OBSERVATION DE M. LE D' LE FORT
Observation de guérison d’un ectropion par la transplantation d'un lambeau cutané. Opération faite par M. le Dr Le Fort, agrégé de la Faculté, chirurgien des hôpitaux.
Le nommé Lambert (Pierre), homme de peine, àgé de 63 ans, entre à l'hôpital Lariboisière le 27 février 1872, pour se faire traiter d’un ectropion existant aux deux paupières inférieures.
L’ectropion n’est pas très-considérable, car il est spontané et le résultat d’une kérato-conjonctive ancienne. Cependant les deux paupières inférieures ont subi un renversement presque complet, et
toute leur face conjonctivale est tournée vers l'extérieur. Le 11 mars l'œil droit est opéré de la façon suivante : une incision transversale est faite à la peau au niveau du pli qui longe le bord adhérent de la paupière. Cela fait, après avoir tiré en haut la paupière et s’être assuré qu’elle peut être remontée, un fil d'argent enfilé d’une aiguille à chacune de ses extrémités est passé de dedans en dehors, c’est-à-dire de la face conjonctivale à la face cutanée de la paupière, d’arrière en avant à travers la paupière et au niveau des deux extrémités de l’incision, de manière que l’anse du fil vienne se coucher transversalement au fond du cul-de-sac conjonctival, tandis que les bords des fils libres du côté de la joue sont ramenés en haut et fixés sur le front. Il résulte de cette manœuvre un léger rerversement en dedans de la paupière.
45 mars. On enlève le fil, la paupière reprend sa position normale; l’ectropion a disparu.
3 avril. M. Lefort opère l’œil gauche, l’ectropion étant plus marqué qu’à droite, il emploie une autre méthode. Après avoir avivé le bord libre des deux paupières, il les réunit par trois points de suture métallique. Puis il fait au niveau du bord adhérent de la paupière inférieure une incision transversale mesurant toute la largeur de la paupière. Sur les extrémités de cette incision, on en fait deux autres verticales et l’on dissèque un peu la peau de manière à lui permettre, en remontant avec la paupière, de laisser à nu une surface cruentée, ayant un peu plus de 4 centimètre à sa partie moyenne et de A cent. 1/2 environ dans sa longueur. Un lambeau, suffisamment large pour qu’il puisse, après rétraction, recouvrir la surface cruentée, est taillé sur la face externe du bras gauche. M. Lefort prend soin de comprendre dans ce lambeau toute l’épaisseur de la peau, mais sans y comprendre le tissu cellulo-graisseux qui double sa face profonc'e. Ce lambeau, détaché complètement, est appliqué sur la perte de substance; on le taille avec des ciseaux jusqu’à ce qu'il ait la forme et les dimensions voulues; puis on l’applique définitivement et on le maintient en place en le recouvrant d’une lamelle de baudruche, dont on badigeonne la face externe avec du collodion appliqué aussi sur la peau voisine, et l’on exerce une légère, mais sérieuse compression avec un tampon de charpie, serré au moyen d’une bande de flanelle faisant plusieurs fois le tour de la tête.
Le 5. On découvrit la paupière; un des angles du lambeau, à sa partie externe, présente un petit point de sphacèle dont la dimen-
sion n’excède pas la grosseur d’une tête d’épingle ; le reste parait adhérent.
Le 8. On enlève tout pansement, le lambeau est parfaitement vivace, un peu plus pâle cependant que la peau voisine; l’épiderme s’exfolie. à
6 mai. On enlève la suture des paupières. Le malade fut présenté à cette époque à l’Académie de médecine, l’ectropion ne s'était pas reproduit et le petit lambeau ne se distinguait du reste de la peau voisine que par une coloration un peu plus pâle.
Le malade resta en observation à l'hôpital Lariboisière.
1% juin. Il se plaint de douleurs dans les membres.
Le 3.11 a dela fièvre, un peu de subdélirium, la langue se sèche ; bientôt les symptômes s’aggravent, et, sans que rien se soit montré ni du côté des poumons, ni du côté de l’abdomen, l’adynamie fait des progrès et le malade succombe le 46 juin.
L’examen de la pièce anatomique ne montre aucune modification dans l’état du lambeau qui, tout en étant un peu plus pâle que la peau voisine, ne put être distingué qu'avec une grande attention.
S IV. — Observations traduites de l'allemand et de l'anglais.
Annales de médecine de Heidelberg. 2° volume, 1re livraison. Heidelberg, 1836.
Observation relative à une portion de nez coupée et demeurée complètement séparée du corps pendant vingt-cinq minutes, par M. Hoffacker.
Le 14 juillet 1831, avant midi, un morceau, long de 5 quarts de pouce et large de 41 lignes, fut tranché du nez de M. N... Ce morceau était constitué par une partie de l'aile droite, une partie de la cloison médiane, et une partie plus considérable de Paile gauche. L’aile droite, unie avec la partie antérieure de la cloison moyenne, n’était retenue que par un pont large de 1 ligne 1/2 à deux lignes, et permettait de voir une ouverture d’un 172 pouce de long et d’environ 4 lignes de large. L’aile gauche était complètement séparée de la cloison médiane et laissait béante une ouverture beaucoup plus grande qui se déformait considérablement pendant les mouvements d'inspiration et d'expiration.
Après la blessure, trois vaisseaux artériels lancèrent le sang à
une hauteur de quelques pieds; un des témoins ramassa la portion de nez qui, tombée aux pieds du blessé, touchait le sol par sa surface cutanée etme la confia ; je la plaçai dans un lieu sûr et propre, la surface cruente regardant par en haut. Alors je cherchai à arrèter l’hémorrhagie par des aspersions d’eau froide, ce qui réussit en premier lieu pour le vaisseau qui donnait du sang sur le milieu de la cloison médiane, ensuite pour celui qui était situé en haut et à gauche; mais celui qui était situé à la pointe du nez, un peu sur le côté gauche de la cloison médiane, continuait à donner du sang, et la perte était telle que le patient, malgré sa vigoureuse constitution, était près de tomber en syncope; je dus alors,contremon gré, instruit par l’expérience, recourir à la ligature artérielle. Les assistants m'importunaient aussi pour que je tentasse la réunion du morceau enlevé, quoiqu'il fût séparé du corps depuis près d’une demi-heure et qu'il eùt perdu toute vie et toute chaleur. Je dus prêter l’oreille à ce double appel. J’examinai soigneusement la forme du morceau, je m'’assurai de sa propreté, j'essuyai doucement la plaie du nez et ÿ appliquai le morceau après avoir tiré vers la narine gauche le fil à ligature. Je plaçai alors la première suture sur la pointe et dans le milieu de la cloison médiane, ensuite en haut et à gauche, où la portion détachée, très-mince, se terminait en pointe. Le fil, passé dans deux aiguilles, fut mené à travers toute l'épaisseur des parois, sans même en excepter les cartilages, ce que l’on n'a point habitude de fuire pour les blessures ordinaires du nez. En tout on fit, avec la plus grande précision, treize sutures.
Après avoir été nettoyée du sang qu’avaient amené les piqüres de l’aiguille àsuture, la partie sectionnée ressemblait à la peau d’un cadavre, ce qui effraya beaucoup les assistants. On appliqua encore par-dessus un emplâtre adhésif, et l’on donna au blessé quelque temps de repos, jusqu’à ce qu’on le transportàt non loin de là. On fit l'obscurité dans sa chambre, on recommanda le plus grand silence, et on donna à la tête. une position un peu élevée. Comme régime, on permit une soupe claire à la crème et aux oignons, des fruits, des boissons fraiches. A l'intérieur, on prescrivit de prendre chaque heure dans de l'eau une cuillerée à thé d’une poudre composée de nitre, de crème de tartre et d’oléo-sucre et de citron.
A l’intérieur, à cause du retour possible de l’hémorrhagie, on ne fit point les applica‘ions habituelles de liquides spiritueux, on n’appliqua pas non plus de compresses froides qui eussent retardé la sécrétion si importante pour la réunion de la lymphe plastique.
Le soir, entre 6 et 7 heures, je trouvai le blessé très-calme. La température de la pointe du nez avait la mème chaleur que le reste du visage, ce qui ne permettait pas encore de conclure à une tendance vers la guérison, car la propagation de la chaleur suivait là les mêmes lois que pour les autres corps.
J’examinai alors à l’aide d’une lumière à cause de l’obscurité de la pièce, et je vis entre les petites fentes de l’emplätre adhésif que le morceau était devenu un peu plus volumineux et d’une couleur rouge-bleu, ce que j’ai toujours remarqué dans des cas analogues comme un phénomène favorable relativement au pronostic.
Le 15. Le malade avait passé une bonne nuit, il se trouvait gai, d’une bonne humeur. Il ignorait qu’un morceau de nez avait été complètement séparé du corps et croyait qu’il s'agissait simplement d'une plaie à lambeau qui devait nécessairement guérir. — Continuation du régime, etce., comme précédemment.
À cinq heures après midi, sauf une selle qui s’était produite, rien n’était changé. J’enlevai avec précaution l'emplètre adhésif, je nettoyai avec du vinaigre tiède tout le contour de ses exsndats, et je trouvai, à mon grand plaisir, le morceau bien adhérent, rouge-brun et d’une bonne chaleur. J’examinai les points de suture et incisai l’un après l’autre ceux qui, à cause de la turgescence consécutive, étaient trop empoisonnés ; puis je fis lotionner le nez de demiheure en demi-heure avec du vinaigre tiède, jusqu’à ce qu’on eût apporté de la pharmacie le vinaigre aromatique que j'avais demandé. Le soir, à neuf heures, je trouvai le blessé légèrement agité, sur les bords de la blessure, peu de sécrétion, par le nez un peu plus. — Sauf une légère augmentation de la soif et une selle nouvelle, rien de particulier à noter. — On employait toutes les heures le vinaigre aromatique.
Le 16. Avant minuit, il y a eu agitation, mais après minuit, sommeil complet. À la pointe du nez, tout à fait au-dessus de l’artère liée, il s'était formée une bulle contenant un liquide rouge-brun, et à l’extrémité mince située vers Le haut et à gauche, une portion du lambeau semblait marcher vers la mortification. La bulle fut ouverte avec la lancette, la petite portion susdite fut touchée avec le vinaigre aromatique, puis on y fit avec la lancette plusieurs mouchetures très-légères qui donnèrent aussitôt issue à du sang rouge clair. Même régime et même remède que précédemment. Le soir, je trouvai l’état général du malade et son état local en bonne voie. La bulle ne s'était pas reformée, son emplacement était, au con-
traire, d’un rouge vif, mais l’extrémité située en haut à gauche, que nous avons décrite, semblait marcher de plus en plus vers la mortification. On PRACT le salpètre et le tartre parce que des selles nombreuses s’étaient produites.
Le 17. Sommeil et état général comme en pleine santé. IL s'était formé un peu de pus à la portion supérieure du lambeau sé terminant en pointe à gauche, et à l’endroit où le fil à ligature avait traversé à gauche l’aile du nez et la cloison médiane. En attendant, on continua le vinaigre aromatique, mais le soir, on couvrit les ne endroits mentionnés avec un mélange de baume d’Arceus et de baume du Pérou.
Le 21. Aujourd’hui, la ligature tirée avec précaution s’est détachée, ia pointe mince, large de 2 lignes, s’est détachée en même temps et permit de voir sous elle une base granulée. À partir de ce moment, on accorda au malade un régime de plus en plus fortifiant, et on lui permit de sortir du lit.
Le 28. L'endroit signalé en haut et à gauche est complètement guéri; par contre, l’emplacement du nœud de la ligature entre l’aile gauche du nez et la cloison médiane continue à suppurer un peu. En même temps, il s’est fait une cicatrisation de deux lignes de long sur les bords extérieurs de la plaie.
Le 2 août. La suppuration s’arrète, je cherche, après avoir scarifié au moyen d’une lancette, les bords maintenus ensuite à l’aide du sparadrap, à amener la réûnion.
Le 5. Le pansement fut enlevé, et je trouvai les parties SOUS: le 7, à un nouvel examen, elles étaient de nouveau séparées par le pus, sans doute à cause d’un état d’irritation encore trop grande. Je laissai, à partir de ce moment, le blessé àlui-mème, jusqu’à ce que l’irritation inflammatoire fût disparue. :
Le 20. Après examen, je ne remarquai plus dans les parties blessées aucune susceptibilité spéciale ; l'organe de l’odorat n'avait aucun coryza, mème au plus petit degré ; le temps très-sec me parais-
sant particulièrement favorable à une opération. Toutes ces circonstances réunies me déterminèrent, je rafraichis avec des ciseaux bien tranchants les deux lèvres (ou plutôt j’enlevai une trèslégère surface de chacune) et je les réunis à l’aide a’une suture et de sparadrap.
Le 22. Après avoir enlevé le pansement, je trouvai la fente presque réunie et je pus laisser le patient comme complètement guéri,
Un mot sur la conduite à tenir en de pareilles occurrences,