‹ Durée et simultanéitéChapitre 20 sur 34 · DIVERSES ESPÈCES DE SIMULTANÉITÉ. 7S · texte numérisé non relu

DIVERSES ESPÈCES DE SIMULTANÉITÉ. 7S

choses, à condition d'en conserver les rapports. Mais il est temps do fermer la parenthèse. Revenons à la simultanéité intuitivement aperçue dont nous parlions d'abord et aux deux propositions que nous avions énoncées : 1° c'est lasimultaoéité entre deux instants de deux mouvements extérieurs à nous qui nous permet de mesurer un intervalle de temps; 2° c'est la simultanéité de ces moments avec des moments pointés par eux le long de notre durée intérieure qui fait que cette mesure est une mesure de temps.

Le premier point est évident. On a vu plus haut comment la durée intérieure s'extériorise en temps spatialisé et comment celui-ci, espace plutôt que temps, est mesurable. C'est désormais par son intermédiaire que nous mesurerons tout intervalle de temps. Comme nous l'aurons divisé en parties correspondant à des espaces égaux et qui sont égales par définition, nous aurons en chaque point de division une extrémité d'intervalle, un instant, et nous prendrons pour unité de temps lintervalle lui-même. Nous pourrons considérer alors n'importe quel mouvement s'accomplissant ;\ côté de ce mouvement modèle, n'importe quel changement : tout le long de ce déroulement nous pointerons des u simultanéités dans l'instant ». Autant nous aurons constaté de ces simultanéités, autant nous compterons d'unités de temps à la durée du phénomène. Mesurer du temps consiste donc à nom-

brer des simultanéités. Toute autre mesure implique la possibilité de superposer directement ou indirectement l'unité de mesure à l'objet mesuré. Toute autre mesure porte donc'sur les intervalles <între les extrémités, lors même qu'on se borne, en fait, à compter ces extrémités. Mais, quand il s'agit du temps, on ne peut que compter des extrémités : on conviendra simplement de dire qu'on a par là mesuré l'intervalle. Si maintenant on remarque que la science opère exclusivement sur des mesures, on s'apercevra qu'en ce qui concerne le temps la science compte des instants, note des simultanéités, mais reste sans prise sur ce qui se passe dans les intervalles. Elle peut accroître indéfiniment le nombre des extrémités, rétrécir indéfiniment les intervalles; mais toujours l'intervalle lui échappe, ne lui montre que ses extrémités. Si tous les mouvements- de l'univers s'accéléraient tout à coup dans la même proportion, y compris celui qui sert de mesure au temps, il y aurait quelque chose de changé pour une conscience qui ne serait pas solidaire des mouvements moléculaires intra-cérébraux ; entre le lever et le coucher du soleil elle ne recevrait pas le même enrichissement; elle constaterait donc un changement; même, l'hypothèse d'une accélération simultanée de tous les mouvements de l'univers n'a de sens que si l'on se figure une conscience spectatrice dont la durée toute qualitative comporte le plus ou le moins sans être

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