C. L'exposition des faits
D. Les conditions de la persistance de la vie ;
E. L'analyse des moyens que l’on suppose propres à déterminer son existence dans un tissu que l’on se propose de greffer.
A. Résultats obtenus par les divers expérimentateurs.
M. Ollier a fait reprendre sur des lapins une série de lambeaux de périoste de lapins morts depuis des temps variables. La limite extrême signalée par ce chirurgien est de vingt-cinq heures. Nous ne pouvons pas dire au juste le nombre d'expériences faites dans cette dernière condition, mais nous en trouvons quatre publiées dans son ‘Traité de la régénération des os. (T. I", page 417.) Deux lambeaux de périoste d’un animal mort depuis vingt-cinq heures conservés à une température de 1°; deux autres de même nature, conservés à une tempéra-
ure variant entre + 5° et + 10°, ont contracté adhérence sur un autre lapin.
M. Bert (1) a greffé une queue de rat séparée depuis cinq heures et conservée dans un tube bouché pen-
(1) Vitalité des tissus, 1866.
dant trois heures et demie, et maintenue à la températnre de + 30° ;
Une queue de rat conservée dans un tube bouché pendant sept heures el demie, et maintenue à la température de + 32° ;
Üne queue de rat conservée dans un tube bouché pendant dix-sept heures à une température de + 20° à + 22°;
Deux queues de rat séparées, l’une depuis vingtdeux heures, l’autre depuis vingt-six heures, et conservées à l’air libre à la température de + 12° ;
Quatre queues de rat renfermées dans un tube, renversé sur l’eau, et conservées pendant quarante-huit heures à la température de + 11°;
Une queue de rat, renfermée dans un tube bouché, et conservée pendant soixante-douze heures à la température de + 7° à + 8”;
Une queue de rat, renfermée Jans un tube bien bouché et qu'elle remplissait presque complètement, et conservée pendant cent soixante-quatre heures à la température de + 42°.
Ce même expérimentateur a constaté des résultats négatifs dans les cas suivänts : |
Une queue de rat, conservée dans un tube bouché depuis quarante-sept heures, à la température de + 25° à + 30°;
Une queue de rat conservée dans une petit tube, bien bouché depuis douze jours, à la température de + 12°.
Les limites de vitalité auxquelles nous sommes parvenu en expérimentant sur des lambeaux de peau hu-
maine, sont les suivantes :
Georges Martin. h)
Cent huit heures à l'air libre et à l’air confiné, à une température voisine de zéro ;
Quatre-vingt-quatre heures à l'air libre et quatrevingt-seize heures à l'air confiné, à une température de + 6°;
Soixante-douze heures à l’air libre et quatre vingtquatre heures à l'air confiné, à une température de = vd È
Soixante heures à l’air libre et soixante-douze heures à l'air confiné, à une température de + 15°;
Trente-six heures à l’air libre el à l’air confiné, à une température de + 20°;
Six heures à l’air libre et douze heures à l’air confiné, à la température de + 28°.
B. Marière d'opérer.
M. Oilier à constaté ces résultats en insérant des lambeaux de périoste dans le tissu cellulaire sous-eutané ou intra-musculaire : M. Bert, en transplantant des queues de rat dans le tissu cellulaire sous-cutané d’un animal de même espèce.
Nous plaçant au point de vue chirurgical, nous avons expérimenté dans le but de savoir si la longévité constatée pour le périoste et les aulres tissus est également une propriété de la peau humaine et en général des téguments des animaux auxquels on peut emprunter des lambeaux anaplastiques. En outre, comme les expériences de MM. Bert et Ollier ne prouvaient qu'une seule chose, le succès dans les conditions où ils avaient opéré, sans nous indiquer d’une manière certaine la
limite de la vitalité, nous avons cherché à préciser ce dernier point.
Avant de donner le résumé de nos expériences, nous allons décrire, en quelques mots, notre manière de procéder. Tout d’abord, nous commençons par débarrasser la plaie bourgeonnante, devant recevoir la greffe, de la couche de pus qui, dans la majorité des cas, la recouvre, ce que l’on fait au moyen d’une compresse longuette tenue par ses extrémités, et la partie médiane appliquée sur la plaie. On a soin d’exercer une press'on légère et uniforme, incapable de faire saigner les bourgeons. Si, en opérant ainsi, nous nous écartons du précepte donné par nos maîtres, de ne jamais toucher à la surface d’une plaie, c’est que nous croyons utile de mettre la greffe en contact direct avec la surface des bourgeons, surtout quand on fait des greffes de plusieurs centimètres de diamètre. Puis, on dispose de cette manière le lambeau sur la plaie avec une épingle légèrement recourbée à sa pointe, on fait sortir les angles ou les bords retournés sur eux-mêmes. Comme moyen contentif, nous nous servons de bandelettes de diachylon dont la partie médiane est appliquée directement sur la parcelle transplantée; de la sorte, on est moins exposé à déplacer cette dernière de l'endroit choisi, et il est aisé d'exercer une légère compression. Après avoir appliqué un bandage compressif partant de l'extrémité du membre, afin d'éviter tout étranglement de la part des bandelettes, nous entourons le tout d’une couche de ouate, dans le but de maintenir la plaie et le tissu enté sous l’influence d’une température constante et élevée, et nous plaçons le membre dans un appareil hyponarthécique.
Nous avons opéré, ainsi qu'on vient de le voir, sur des plaies bourgeonnantes. Nous pensons que les résultats seraient absolument identiques sur des tissus cruentés : la surface d’une plaie n’était ici qu'un milieu propre à nous révéler l’état de vie ou de mort du lambeau. |
Du reste, dans une étude où l’on ne se propose de découvrir l'éfre d'un tissu que par ses manières d’être, on peut s’écarter du précepte de physiologie qui, dans toute constatation de phénomènes, enjoint de prendre . considération le lieu de sa manifestation ; peu 1importe, en effet, la nature du tissu qui reçoit le lambeau, pourvu qu'on ait acquis la conviction, par des insertions antérieures ou mieux concomitantes, que ce tissu est apte à recevoir des greffes.