‹ Durée et simultanéitéChapitre 9 sur 34 · DE LA RÉCIPROCITÉ DU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

DE LA RÉCIPROCITÉ DU MOUVEMENT

tions temporelles et spatiales au système S. Seulement ces contractions d'étendue, ces dilatations de Temps, ces ruptures de simultanéité deviendront explicitement réciproques (elles le sont déjà implicitement, d'après la forme môme des équations), et l'observateur en S' répétera de S tout ce que l'observateur en S avait affirmé de S'. Par là s'évanouira, comme nous le montrerons aussi, ce qu'il y avait d'abord de paradoxal dans la théorie de la Relativité : nous prétendons que lo Temps unique et l'Ktendue indépendante de la durée subsistent dans l'bypothèse d'Einstein prise à l'état pur : ils restent ce qu'ils ont toujours été pour le sens commun. Mais il est à peu près impossible d'arriver à l'hypothèse d'une relativité double sans passer par celle d'une relativité simple, où l'on pose encore un point de repère absolu, un éther immobile. Même quand on conçoit la relativité dans le second sens, on la voit encore un peu dans le premier; car on a beau dire que seul existe le mouvement réciproque de S et S' par rapport l'un à l'autre, on n'éludie pas cette réciprocité sans adopter l'un des deux termes, S ou S', comme « système de référence » : or, dès qu'un système a été ainsi immobilisé, il devient provisoirement un point de repère absolu, un succédané de l'éther. Bref, le repos absolu, chassé par l'entendement, est rétabli par l'imagination. Du point de vue mathématique, cela n'a aucun inconvénient. Que le système S, adopté comme système de réfé-

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rence, soit au repos al)solu dans l'éther, ou qu'il soit en repos seulement par rapport à tous les systèmes auxquels on le comparera, dans les deux cas l'observateur placé on S traitera de la même manière les mesures du temps qui lui seront transmises de tous les systèmes tels que S' ; dans les deux cas il leur appliquera les formules de transformation de Lorentz. Les deux hypothèses s'équivalent pour le mathématicien. Mais il n'en est pas de même pour le philosophe. Car si S est en repos absolu, et tous autres systèmes en mouvement absolu, la théorie de la Relativité impliquera effectivement l'existence de Temps multiples, tous sur le même plan et tous réels. Que si, au contraire, on se place dans l'hypothèse d'Einstein, les Temps multiples subsisteront, mais il n'y en aura jamais qu'un seul de réel, comme nous nous proposons de le démontrer : les autres seront des fictions mathématiques. C'est pourquoi, à notre sens, toutes les difficultés philosophiques relatives au temps s'évanouissent si l'on s'en tient strictement à l'hypothèse d'Einstein, mais toutes les étrangetés aussi qui ont dérouté un si grand nombre d'esprits. Nous n'avons donc pas besoin de nous appesantir sur le sens qu'il faut donner à la « déformation des corps », au « ralentissement du temps » et à la « rupture de la simultanéité » quand on croit à l'éther immobile et au système privilégié. Il nous suffira de chercher comment on doit les comprendre

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