CHAPITRE. PREMIER
Si jamais une pratique chirurgicale a été dominée pendant des siècles par les idées philosophiques, c’est bien celle qui a pour objet la réunion à un corps vivant de parties entièrement séparées. Dans la conviction que ces dernières étaient vouées à une mort certaine, aussitôt que le traumatisme venait de faire cesser sur elles la puissance de la force vitale unique qui tenait sous sa dépendance toutes les molécules de l'organisme, on n’essayait pas de restituer à une région un organe totalement isolé ou de le remplacer par un emprunt immédiat et total. Mais, dès que les théories préconçues eurent cédé la place aux déductions tirées de l'observa- - tion, on reconnut que les tissus détachés du reste du corps n'étaient pas immédiatement privés de toute influence vitale et qu’il était possible pendant un certain laps de temps de tenter leur réunion. .
Dès lors la première question qui se présente à l’esprit lorsque, sur un être vivant, on se propose d’appliquer une partie qui a appartenu à cet être ou qui provient d’un autre organisme, c’est de savoir pendant combien de lemps cette partie conserve sa vitalité, et par suile la faculté de contracter adhérence.
On ne peut résoudre le problème par la seule considération de l’état physique de cette partie. Agissant de la sorte, on est toujours porté à regarder ce tronçon comme incapable d’être le siége du moindre phénomène vital.
À peine quelques minutes se sont-elles écoulées depuis le moment de la séparation, que la partie se refroidit, prend une teinte blanchâtre semblable à la cire, et, en un mot paraît présenter tous les attributs d’un tissu mort. Cependant, malgré celte apparence, ainsi que l’expérience l'a démontré, la vie réside aans ce tissu et y persistera même encore pendant bien des heures.
Alors, on a eu l’idée de chercher des preuves de vie dans certaines propriétés physiologiques, propriétés constatées dans la partie après la mort générale, comme la rougeur et la congestion des membranes muqueuses, l’exhalaison des séreuses, les mouvements vermiculaires des intestins, les contractions du cœur, la persistance de la vie d’un fœtus quelques heures après la mort de la mère, et surtout la croissance des poils. Mais les différentes notions puisées dans l'observation de ces faits n'étaient pas des raisons suffisantes, de nature à éclaircir entièrement la question.
Le seul moyen qui eût pu faire juger de la persistance de la vie aurait été la détermination de la persistance de la contractilité musculaire mise en jeu par les courants électriques. Or, des observations nous prouvent qu'on les mit en usage, mais au lieu d'employer une électricité nodérée, on faisait agir des courants qui par leur intensité, aussitôt après les premières explorations, détruisaient la propriété contractile.
Enfin, on n’arriva à déterminer d’une manière positive la longévité d’un tissu et par conséquent le temps pendant lequel l’adhérence est possible, que le jour où l'on songea à étudier directement la question, en plaçant les tissus dans des conditions où l’adhérence pouvait se manifester. Et les conclusions auxquelles
l'on parvint ne sont pas de celles qu’on peut supposer avant expérimentation; ce n’est plus, en effet, par minutes qu’il faut compter la durée de la vie dans un tissu séparé, mais par heures, et plus souvent par jours. ‘étude de cette question doit être faite avec méthode;
voici le plan que nous nous proposons de suivre :
A. Faire connaître les résultats obtenus par les divers expérimentateurs ;
B. Leurs manières d'opérer;