt par des applications d’eau froide; inutile d’avoir recours àla iigature. Au bout de trente-six minutes, pendant lesquelles un ami du blessé avait tenu le bout du nez dans la main, j'appliquai la première suture dont seize étaient nécessaires. Il nous fallait, pour revenir en ville, une heure de voiture par un mauvais chemin de communication dans la forêt, où les cahots de la voiture occasionnèrent deux fois un écoulement sanguin qui chaque fois fut arrèté par compression avec une éponge trempée d’eau froide.
Arrivé à la maison, je fis appliquer immédiatement des compresses glacées qu'on changeait à chaque instant, et que je fis continuer d'appliquer durant quatre jours et cinq nuits. Cene fut à peu près que douze heures après, que nous vimes disparaitre la coloration blanchâtre,et revenir un peu de rongeur; après vingt-quatre heures on pouvait voir clairement que la vie y était revenue, car, lorsqu'on établissait une compression, la tache blanche cessait aussitôt la compression finie. Quarante-huit heures après l'accident, le bout du nez avait presque complètement repris sa coloration vermeille;
j'enlevai alors la moitié des sutures, et l’autre moitié le troisième et le quatrième jour. Les petites plaies qui se produisirent alors donnèrent issue à un sang sain et rouge. Lorsqu’à partir du troisième jour on supprimait pendant quelques instants les compresses froides, le bout du nez devenait turgescent et prenait une teinte plus foncée. Les compresses glacées furent continuées jusqu’à la fin du cinquième jour; le sixième jour on n’employait plus que les compresses à l’eau froide, dans laquelle on avait mis un peu de glace, qu’on finit par supprimer peu à peu; dans la nuit du sixième au septième jour on supprima complètement les compresses froides, le bout coupé était entièrement réuni par première intention. Le huitième jour notre malade alla se promener et partit le dixième jour après le duel.
Depuis ce temps, j'ai eu occasion d’observer plusieurs cas semblables, dans lesquels un bout de nez ayant été complètement séparé ou tenant encore par un petit lambeau d’épiderme sans communication organique, ou restant encore attaché par un point plus ou moins volumineux. Dans tous ces cas j’ai obtenu guérison par l’applicatiou de compresses froides, et variant leur durée selon chaque cas.
Observation communiquée par le D' Smeets, de Liége.
C'était pendant l’été de 1862, j'étais encore au collége ; un jour, en dinant, je voulus couper un fruit avec un couteau nouvellement aiguisé, Tout en coupant le fruit, j'enlevai en même temps, sur la face dorsale de mon annulaire gauche, un peu au-dessous de l’ongle, unepetite rondelle de chair de la grandeur d’une pièce de vingt centimes en argent. Je remis en place le morceau complètement détaché et je courus à l’infirmerie, où l’on me mit quelques bandelettes d’emplâtre de Bavière, sorte d’emplâtre agglutinatif très en usage chez nous.
La réunion eut lieu assez rapidement par première intention.
Observation communiquée par le D' Dubreuil, agrégé de Ja Faculté et chirurgien des hôpitaux,
Par un temps très-rigoureux, au mois de décembre 4870, M. X., d’une bonne constitution, et âgé d’une cinquantaine d’années, eut le pouce droit pris dans une porte; l’ongle fut arrachée, et la pulpe,
détachée dans l’étendue de la moitié inférieure de la phalangette, resta dans le gant du blessé. Le pharmacien chez lequel il se rendit immédiatement, prit cette portion de pulpe et la réappliqua après lavoir lavée avec de l’alcool. Il la fixa à l’aide de bandelettes de diachylon. L’arrachement des parties molles n’était pas arrivé jusqu’à l'os qui n’avait pas apparu dans la plaie.
Arrivé auprès du blessé quelques heures après l'accident, je constatai, que le pansement avait été très-habilement fait; je me contentai de le renouveler les jours suivants et peu à peu la sensibilité qui avait d’abord disparu au niveau du lambeau, ne tarda pas à revenir ; au bout de vingt jours M. X. était complètement guéri.
Observation communiquée par M. le Dr Duplay, agrégé de la Faculté, chirurgien des hôpitaux.
Monsieur, ainsi que je vous l’avais laissé craindre, malgré toutes mes recherches, je n’ai pu retrouver la moindre notesur le cas dont je vous ai parlé-et qui par conséquent n’existe chez moi qu’à l’état de souvenir. Il s’agissait d’un homme jeune encore, de 20 à 95 ans, dont l'extrémité d’un doigt, au niveau de la phalangette, avait été complètement tranchée. L’interne du service remit immédiatement les choses en place, et les maintint à l’aide de bandelettes de diachylon. Le bout du doigt, après s’être dépouillé de son épiderme, reprit complètement. Le fait se passait à Beaujon.
Observation communiquée par le D' Laboulbène, médecin des hôpitaux agrégé de la Faculté de médecine.
A l’âge de 8 ans, à l’époque des vendanges, dans le midi de la France, au mois de septembre, en coupant un raisin avec une serpette très-finement aiguisée, j'ai enlevé sur le pouce gauche un lambeau de tissu.
La place exacte du lambeau enlevé était située immédiatement au-dessus de l'articulation de la phalange du pouce gauche avec la phalangette et un peu en dedans de la ligne médiane. Le lambeau nettement tranché et arrondi avait environ un demi-centimètre de diamètre.
Ce lambeau, d’abord perdu et retrouvé quelque temps après, fut appliqué avec soin sur la plaie encore un peu saignante. Une demiheure environ après, le doigt fut recouvert de tabac à priser sur le point blessé (mode du pays, à la campagne). Unevieille parente banda avec soin le doigt, le maintint étendu au moyen d’un petit morceau
Georges Martin. 9
de bois placé en dessous, et quelques jours après la greffe était parfaitement reprise.
Aujourd’hui, plus de trente-cinq ans après l’opération, il ne reste qu’une cicatrice linéaire et bien appréciable sur mon pouce gauche. Les mouvements y sont parfaitement conservés sans que j'en aie jamais souffert; la sensibilité du petit lambeau est parfaitement semblable à celle des parties environnantes.
Observation communiquée par M. Petit, interne des hôpitaux.
Le 1°r septembre 1872, un des cuisiniers de l’'Hôtel-Dieu se présenta à la salle Sainte-Marthe pour faire panser son doigt médius gauché, dont il venait de s’abattre à l’instant l'extrémité en découpant de la viande. La section était complète, nette, et à peu près perpendiculaire à l’axe du doigt; elle intéressait l’ongle (qui était rogné court) à 2 millimètres de son bord libre, et rasaït l'extrémité inférieure de la phalangette, qu’on sentait comme une tête d’épingle au centre de la plaie. Légère hémorrhagie en nappe rapidement modérée par l’eau froide.
Je fis rechercher la portion séparée du doigt. Elle était pâle et encore saignante; il n'existait pas sur elle de débris de la phalangette. Je la Fe aussitôt en place, après l’avoir nettoyée et avoir débarrassé aussi complètement que possible la plaie centrale du sang qui continuait à en suinter; puis je la fixai avec d’étroites bandelettes de diachylon se croisant sur l'extrémité du doigt et formant, avec d’autres plaies circulairement, un doigtier solide. Une couche d’ouate assez épaisse maintenue par une bande compléta ie pansement.
Le 4 septembre, je lève le pansement. L’ouate et le diachylon sont légèrement souillés de sang desséché. Pas d'écoulement sanguin au moment où je les détache, Pas de différence de coloration evtre la partie recollée et les parties situées au-dessus. Le lambeau paraît avoir repris dans toute son étendue; l’épiderme qui le recouvre n’est pas mobile et ne semble pas décollé. La piqûre d’une épingle sur le lambeau n'est sentie que quand on appuie un peu fort (l’épiderme est très épaissi); il est très probable que c’est plutôt la douleur produite ainsi au niveau de la plaie qui est perçue que la piqüre elle-même (même pansement).
Le 7. L’épiderme est décollé sur les bords du lambeau, le bout de l’ongle l’est également. Après les avoir enlevés on trouve la peau sous-jacente d'un rose pâle et l’'adhérence complète partout. Trèspeu de suppuration (même pansement).
Le 10. L’épiderme du lambeau est complètement détaché; tout au bout du doigt existe un petit point de sphacèle du derme, peu épais du diamètre d’une lentille. Le reste de la plaie est rosé.
Commencement de liséré cicatriciel sous le bord libre de l’ongle (même pansement).
Le 921. [ ne reste plus à cicatriser que le point correspondant à la petiteeschare, laquelle est tombée il y a quelques jours. Le lambeau est complètement soudé sur toute sa circonférence par une cicatrice rosée linéaire. La petite plaie était un peu grisâtre ; je la touche avec la teinture d’iode et je remets pour la dernière fois des bandelettes de diachylon.
La cicatrisation était complète quelques jours après. Le doigt, examiné dans le courant de novembre, ne présente, comme traces de l'accident, qu’une légère ligne cicatricielle, et un petit aplatissement de son extrémité libre au niveau du point où il y a eu du sphacèle ; ce dernier endroit est encore un peu sensible; l’ongle a complètement repris sa forme normale (Ch. H. Perir).
S VI.— Observañons inédites de nez, de doigts et d’oreilles entièrement sechionnés. Insuccès.
Observation communiquée par le Dr Finmisch, d’'Heidelberg.
C’est en 1848, que j’observai le premier cas de ce genre dans une université du nord de l’Allemagne; un étudiant ayant un nez assez grand et charnu, reçut un coup de rapière dont la lame entra immédiatement sous l’os nasal, passa derrière les ailes du nez, et remonta au bout du septum, de manière que le nez, complètement coupé, tomba par terre. Un des étudiants présents ramassa le bout du nez et le garda dans la main. Après que l’écoulement du sang fut arrêté par compresses d’eau froide, ce qui demanda à peu près un quart d'heure, je lavais le bout souillé de sable et le replaçais en le maintenant par dix-huit sutures; comme me le prescrivaient les manuels de chirurgie de l’époque, je fis appliquer des compresses chaudes.
Un professeur de chirurgie appelé en consultation ordonna, au lieu de simple eau chaude, des compresses chaudes d’un décocté aromatique.Pour examiner le processus de guérison, je restai trentesix heures près du blessé; le bout coupé était d’abord blanc et froid comme de la cire. Après six ou huit heures le bout du nez commença à rougir un peu, dans les douze heures quisuivirent, le rouge devint
plus intense, et après douzeautres heures le nez devint rouge foncé et tuméfié, Dijà à la fin du deuxième jour le nez qui était turgide avait pris une coloration bleuâtre. Environ soixante heures après l'accident, j’enlevai quelques points de suture: des piqûres sortit un sang noir et corrompu; le troisième jour le nez était bleu noir, le cinquième l’épiderme qui avait formé une ampoule se détacha et le bout entier commenca à sentir mauvais, et se détacha peu à peu dans toute soa étendue par gangrène.
Pendant tout le cours de ce travail morbide, j'avais pu remarquer que le bout du nez ne s'était pas gangrené par défaut de matériaux nutritifs, mais qu’il avait été pour ainsi dire plutôt étouffé par l’afflux trop abondant de sang provoqué par l'appel continu de compresses chaudes, et qu’il était indiqué dans un pareil cas de modérer l’afflux sanguin à une quantité justement suffisante pour nourrir le bout coupé jusqu’à l’époque où les vaisseaux de nouvelle formation dans la cicatrice aient rétabli la circulation normale.
Autre observation du même.
Un étudiant à qui on avait coupé le tiers inférieur du nez, se dégoûta des compresses froides au bout de trois jours, croyant que le bout coupé qui avait une coloration normale était complètement réuni au tronc; il cessa done les applications froides et s’endormit profondément Au matin du quatrième jour je le trouvais endormi, le nez enfoncé dans l’oreiller chaud; la garde dormait aussi. Le nez gonflé était gorgé de sang bleuâtre. Les suites furent malheureuses malgré les moyens employés, et tout le morceau tomba en gangrène.
Autre observation du même.
Un étudiant eut la moitié supérieure de l'oreille coupée dans un duel: je réunis exactement la partie coupée au tronc, et j’appliquai d’abord des compresses froides et ensuite humides (compresses de Priessnitz\ pendant huit jours. Je suis persuadé que si le bout de l'oreille a conservé sa couleur normale pendant huit jours, cela est dû à un petit écoulement de sang qui se faisant continuellement de ect endroit le long d’un fil à ligature que j’entretenais à dessein par la chaleur humide.
Le résultat final fut mauvais, parce qu'un ami, étudiant en médecine, se permit d’arrèter cet écoulement salutaire par de l’amadou. Le lendemain matin, je trouvai le bout fortement enflé, gorgé de sang noirâtre. Je fis des scarifications qui donnèrent issue un sang noir et corrompu, la partie coupée tomba en gangrène
Observation com muniquée par M. Cadiat, interne des hôpitaux.
Le sieur X.. entre à l'hôpital Saint-Antoine dans le mois de juin 1872 à une heure de l’après-midi, le doigt indicateur coupé complètement par une scie circulaire, au niveau de la tète de la première phalange.
M Faure, qui était de garde, eut l’idée de tenter le recollement, et envoya chercher immédiatement le doigt resté à l'atelier; on en nettoya les surfaces de section et après avoir réuni par des sutures métalliques, le bout coupé au tronc, on appliqua une série de cataplasmes chauds.
Le lendemain, vingt-quatre heures environ après l'accident, on posa une sangsue sur l’extrémité du doigt, celle-ci se remplit de sang de même qu’une seconde et une troisième. La circulation paraissait s'être rétablie dans le doigt. Il était chaud et vivant. C’est alors qu’on changea le pansement : les cataplasmes chauds pour des compresses froides de vin aromatique, Dès le lendemain on vit un changement très-accusé; le doigt était froid et prenait une teinte livide. Un jour après, il n’y eut plus de doute la vie était éteinte complètement; il fallut ôter les sutures et enlever le doigt.
Observation communiquée par le Dr Bastien.
Constant Cheni, 20 ans, garçon fruitier.
Le 31 novembre, en fendant du bois, s'est coupé en travers l'index de la main gauche à la réunion du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs de la deuxième phalange.
Le pansement a été fait environ deux heures après l'accident. Après avoir lavé avec soin le bout coupé avec de l’eau chaude pour le débarrasser de la poussière qui le recouvrait, la coaptation a été faite le plus exactement possible, et la réunion a été maintenue au moyen de feuilles de ouate extrêmement minces qui ont été superposées les unes sur les autres comme des bandelettes de diachylon.
Le doigt a été ensuite placé sur une mince et petite attelle courbe, et enveloppé, ainsi que la main, dans une nouvelle couche de ouate assez épaisse.
Quarante-huit heures après l'application de l’appareil, le coton et la petite attelle ont été enlevés ovec soin. La partie coupée tenait parfaitement, elle était chaude; la peau était noirâtre à la surface dorsale et l’épiderme soulevé dans plusieurs points; la peau à la partie inférieure avait en partie conservé sa couleur, j'appliquai de nouveau Ja ouate et la petite attelle. Deux jours »près, (quatre jours
après l’accident), l'appareil a été défait entièrement. Le bout coupé semblait tenir solidement, il était noir et avait néanmoins conservé sa chaleur. L’épiderme était entièrement décollé même à la région inférieure. Bien que tout semblât indiquer un sphacèle plus ou moins complet, cependant il n’y avait pas la moindre odeur et le doigt avait conservé sa chaleur, à la région dorsale l’adhésion du derme ne s'était pas bien faite, mais elle avait à la surface inférieure.
Pour cause de ces phénomènes de décollement de l’épiderme et de manque d’adhésion du derme, je me suis décidé à arracher le bout coupé; jai été surpris de trouver une résistance très-grande, une adhérence très-solide s'était produite sur toute la surface de section, excepté à la partie dorsale du derme, les os eux-mêmes semblaient réunis. Cette adhésion était produite par un tissu mou et rougeâtre qui ne m’a pas paru être de la fibrine coagulée, mais une première étape de la cicatrisation des plaies.
L'arrachement a été très-douloureux et a été suivi d’un écoulement de sang noir venant surtout d’un tissu mou de nouvelle formation.
Cette tentative, bien qu'ayant duré quatre jours, n’a modifié en rien la marche de la cicatrisation qui a été régulière.
Observation du même.
Me Gauthier, bouchère, 70 ans.
Le 3 décembre, en découpant sa viande, elle s’est coupée obliquement (en bee de flûte), la première phalange de l’index droit. La section commence quelques millimètres au-dessous de l'articulation (côté externe), de la deuxième phalange avec la troisième, et aboutit au bord interne de l’ongle. Dans Les deux tiers environ de la phalange du doigt et une partie de l'os (tiers inférieur environ), la section était nette et coupée à l’emporte-pièce.
La malade était venue à ma consultation sans le bout coupé, je l'ai envoyée le chercher, et ce n’est que deux heures environ après l'accident que j'ai pu faire le pansement. La coaptation des surfaces de section s’est faite facilement et très-exactement; des eouches minces de ouate très-fine ont été appliquées comme moyen de suture.
Une petite attelle de bois très-mince et une couche de ouate trèsépaisse ont ensuite été appliquées sur le doigt et sur la main, et le membre assujetti dans l’immobilité absolue.
L'appareil a été levé trois jours après, le bout coupé était chaud; il y avait adhésion sur toute la surface de section, moins sur une