LE TEMPS DÉROULÉ
pour cela accessible à la mesure'. iMais le changemcnt n'existerait que pour cette conscience capaJjIe de comparer l'ôcoulcment des choses à celui de la vie intérieure. Au regard de la science il n'y aurait rien de changé. Allons plus loin. La rapidité de déroulement de ce Temps extérieur et mathématique pourrait devenir infinie, tous les états passés, présents et à venir de l'univers pourraient se trouver donnés d'un seul coup, à la place du déroulement il pourrait n'y avoir que du déroulé : le mouvement représentatif du Temps serait devenu une ligne ; à chacune des divisions de cette ligne correspondrait la même partie de l'univers déroulé qui y correspondait tout à l'heure dans l'univers se déroulant; rien ne serait changé aux yeux de la science. Ses formules et ses calculs resteraient ce qu'ils sont.
1. Il est évidi'iit que l'iiypotlirsc penlrait de sa si^Miitication si l'on se représentail la conscifiicc coiiimc un « cpipliénoniène •, se surajoutant à des phénomènes cérébraux dont clic ne serait que le résultat ou l'expression. Nous ne pouvons insister ici sur cette théorie de la conscience-rpiphcnonu''n(\ qu'on tend de phis en plus à considérer comme arbitraire. Nous l'avons disiuitcc en détail (hans iilusieurs de nos travaux, notamment dans les trois premiers chapitres de MuLièrc l'I Mcmoii'e et dans div<'rs essais ûv L'Eni'i-i/ie ajiirihu'llr. Bornons-nous à rapi)eler : 1" qui^ cette tiiéorie ne se dépige nullement dos laits; -2° qu'on en rctrouvi* aisément les oriirines métaphysiques; o" que, prise à la h'ttre, elle serait contradictoire avec elle-même (sur ce dernier point, et sur l'oscillation que la théorie im|)lique entre deux affirmations contraires, voir les pag:es •20;!-2'J:! de L'Enrri/ie siiij-itueUe). Dans le pn'sent travail, nous prenons la cunscience telle ([ue l'expérience nous la donne, sans faire d'hypothèse sur sa nature et ses oriL'ines.
il •est vrai qu'au moment précis où l'on aurait passé du déroulement au déroulé, il aurait fallu doter l'espace d'une dimension supplémentaire. Nous faisions remarquer, il y a plus de tr<înte ans ^ que le temps spatialisé est en réalité une quatrième dimension de l'espace. Seule, cette quatrième dimension nous permettra de juxtaposer ce qui est donné en succession : sans elle, nous n'aurions pas la place. Qu'un univers ait trois dimensions, ou deux, ou une seule, qu'il n'en ait même pas du tout et se réduise à un point, toujours on pourra convertir la succession indéfinie de tous ses événements en juxtaposition instantanée ou éternelle par le seul fait de lui concéder une dimension ad^ditionnclle. S'il n'en a aucune, se réduisant à un point qui change indéfiniment de qualité, on peut supposer que la rapidité de succession des qualités devienne infinie et que ces points de qualité soient donnés tout d'un coup, pourvu qu'à ce monde sans dimension on apporte une ligne où les points se juxtaposent. S'il avait une dimension déjà, s'il était linéaire, c'est deux dimensions qu'il lui faudrait pour juxtaposer les lignes de qualité — chacune indéfinie — qui étaient les moments successifs de son histoire. Même observation encore s'il en avait deux, si c'était un univers superficiel, toile indéfinie sur laquelle se dessineraient indéiiniment des
1. /i.ssa/ sur les dunuêcs imnicdialcs de la ccmscicncc, p. 83.